Saviez-vous que le réalisateur Bryan Fuller, notamment connu pour ses séries « Hannibal », « American Gods » et plus récemment « Cristal Lake » avait écrit le téléfilm « Carrie » de 2002 qui devait, à l’origine servir de début à une série?
On vous explique tout :

La nouvelle série « Carrie », sortie au début du mois sur Amazon Prime Video, a fait ressortir les précédentes adaptations. Et, parmi elles, le téléfilm (méconnu) de 2002. Méconnu car, en France, ce téléfilm n’était jusqu’alors pas disponible en formats physiques (maintenant disponible grâces à BQHL) et rarement diffusé en ligne / sur les plateformes de streaming.
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Mais saviez-vous que le téléfilm de 2002 avait été écrit par Bryan Fuller?
Ce nom ne vous sera pas forcément inconnu puisqu’il s’agit de l’auteur et créateur de séries comme « Dead Like Me » et « Hannibal », toutes deux de grands succès, et plus récemment « American Gods » (d’après le roman de Neil Gaiman) ou « Star Trek : Discovery »… et contributeur (partiel) de la récente série « Crystal Lake » préquelle à la saga des « Vendredi 13 » !
C’est à l’occasion de la sortie de « Cristal Lake » (Peacock) et de la nouvelle série « Carrie » que le scénariste et réalisateur est revenu sur l’histoire de son téléfilm…. puisque Bryan Fuller réalise un caméo (que vous n’aurez sans doute pas vu) dans la série de Mike Flanagan !

Caméos dans la nouvelle série « Carrie » : Bryan Fuller à gauche et Don Mancini (Chucky) à droite
Dans un récent article, le site Bloody Disgusting Bryan Fuller revient sur Carrie et son caméo. Soulignant que le scénariste avait déjà essayé de changer le destin de Carrie.

Kandyse McClure et Angela Bettis dans « Carrie » (2002)
Réalisée par David Carson , l’adaptation de Carrie par Fuller est une réécriture assez fidèle du roman, avec Angela Bettis dans le rôle principal.
Patricia Clarkson incarne Margaret White avec une sobriété qui contraste fortement avec l’interprétation iconique de Piper Laurie. Fuller reprend également la structure semi-épistolaire du roman et encadre le récit par des interrogatoires de police menés par l’inspecteur John Mulcahey (David Keith). Cependant, le scénario de Fuller se conclut par un rebondissement surprenant.
De retour du bal de promo catastrophique, Carrie prend un bain dans sa robe déchirée. Feignant la compassion, sa mère cruelle lui plonge la tête sous l’eau, tentant de la tuer pour sa conduite inconvenante. Rassemblant ses dernières forces, Carrie utilise ses pouvoirs pour arrêter lentement le cœur de sa mère, laissant Margaret morte sur le sol de la salle de bain.
Heureusement, Sue (Kandyse McClure) découvre l’adolescente mourante et lui fait du bouche-à-bouche. Elle aide Carrie à simuler sa mort et à se cacher des autorités. L’adaptation se termine avec Sue conduisant Carrie en Floride, où elle dissimulera son identité et commencera une nouvelle vie.
(attention : spoiler sur la nouvelle série – évitez de lire si vous n’avez pas vu la série de Flanaga)

La série télévisée qui n’a jamais vu le jour
Le scénario de Fuller était initialement conçu pour lancer une série se déroulant dans l’univers de Carrie. Prévu comme un événement télévisé en deux parties pour la chaine NBC, Fuller expliquait dans une interview accordée à CBR en 2006 que « la chaîne voulait un téléfilm et le studio avait besoin de plus de fonds. Ils ont donc refusé de produire un téléfilm, mais ont accepté de réaliser un pilote en douce ».
Face à cette cette difficile tache éditoriale, Bryan Fuller envisagea de transférer les pouvoirs de Carrie à Sue ou de suivre une autre jeune fille dotée de pouvoirs télékinésiques. Il rejeta finalement ces idées pour permettre à Carrie de survivre.
En 2002, l’auteur expliquait à Fangoria : « Ce qui nous a tous profondément choqués, c’est que cette femme, victime toute sa vie, retombe dans l’injustice dès que sa chance commence à tourner. Puis elle devient meurtrière, et on la tue. C’était d’une cruauté inouïe. «
Bien que les fans de Carrie soient sans doute d’accord, une connexion télépathique avec Sue aurait été une idée intéressante, surtout compte tenu de la fin tragique de Carrie. Après avoir accompli sa vengeance sanglante, Carrie s’effondre, victime d’un effort cardiaque. Sue utilise son intuition pour retrouver la reine du bal et la découverte à l’agonie. Alors qu’elle meurt, Carrie sonde télépathiquement l’esprit de Sue pour y déceler une éventuelle implication dans la farce du sang de porc, et finit par conclure à son innocence. Sue assiste alors à la mort de Carrie, le « signal » de sa conscience s’éteignant. Elle doit désormais affronter cet horrible aperçu de ce qui l’attend dans l’au-delà.
Au lieu de faire mourir Carrie, Fuller avait prévu de rencontrer les adolescentes survivantes. Une suite aurait probablement vu Sue et Carrie parcourir le pays pour aider d’autres personnes marginalisées dotées de pouvoirs psychiques, tandis que Carrie était aux prises avec le poids de sa culpabilité.
On aurait pu avoir droit à un format « Monstre de la semaine », similaire à celui de X-Files . En mettant l’accent sur de jeunes femmes, l’histoire aurait également pu refléter la trajectoire et le ton de Supernatural , la série de la CW qui serait lancée trois ans plus tard. David Keith aurait sans aucun doute repris son rôle du détective Mulchaey, tandis que Jasmine Guy aurait pu rejoindre la distribution dans le rôle d’une enquêtrice du paranormal. La célèbre actrice avait tourné quelques scènes pour la mini-série originale, qui ont finalement été coupées au montage.
Mais cette série Carrie n’a jamais vu le jour
Malgré une forte audience, l’épisode télévisé laissa les critiques sur leur faim, notamment à cause des effets spéciaux, jugés bon marché. Bien que Fuller ait écrit un deuxième épisode, le projet finit par s’effondrer.
Fuller explique : « Je ne pense pas que la chaîne n’ait jamais eu l’intention de faire une série ; ils jouaient simplement avec le studio. Mais avions nous avons rempli toutes les conditions et réuni tous les éléments pour une série avec Carrie sur les routes avec Sue, et les conséquences du bal de promo »
Cette perte est vécue comme une occasion manquée, surtout au vu du succès rencontré par Fuller avec une autre œuvre emblématique du genre horrifique.
En 2013, il s’est inspiré de la trilogie Hannibal de Thomas Harris pour réinventer le cannibale le plus célèbre du genre. La série Hannibal, à la fois fascinante et macabre, suit l’agent du FBI Will Graham (Hugh Dancy) dans son duel d’intelligence avec le Dr Lecter (Mads Mikkelsen), adaptant les romans à succès de Harris dans une saga de trois saisons couronnée de succès. En 2021, il annonce un projet similaire : l’adaptation de Christine , le roman de Stephen King paru en 1983 et racontant l’histoire d’une voiture tueuse. Bien qu’enthousiasmant pour les lecteurs fidèles, ce projet semble lui aussi avoir été abandonné.

La série « Carrie » de Mike Flanagan fait écho à la vision de Fuller
Treize ans plus tard, Mike Flanagan semble avoir repris l’idée originale de Fuller et l’a célébrée en invitant Carrie au bal de Promo.
Sa nouvelle série en huit épisodes pour Amazon Prime s’achève également sur le départ de Carrie (Summer H. Howell) vers le monde extérieur.
Dans les semaines précédant le désastre du bal de promo, elle s’est liée d’amitié avec une autre marginale, Emaline (Thalia Dudek), qui possède aussi de puissants dons.
Non seulement elle aide Carrie à perfectionner ses pouvoirs télékinésiques, mais elle prend les choses en main juste après que le sang du cochon ait coulé, tandis que la reine du bal est trop abasourdie pour riposter. Emaline utilise les pouvoirs de Carrie dans une tuerie, et les filles dansent dans les flammes qui ravagent la ville. Mais Emaline est terrassée par un mystérieux agresseur, et Carrie se retrouve une fois de plus seule.
De retour chez elle, elle trouve du réconfort auprès de sa mère, Margaret (Samantha Sloyan), qui l’aide à nettoyer le sang qui la recouvre. Mais tandis que mère et fille implorent le pardon, Margaret tente de tuer son enfant, espérant ainsi protéger le monde d’une force qu’elle ne comprend pas. Faisant écho à la conclusion choquante de De Palma, Carrie fait s’effondrer la maison sur leurs têtes.
Mais comme Sue dans le roman de Fuller, Emaline arrive juste à temps. Elle extrait Carrie des décombres et l’emmène en voiture. La série de Flanagan se termine elle aussi avec deux jeunes filles sur la route, mais confrontées à une menace bien différente pour s’échapper .

Un univers de Stephen King plus vaste?
Tout au long de la nouvelle série, nous avons pu apercevoir une femme mystérieuse nommée Adelaide (Kate Siegel), à la tête d’un groupe de femmes dotées de pouvoirs similaires. Parmi elles figure Caitlin (Delainey Hayles), qui ressent la présence de Carrie chaque fois que cette dernière utilise ses dons. Les ‘soldats’ psychiques d’Adelaide arrivent au bal de promo, déterminés à protéger Carrie d’une tueuse qui agit comme une figure maternelle.
Craignant la télékinésie de Carrie, Margaret a pris contact avec une certaine Amanda (Katee Sackhoff), membre d’une autre organisation occulte dont le but est de débarrasser le monde de ces jeunes filles aux capacités surnaturelles. Sur la route, Emaline refuse de révéler à Carrie leur destination; elle craint qu’Adelaide et ses alliés ne s’introduisent dans son esprit pour obtenir cette information et les traquer toutes les deux.
Bien que les intentions d’Adelaide restent floues, l’adaptation de Fuller pourrait contenir un indice. Le détective Mulchaey, chargé de retrouver Carrie, est interprété par nul autre que David Keith. Cet acteur chevronné est apparu dans de nombreux films de genre, mais les lecteurs assidus de Stephen King le connaissent surtout pour son rôle d’Andy McGee (le père de « Charlie » dans le film « Firestarter » de 1984, inspiré du roman Charlie).
Dans l’adaptation de « Charlie » (Firestarter) réalisée par Mark L. Lester en 1984, il incarne le père de Charlie McGee, une petite fille dotée de pouvoirs pyrocinétiques. À la suite d’expériences menées par une agence gouvernementale appelée « La Boutique » (The Shop), Andy a développé une capacité de domination mentale. Surnommée « l’impulsion » (the push), cette faculté lui permet d’insister mentalement sur certains mots pour pousser ses cibles à obéir à ses ordres. Adelaide fait preuve de capacités comparables, notamment lorsqu’elle interroge les survivants du drame survenu lors du bal de promo.
On pourrait, a priori, attribuer ces similitudes au hasard narratif, ou se dire que les grands esprits se rencontrent. Toutefois, la présence — et la disparition à l’écran — de Fuller dans la version du bal de promo imaginée par Flanagan en 2026 méritent que l’on s’y attarde. Le nouveau responsable de cette adaptation de « Carrie » est-il en train de dévoiler ses intentions pour les volets à venir ?
Fuller sera-t-il impliqué dans le projet de trilogie (trois saisons) envisagé par Flanagan ?
Peut-être aurons-nous l’occasion de découvrir ce qui aurait pu être, et d’entrevoir enfin la vision que Fuller avait initialement imaginée.































