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Steve’s Rag 07 – Fléau

The Stand (Le Fléau)

(Christophe Hayot)



  
      Pour tout fan de Stephen King, The Stand/Le Fléau est incontestablement l’un des piliers sur lesquels repose l’œuvre kingienne. En effet, c’est notamment dans ce roman que nous apparaît pour la première fois Randall Flagg (du moins d’une manière aussi importante) qui, comme chacun sait, est un personnage clef dans l’univers de King (pour plus de détails voir les articles L’Homme en Noir dans les Steve’s Rag numéro 1.1 et 1.2)
        L’histoire peut, en fait paraître simple et pourrait être résumée un peu trivialement ainsi: une épidémie cause la mort de 99.4% de la population des États-Unis et par extension de la race humaine, ainsi que certaines espèces animales (comme les chiens, les chevaux…).Les survivants se regroupent en deux groupes antagonistes et il s’ensuit plus ou moins une confrontation à l’issue tragique: un petit holocauste nucléaire.
        On a beaucoup écrit sur ce roman et on ne compte plus les articles qui le décrivent comme une allégorie de la lutte du Bien contre le Mal. Certains sont allés jusqu’à expliquer dans quelle mesure en retravaillant sur la version  » intégrale  » a voulu faire ressembler la super-grippe au virus du SIDA. On pourrait même voir Le Fléau comme un manifeste antimilitariste et d’une manière plus générale contre la société moderne.
        Il y a pourtant bien plus que cela dans ce livre et il intéressant de regarder d’un peu plus près la dimension historique du Fléau, c’est-à-dire la place importante que tient l’Histoire dans l’histoire.
        Avant d’aller plus avant dans notre propos il est nécessaire de rappeler que deux versions de ce roman ont été diffusées; l’une datant de 1978 et l’autre qualifiée  » d’intégrale  » (The Stand: the Complete and Uncut Edition) à partir de 1990. C’est sur cette dernière que portera plus particulièrement notre étude.

        Au cours d’une conversation avec Stu Redman, Glen Bateman, le sociologue, dit, ou même prédit, que  » la société va se reformer « . Un peu plus tard, au moment de la création de la Zone Libre, c’est encore Glen qui commente:  » Nous sommes en train de recréer les États-Unis « . Mais il ne sait pas à quel point il a raison. En fait, cela va même plus loin que cela car non seulement ils recréent les États-Unis mais en plus, ils revivent (l’anglais  » re-experience  » décrirait parfaitement ce processus) les U.S.A., de manière accélérée. Un peu comme si on écoutait un magnétophone en enfonçant la touche avance rapide et que de temps en temps on passait à la touche lecture pour s’attardait sur les étapes importantes de l’histoire des États-Unis.

Un roman tourné vers le passé.

        Ce qui frappe lorsqu’on lit Le Fléau c’est la profusion de retours sur le passé, de flash-backs, qui le jalonnent et la première partie (Le Grand Voyage/Captain Trip) qui voit se répandre la super-grippe, l’illustre parfaitement. En effet, à chaque fois qu’un nouveau personnage apparaît, son arrivé est presque immanquablement accompagnée d’un retour sur son passé, c’est-à-dire sur son histoire au plan personnel. Ceci s’applique dès la première page. Une dizaine de lignes situe brièvement l’action géographiquement et immédiatement ensuite nous sommes plongés dans le passé:  » En 1980, la ville possédait encore deux industries…  » et ainsi commence un bref résumé de l’évolution de l’industrie locale. Le retour au présent est très bref, à peine le temps de nous présenter les personnages présent à la station Texaco que déjà on nous parle de leur carrière:  » Norman Bruett et Tommy Wannamaker avait bossé autrefois… « ;  » Palfrey, qui avait été mécanicien jusqu’en 1984… « .


        Puis le récit s’attarde sur le premier personnage important du roman: Stu Redman. Inévitablement, on revient sur son enfance:  » Il n’avait même jamais connu autre chose depuis l’âge de sept ans « , puis sur sa scolarité (on apprend alors qu’  » Au lycée il avait découvert le football « , que  » sa mère était tombée malade  » et qu’  » il avait dû arrêter de travailler « …), sur son mariage,  » le grand moment de sa vie  » et son travail à l’usine de calculatrices. Et désormais Stu Redman restera comme celui qui n’a pas fait d’études et qui travaillait à l’usine de calculatrices, comme s’il n’était considéré par les autres que par rapport à son passé.
        Le deuxième chapitre voit apparaître le deuxième personnage central : Frannie Goldsmith, et est ponctué par une évocation du jour où elle est tombée enceinte.


        Le chapitre 4 est celui où nous faisons connaissance avec Starkey. Dès le premier paragraphe nous revenons sur sa carrière militaire (  » Il y avait trente-six ans qu’il servait son pays,…West Point… « ) et pour la première fois l(histoire personnelle d’un personnage se confond avec l’Histoire des États-Unis puisqu’il  » avait parlé à des présidents, leur avait donné des conseils qui parfois avaient été écoutés « .
        Dans le chapitre suivant c’est Larry Underwood que nous rencontrons. Et dès le deuxième paragraphe nous revenons sur son passé; son passé assez proche pour commencer:  » Cinq jours plus tôt…  » et la fête qu’il a organisé en Californie, puis son enfance avec les souvenirs que lui font resurgir les deux statues de chien qui gardent l’entrée de l’immeuble de sa mère, et enfin les débuts de sa carrière de chanteur et son ascension jusqu’à la sortie de son tube Baby tu peux l’aimer ton mec.


        Il en sera ainsi à chaque apparition d’un nouveau personnage central du roman et en particulier pour Nick Andros qui, dans le chapitre 18 entreprend d’écrire ce qui peut être considéré comme son autobiographie qu’il intitule Histoire de ma Vie. Et ce qui est vrai pour les personnages principaux l’est également pour les seconds rôles et les figurants. Ainsi lorsque Nick prend son repas chez le shérif Baker, sa femme évoque sa jeunesse en disant  » ma salade de chou ne sera jamais aussi bonne que celle que lui faisait sa mère « . Ainsi James Hoglins, avocat à la retraite, est-il présenté comme celui qui avait fondé l’hebdomadaire Call Clarion à l’époque d’un coup de grisou dans une mine et de nombreuses références sont faites à propos de sa jeunesse et de son enfance.
        Même le président des U.S.A. se réfère au passé lorsque dans son discours il évoque les années trente.
        Le chapitre 34 illustre ce mélange constant entre le présent et le passé. Il s’agit de la première apparition de La Poubelle. Deux récits sont menés en parallèle: un paragraphe sur deux nous présentant la Poubelle à la Cherry Oil Company et l’autre évoquant le passé tourmenté de celui qui s’appelait encore Donald Merwin Elbert.


        Le chapitre 6 est également particulièrement représentatif du roman puisque nous y trouvons un certain nombre d’allusions à The Scarlet Letter/La Lettre Ecarlate, roman de Nathaniel Hawthorne, qui, comme nous le verrons, tient une grande place dans Le Fléau, mêlées à de nombreuses références à l’histoire qui est tout d’abord traitée sur un plan personnel. notamment son travail Nous faisons dans un premier temps connaissance avec le père de Frannie qui évoque notamment son travail. On nous présente son travail au moment présent ( » Peter était conducteur de machine « ), dans le futur ( » il s’apprêtait à commencer sa dernière année… avant la retraite « ), dans un passé proche (anecdote de son collègue qui a failli se faire écraser le doigt sous une presse) et dans un passé plus lointain ( » Il n’avait jamais fait confiance au système  » des retraites et c’est pour cela qu’il avait pris des dispositions bien avant l’âge). Et le passé de Frannie est également évoqué:  » Depuis sa plus tendre enfance… « .
        Nous découvrons ensuite des éléments de l’histoire de la famille Goldsmith. La perspective historique est rendue par le fait de la référence à quatre générations dans ce chapitre. Les deux premières générations sont celles de Frannie et son père puisque nous découvrons leur relation père/fille. C’est dans ce chapitre que Frannie annonce à Peter qu’elle est enceinte et c’est là la troisième génération évoquée. Enfin, ce chapitre est l’occasion de faire un retour sur le passé de la famille par le biais de l’évocation du grand-père de Frannie la quatrième génération):  » 0 la glorieuse époque d’Ogunquit, les Goldsmith étaient devenus des parias « . C’est également dans ce chapitre que l’on revient sur la mort de Freddy, le frère de Frannie, lorsque celle-ci avait quatre ans.


        Enfin, c’est l’histoire même du pays à laquelle il est fait référence grâce à une sorte de maxime:  » Will Rogers disait que (la seule solution) c’était la terre, parce que c’est la seule chose qu’on ne fabrique plus, mais on peut en dire autant de l’or et de l’argent « . On peut voir ici deux épisodes de l’histoire américaine: le temps de la colonisation, époque où on fabriquait en quelque sorte de le terre en la divisant en parcelles pour la vendre(les fameux lots), et la ruée vers l’or, époque où on fabriquait plus où moins de l’or.


        On apprend un peu plus loin que la mère de Frannie, une femme conservatrice, tournée vers la tradition (et donc vers le passé) est  » une sorte de généalogiste amateur  » et qu’elle a été capable de retrouver la trace de ses ancêtres  » au moins jusqu’en 1638 « , quand le premier de ses ancêtres, un Londonien, était arrivé en Nouvelle Angleterre. A nouveau, l’histoire du pays se mêle à l’histoire personnelle puisqu’est évoqué ici pour la seconde fois la colonisation. Et pour finir, le père de Frannie, en parlant de la récession déclare  » Les Démocrates n’étaient pas nombreux dans le Maine dans les années trente et quarante  » en référence à la crise commencée en 1929. Ajoutons enfin que la mère de Frannie outre une généalogiste amateur est également présidente de la  » Société Historique du Maine « . Il en va de même dans le chapitre 17 où l’enfance de Starkey ainsi que ses débuts dans l’armée sont évoqués en même temps que le général Pershing, qui mena le corps expéditionnaire de l’armée américaine en France en 1918, et l’affaire Calley en 1968.

        Les allusions aux grands épisodes de l’histoire des États-Unis sont nombreuses dans Le Fléau. Le livre 1 a pour titre Le Grand Voyage. 16 juin-4 juillet 1990. La portée symbolique du 4 juillet n’échappera à personne puisqu’il s’agit de la date de la fête nationale ou Independence Day qui célèbre l’acte de naissance des États-Unis en 1776 que constitue la déclaration de l’indépendance.


        Dès la première page il est possible de trouver les premières allusions historiques. Il s’agit de la guerre de Sécession :  » comme les Sudistes pendant la guerre de Sécession « ;  » tu donnais un dollar sudiste à l’épicière… « . Nous verrons que les références à cette époque sont nombreuses dans le roman. Notons qu’en anglais, la guerre de Sécession se dit Civil War, guerre civile. N’est-ce pas une sorte de guerre civile, c’est-à-dire une guerre entre deux groupes d’un même pays, qui semble se préparer entre Boulder et Las Vegas? A cette différence près que l’axe n’est plus Nord/Sud mais Est/Ouest ce qui, nous le verrons s’explique parfaitement dans ce récit.
        Dans le chapitre 23, nous découvrons les nombreuses identités de Randall Flagg et nous pouvons voir que lui aussi est lié aux différentes étapes de l’histoire américaine: le mouvement pour les droits civiques des Noirs dans les années 1960, la crise de Cuba et surtout, il a rencontré  » un jeune homme complètement cinglé (en 1962), Oswald « . S’agirait-il de Lee Harvey Oswald, l’assassin (?) du président Kennedy en 1963.


        Dans le chapitre 24 Lloyd Henried est avec son avocat quand ce dernier évoque le Far-West : certains ont gardé la mentalité du Far-West. Un procès rapide, un bout de corde, et on n’en parle plus « .
        Dans le chapitre 25 on apprend que la soeur de Jane Baker (la femme du shérif de Shoyo) était  » partie au Viêt-nam « . La guerre du Viet-Nam est également souvent évoquée comme dans le chapitre 23 :  » un Noir ancien du Viet-Nam « .


        Dans le chapitre 26, Bob Palmer, un journaliste, prend le contrôle d’une chaîne de télévision afin de dénoncer les agissements du gouvernement et de l’armée. Il déclare qu’il est  » heureux que cet événement se soit produit à Boston, berceau de l’indépendance de l’Amérique « .
        Dans ce même chapitre, Ray Flowers, l’animateur de la station de radio KLFT (Note : dans la série télévisée, Ray Flowers est une femme et la station de radio, à en croire l’autocollant sur le micro, n’est autre que WZON, une des radios que possède Stephen King à Bangor…) tient des propos que l’armée juge préférable de faire cesser. Lorsque les soldats prennent les studios d’assaut, Ray Flowers commente :  » On dirait le débarquement de Normandie « .


        Dans le chapitre 27, Larry Underwood rencontre Rita Blakemoor à Central Park. Lorsqu’elle lui parle de son mari, elle le fait en ces termes :  » Il est mort avec sa cravate au cou. Comme on disait autrefois qu’un cow-boy était mort les bottes aux pieds « . Puis elle lui montre son pistolet et tire sur un arbre :  » Dans le mille, dit-elle en soufflant sur le canon pour chasser la fumée comme dans les meilleurs westerns « . Nous avons là deux des nombreuses références au Far-West qui jalonnent le récit. Puis Larry parle du  » Yankee Stadium « . Yankee est un terme qui trouve son origine dans la guerre de Sécession.


        Nous retrouvons le même Larry Underwood un peu plus tard dans le chapitre 35. Pour sortir de New York il hésite entre deux voies possibles : le Tunnel Lincoln et le Pont George Washington. Notons que George Washington fut le premier président des Etats-Unis et que Lincoln était président quand éclata la guerre de Sécession. Larry finit par se décider à emprunter le Tunnel Lincoln et le chapitre se termine alors qu’il en sort. Il est amusant de noter que le chapitre suivant commence ainsi :  » Il y avait un petit square au centre d’Ogunquit – Vieux canon datant de la guerre de Sécession, monument aux morts, le décor habituel « . Est-ce une coïncidence que l’on parle de la guerre de Sécession immédiatement après avoir évoqué Lincoln ? Peu après, Frannie se souvient que Gus, le gardien de la plage d’ogunquit, lui avait dit qu’il  » aurait bien aimé prendre un ice-cream soda le jour de la fête nationale, le 4 juillet « . C’est également Gus qui est décrit lisant  » un roman de cow-boy  » dont l’auteur  » était une femme qui habitait un peu plus au nord, à Haven « . Cette référence au Far-West est également une référence à Bobby Anderson dans The Tommyknockers / Les Tommyknockers.
        Dans le chapitre 43, Nick Andros essaie de déterminer l’âge de Tom Cullen (ça s’écrit M.O.O.N) et il découvre qu’il  » devait avoir pas loin de quarante-cinq ans puisqu’il se souvenait de la fin de la guerre de Corée « . Puis Tom et Nick se retrouvent dans un square dans lequel se trouve  » une statue d’un soldat de la Deuxième Guerre mondiale « .


        Dans le chapitre suivant, Joe, l’enfant recueilli par Nadine Cross, est successivement comparé à  » un Viet-Cong « , ce qui évoque une nouvelle fois la guerre du Viet-Nam, et à  » un sauvage de l’âge de pierre  » ce qui nous ramène beaucoup plus loin dans l’histoire…
        Dans le chapitre 45, mère Abigael en s’adressant à Nick Andros déclare :  » Je pensais à la crise de 1929 « .
        Pour finir ajoutons à toutes ces allusions historiques plus ou moins directes que nombreux sont les présidents américains qui, à un moment ou à un autre, sont cités : Nixon, Reagan, Bush, Eisenhower, Kennedy, Washington, Lincoln, …

        On pourrait presque comparer le roman à une machine à voyager dans le temps (Notons d’ailleurs que King fait à plusieurs reprises référence à The Time Machine/La Machine à Voyager le Temps d’H.G. Wells) ou, encore mieux, à une horloge. En effet, comme nous venons de le voir, nous sommes constamment transportés du présent au passé et vice-versa par le jeu des flash-backs et des allusions historiques. Le temps, en fait, est l’une des images centrales dans Le Fléau et en particulier sa représentation, qui semble d’ailleurs poser problème.
        La première image du temps que nous trouvons est celle, dans le prologue, de l’horloge que surveille Campion. L’épidémie commence au moment où cette horloge  » passe au rouge  » ce qui est le signe d’une anomalie puisqu’en temps normal elle est verte. D’ailleurs, à la station service d’Arnette, l’une des dernières phrases que prononce Campion est  » L’horloge était rouge « .


        Lorsque Frannie se trouve dans le salon de sa mère pour lui annoncer qu’elle est enceinte (chap. 12), l’un des éléments du décor sur lequel la description s’attarde n’est autre que l’horloge  » construite en 1889 par le grand-père de Carla  » et qui passe  » parfois d’une branche à l’autre de la famille « . L’objet prend une valeur particulièrement symbolique ici puisqu’il est à la fois une métaphore de l’histoire de la famille de Franny ainsi qu’une image du temps qui passe. Cette horloge a également très probablement pour fonction la matérialisation de la fuite du temps si l’on considère le fait que dans le même passage il est fait référence à Alice in Wonderland/Alice au Pays des Merveilles qui est l’histoire entre autre d’un lapin obsédé par le temps.
        Mais Frannie n’est pas le seul personnage auquel est associé un objet matérialisant le temps. En fait, à chaque personnage central correspond une horloge, un réveil, une montre…


        Lorsque Jane Baker meurt (chap.25), Nick Andros est le seul survivant dans la ville et il es croit même le dernier homme sur terre quand on nous dit que  » Sur la table de chevet, le réveil faisait tic-tac. Ni lui (Nick) ni elle (Jane) ne pouvait l’entendre « . En effet, Nick est sourd, il ne peut donc pas l’entendre. Le tic-tac du réveil ne rempli donc pas sa fonction, à savoir faire prendre conscience à Nick du temps qui passe.
        Quand Stu reste seul au centre de recherche épidémiologique à Stovington (chap.28), on nous dit que  » L’horloge de l’hôtel de ville qui égrenait les heures de son emprisonnement n’avait pas sonné depuis 9 heures ce matin « . A nouveau, l’horloge, bien que présente, ne sert à rien pour Stu puisqu’elle ne le renseigne pas.
        Il en va de même lorsque Frannie se retrouve seule (du moins le pense-t-elle) à Ogunquit (chap.36). Dix lignes après que la mort de Gus, le gardien de parking, soit évoquée voici ce que l’on apprend :  » Les pendules électriques montraient que le courant avait été coupé à 21 h 17 le 28 juin  » ce qui signifie que ces pendules ne donnent plus l’heure.


        Il semble donc que le temps soit, au moins temporairement, suspendu pour les survivants. Où peut-être Larry Underwood a-t-il l’explication de ce phénomène. En effet, alors qu’il est dans le Tunnel Lincoln (chap.35), il regarde sa montre et se fait la réflexion suivante :  » L’heure ne voulait plus rien dire « .
        Mais une chose est certaine : la perception du temps pour les survivants est déficiente. Effectivement, en sortant de la cave de la grange dans laquelle Tom et Nick se sont mis à l’abri de la tornade (chap.43), Nick regarde sa montre et n’arrive pas à croire que seulement un quart d’heure s’est écoulé.


        Enfin, lorsque la Zone Libre de Boulder commence à s’organiser (chap.49), Lucy dit à Larry que plus personne ne sait l’heure qu’il est  » et lui explique qu’elle a demandé l’heure à trois personnes différentes et qu’à chaque fois la réponse avait été différente bien que chacune possédait une montre Pulsar de haute précision.
        Ajoutons à cela que stephen King fait à plusieurs reprises référence à Alice, une histoire dans laquelle le temps est un thème important, notamment pour le lapin. Et tout comme dans Le Fléau, la notion de temps semble également y être déficiente, ou problématique au moins, puisque l’on fête des non-anniversaires.
        Pour renforcer cette image de l’horloge, remarquons que Le Fléau semble contenir un mouvement qui ressemble à celui d’un balancier d’horloge avec un constant va-et-vient entre présent et passé, d’une part, et d’autre part des déplacements d’Est en Ouest cyclique comme nous seront amener à le constater ultérieurement.

L’histoire des USA en résumé .

        Comme nous l’avons dit, les protagonistes de ce roman ne se contentent pas de recréer les Etats-Unis, mais, plus ou moins consciemment, ils en revivent les grands épisodes.
        Après l’épidémie de super-grippe, le pays se retrouve presque entièrement vidé de sa population. Il ne subsiste alors que des petits groupes éparpillés sur tout le territoire, ce qui n’est pas sans nous rappeler les premiers habitants de l’Amérique : les Indiens. Cette idée semble être confirmée par la description qui est faite de Tom et Nick alors qu’ils se dirigent vers mère Abigael (chap.43) :  » Tous deux commençaient à devenir aussi bruns que des indiens « . La description de Joe lors de sa première apparition (chap.44) semble aller dans le même sens puisqu’on nous le présente  » vêtu que d’un slip « ,  » sa peau si bronzée qu’on aurait dit de l’acajou  » et qu’il porte en permanence  » un couteau « . Ajoutons à cela qu’il ne parle pas, comme s’il ne maîtrisait pas la langue des autres personnages et qu’on nous dira plus loin qu’il est sauvage. Et pour finir, lorsque Larry dort près d’un ruisseau, Joe s’approche en silence, sournoisement…N’est-ce pas là un cliché, que l’on retrouve dans nombre de westerns, du Peau-Rouge qui se prépare à égorger un cow-boy dans son sommeil ?
        Notons également que lorsque les Européens commencèrent à coloniser le continent américain, ils apportèrent avec eux leurs coutumes, leurs religions et leurs maladies, bénignes pour eux mais qui décimèrent les populations indigènes, au rang desquelles…la grippe.

        Ensuite, nous assistons à un mouvement vers l’ouest, au départ principalement de la Nouvelle Angleterre (Harold Lauder et Frannie, Larry et Rita, Stu…) qui s’accompagne d’une sorte d’accroissement de la population dans la mesure où l’on assiste à des regroupements et de nouveaux personnages apparaissent. Ceci décrit également l’époque mythique du Far-West, la conquête de l’ouest. Tout comme à cette époque, les personnages se déplacent, en général, armés puisqu’ils se trouvent dans un milieu hostile qui est, en outre, représenté par le biais d’un nouveau cliché : Nick et Tom rencontrent des Bisons (chap.43) qui sont retournés à l’état sauvage en défonçant leur enclos. Quel animal symbolise le mieux le Far-West que le bison ? Il suffit de nous souvenir de Buffalo Bill, etc…


        Larry après avoir rencontré Nadine, lui explique qu’il a  » souvent eu peur (…) comme si des indiens allaient (lui) tomber sur le dos pour (le) scalper  » (chap.44).
        La plupart des protagonistes se déplacent à vélo ou à moto. Faut-il y voir l’équivalent post-grippal des chevaux de l’époque ? Il faut savoir qu’en anglais le verbe ride (monter) s’applique aussi bien à un vélo, une moto, qu’à un cheval. De plus, toujours dans le chapitre 44, Nadine compare une chute de moto à une chute de cheval :  » J’ai lu quelque part que si vous tomber de votre cheval il faut remonter aussitôt  » , ce qu’elle dit après être justement tombée de moto.

        Et puis nous assistons à un regroupement et à la création d’une communauté plus ou moins homogène. L’élément de cohésion de cette nouvelle communauté est mère Abigael qui se dit inspirée par Dieu et la Zone Libre de Boulder dans un premier temps subit cette influence religieuse par le biais d’Abigael. Ceci rappelle l’époque où les États-Unis n’étaient encore que treize colonies britanniques qui devaient leur cohésion en partie à la religion. C’était l’époque du puritanisme.

        Mais très vite un comité se constitue afin d’administrer la Zone Libre. La première réunion publique donnera lieu à la ratification de la Déclaration d’Indépendance et de la Déclaration des Droits de l’Homme puis tout le monde entonne l’hymne national. Glen Bateman décrit alors le nouveau système politique de la Zone Libre comme une  » démocratie directe comme dans les villages de Nouvelle Angleterre, au début de la colonisation « .
        On décide alors de travailler à l’élaboration de lois ce qui à terme formera une constitution. Pour faire respecter ces lois Stu est élu shérif ce qui constitue une nouvelle image du western. A plusieurs reprises le mot shérif est employé dans le roman. Stu porte un pistolet à la ceinture ce qui renforce l’image, encore une fois, cliché du cow-boy tel qu’on peut le voir dans les films avec John Wayne et consorts. De plus, l’attentat, les habitants de Boulder veulent lyncher Harold, comme il était également de coutume à l’époque de la conquête de l’ouest.
        En parlant de Stu à Harold, Nadine le décrit comme  » le cow-boy qui a pris ta femme « . Enfin, à un moment Harold s’imagine s’adressant à la foule en ces termes :  » Pendant que nous essayons de fermer le cercle avec nos chariots « .

        Pour fonctionner, une société a besoin d’un système politique (nous venons de voir que la Zone Libre s’en dote vite d’un) et d’un système financier. Il est fait référence à deux banques dans la Zone Libre : la First Bank of Boulder puis la First National Bank. Le terme important ici est bien sûr first qui signifie en anglais première . Il s’agit en effet des deux premières banques de la nouvelle ère qui commence.
        Attardons nous également sur le terme national . Durant l’épidémie de super-grippe, Nick regarde la télévision (il lit sur les lèvres…). Il remarque alors que le journaliste présente  » un vague bulletin météo  » mais s’étonne de ne pas voir de  » cartes avec les hautes et les basses pressions comme si la Météorologie Nationale avait fermé boutique « . Il n’est pas si loin de la vérité puisque le pays n’existe plus vraiment puisque sa population disparaît rapidement et que les autorités étant incapable de gérer la crise s’effacent et laisse la place libre à l’anarchie la plus totale. Il n’y a donc plus de cartes puisqu’il n’y a plus a proprement parler de pays. L’idée de national n’est donc plus non plus valable et applicable; il n’y a donc plus lieu d’y avoir quoi que se soit de national, pas même la météo.


        Cette idée que le pays n’existe plus à proprement parler est également convoyée par une citation du premier chapitre. La scène se déroule à la station de Hap :  » Dans sa hâte, il donna un coup d’épaule dans le présentoir des cartes routières, envoyant valdinguer le Texas, le Nouveau-Mexique et l’Arizona « . Notons que ce ne sont pas les  » cartes du Texas,…  » mais bien les états qui tombent ce qui préfigure déjà ce qui va arriver dans la suite du roman : les U.S.A. qui tombent en morceaux.

        Une nouvelle étape est atteinte lorsque s’effectue le retour de l’électricité puisque la Zone Libre acquiert alors le statut de société moderne et très vite on retrouve les gestes de la société de consommation. En effet, à peine l’électricité est-elle à nouveau disponible que Stu se rend à l’hôpital pour rendre visite à Frannie et comme elle veut lire, Stu, pour lui faciliter la tâche, entreprend d’allumer de nombreuses lumières. Il n’aura pas mis longtemps à retrouver ses réflexes de consommateur. Notons également qu’à ce moment là, l’utilisation de véhicules automobiles (voitures, camions, etc…) remplace de plus en plus les vélos et les motos tout comme l’automobile à remplacé rapidement le cheval aux Etats-Unis.

        Très rapidement, les habitants de le Zone Libre prennent conscience de la présence de l’Autre, Randall Flagg. Il y a donc à partir de ce moment non seulement une société mais deux sociétés, qui plus est deux sociétés antagonistes. Les points communs entre les relations qui prévalent entre Boulder et Las Vegas, et celles de Washington vis-à-vis de Moscou durant la guerre froide sont nombreux.
        Nous avons bien avec Boulder et Las Vegas deux sociétés antagonistes dont l’affrontement parait inévitable et sur lesquelles plane le spectre du feu nucléaire et qui s’accompagne d’une course à l’armement (en effet, les disciples de Flagg ont entre autre tâches celle de remettre en état de fonctionnement trois bases aériennes militaires ainsi que les avions de combat). La réaction de la Zone Libre est alors d’envoyer des espions à Las Vegas afin de savoir ce qu’il s’y trame, ce qui était également la mission des agents de renseignement américains envoyés en U.R.S.S .Et lorsque ces espions se font repérer et arrêter , Flagg prétend que ses intentions ne sont en aucun cas belliqueuses et pour prouver sa bonne foi et ses bonnes intentions, il propose un programme d’échange de techniciens et pourquoi pas d’étudiants tout comme il en existait entre l’U.R.S.S. et les U.S.A. durant les périodes de détente.

La dimension cyclique du Fléau

        Il semble donc, d’après ce que nous venons de voir, que l’histoire des Etats-Unis se répète de manière cyclique.
        La création et le développement des Etats-Unis reposent sur un mouvement de l’est vers l’ouest. Le récit qui nous est fait dans Le Fléau semble reposer sur un mouvement de balancier sur un axe est-ouest, le mouvement vers l’ouest étant synonyme de construction alors que le mouvement vers l’est accompagne un processus de destruction, comme s’il gommait, effaçait ce qui a été construit par le déplacement inverse.
        Le premier mouvement de notre balancier est, bien entendu, la ruée vers l’ouest qu’ont connu les Etats-Unis.
        Dans le livre 1, qui correspond à la progression de l’ épidémie de super-grippe, nous pouvons observer une tendance générale à un déplacement vers l’est et plus particulièrement vers la Nouvelle Angleterre.
        L’épidémie commence dans une base militaire située en Californie et c’est Campion qui en est le premier vecteur alors qu’il prend la fuite pour finir sa course à Arnette au Texas.
        Lorsque l’armée décide d’isoler les habitants susceptibles d’être porteur du virus, Stu Redman est envoyé d’Arnette à Atlanta en Géorgie dans un premier temps, puis vers Stovington dans le Vermont (Nouvelle Angleterre).


        Dans les pages 130-131 (édition France-Loisirs, 1991), le centre d’étude épidémiologique est transféré d’Atlanta à Stovington, Vermont.
        Ray Booth (P.138) après avoir passé Nick Andros à tabac part de Shoyo, Arkansas pour se réfugier dans le Tennessee.
        Un agent D’assurance reçoit une contravention. Alors qu’il se trouve à Arnette, nous apprenons qu’il se dirige vers Braintree et L’est du Texas. Lorsqu’il demande sa route, c’est à un New Yorkais qui rentre de vacances. Ce dernier se dirige donc lui aussi vers la Nouvelle Angleterre (P.70-71).
        A la page 71, on nous parle d’enfants qui  » se rendait dans l’ouest du Texas, en Arkansas, en Alabama et au Tennessee « . Puisqu’ils sont en Oklahoma, dans trois cas sur quatre (nous parlons bien d’une tendance générale, pas de quelque chose de systématique) ils vont en direction de l’est.
        Après leur méfait, Poke et Lloyd Henried partent de Las Vegas en direction de l’Arizona (P.122). Puis  » ils étaient sortis de l’Arizona pour entrer au Nouveau-Mexique  » (P.123),  » puis cap au nord et à l’est  » (P.124).
        Lorsqu’il écrit Histoire de ma Vie, nous apprenons que Nick Andros est né dans le Nebraska puis est allé vivre dans l’Iowa (P.139).


        Len Creighton, militaire responsable du projet Bleu, doit aller de Californie à Washington, D.C. (P.173).
        Lorsque nous trouvons une énumération d’états américains, comme à la page 1è’ :  » Oregon, Nebraska, Louisiane, Floride « , ils sont cités du plus à l’est au plus à l’ouest.
        A la base militaire où tout à commencé, quand Starkey lit les petites annonces sur le tableau de la cafétéria, il apprend que  » Anna Floss cherche une voiture pour aller à Denver ou à Boulder le 9 juillet  » (la base est située en Californie).


        Puis nous rencontrons Randall Flagg (P.179) qui à l’intention de faire une première étape vers le sud puis d’aller de  » Portland à Portland « , de Portland en Oregon à Portland dans le Maine. Il semble donc lui aussi s’inscrire dans ce grand mouvement vers l’est, et même la Nouvelle Angleterre. Néanmoins, dans un passage par la suite nous nous apercevons qu’il semble sillonné les Etats-Unis apparemment dans aucune direction bien déterminée puisqu’on le retrouve aussi bien à New York, en Géorgie, au Nebraska, à la Nouvelle Orléans, etc…Or, Flagg nous est présenté comme étant sans âge (ageless). S’il n’a pas d’âge, il n’est pas assujetti à l’histoire et aux mouvements qu’elle engendre. C’est pourquoi il peut aller et venir comme bon lui semble, il n’est pas attiré vers l’est, vers la Nouvelle Angleterre, comme vers un aimant.


        Ce mouvement général vers l’est et en particulier vers la Nouvelle Angleterre, auquel la majorité des personnages est soumise peut être vu comme un retour à l’origine des États-Unis.
        Une fois l’épidémie finie, une fois que 99.4 % de la population a disparu, le mouvement s’inverse à nouveau est repart vers l’ouest pour la deuxième fois et il sera à nouveau source de création, de développement, de construction. Les pôles d’attraction en sont cette fois Boulder et Las Vegas. Et le cycle repart…
Remarque: lorsque le mouvement va vers l’est la population décroît. Dans un premier temps, le Grand Voyage commence en Californie et gagne les États-Unis en entier avec les effets que nous connaissons. Dans un deuxième temps, au retour des espions (de Las Vegas à Boulder, donc vers l’est) une grande partie de la population de Las Vegas disparaît du fait de l’explosion nucléaire. Le mouvement continue vers la Nouvelle Angleterre, encore une fois, avec Stu et Frannie qui retournent dans le Maine afin de commencer une nouvelle vie. Le retour à l’origine est double ici : c’est donc ici que commence l’histoire des U.S.A. et c’est ici qu’à commencer l’histoire de Frannie.
        Inversement, comme nous l’avons déjà remarqué à plusieurs reprises, la population s’accroît lorsque le mouvement se fait en direction du Pacifique.

Pour évoquer le deuxième aspect de cette dimension cyclique que nous retrouvons dans Le Fléau, reprenons une phrase que Frannie écrit dans son journal :  » L’histoire se répète « .
        En effet l’Histoire, celle du pays, se répète mais également l’histoire, celle que nous raconte ici Stephen King. A deux reprises nous assistons à une destruction engendrée par une arme dite de destruction massive élaborée par l’armée américaine et dont on perd le contrôle. Dans un premier temps c’est une arme bactériologique, le virus de la super-grippe, dans un deuxième il s’agit de l’arme atomique, l’ogive nucléaire que trouve la Poubelle.

        Au sein du roman, il est un personnage auquel le qualificatif de cyclique s’applique particulièrement bien. Il s’agit bien évidemment de Randall Flagg et ce à plusieurs titres. Tout d’abord, dans le roman même, puisqu’à la fin on le retrouve sur un île il est recommence la même action qu’il a entreprise tout au long du récit, c’est-à-dire qu’il manipule les foules dans le but d’engendrer la destruction. C’est un procéder qu’il affectionne particulièrement puisqu’il en use dans Needful things/Bazaar, à Castle Rock, sous le nom de Leland Gaunt (car Leland Gaunt est une des nombreuses identités de Randall Flagg. Voir L’homme en Noir dans Steve’s Rag 1.1) et c’est ce qui nous amène a considérer le retour cyclique de Randall Flagg dans l’oeuvre kingienne en général. Citons à ce titre l’exemple de The Eyes of the Dragon/Les Yeux du Dragon.

        L’œuvre de Stephen King entière peut être qualifiée d’oeuvre cyclique. Dans It/Ca, le cycle est de 27 ans environ. Dans Cycle of the Werewolf/L’Année du Loup-Garou, c’est le cycle de lunaire qui fait référence. Considérons également le retour cyclique de personnages (Voir les articles People, Places and Things dans Steve’s Rag 1.5 et 1.6) ou de lieu comme Derry (It/Ca ; Insomnia/Insomnie) ou Castle Rock. Dans Gerald’s Game/Jessie et Dolores Claiborne, c’est le cycle astronomique qui tient une grande importance avec l’image de l’éclipse. Et il ne faut pas oublier tous les thèmes récurrents que l’on retrouve dans l’oeuvre kingienne.

        Et pour finir, nous pouvons voir dans Le Fléau une dimension cyclique de la littérature. En effet, Stephen King cite ou fait référence à de nombreux auteurs tels Yeats, Frost, Shakespeare, Huxley, etc…
        Il subit l’influence d’autres auteurs parmi lesquels nous retrouvons donc Lewis Carroll pour ce qui est du traitement de la question du temps. Citons également H.G. Wells pour son The Time Machine/La Machine à voyager dans le temps ainsi que pour The War of the Worlds/La Guerre des Mondes auquel King fait plusieurs fois allusions dans Le Fléau aussi bien sous sa forme écrite que sous sa forme radiophonique puisqu’il fait mention de l’interprétation d’Orson Welles (l’orthographe change mais pas la prononciation…). Est-ce un clin d’œil si l’une es villes dans laquelle revient souvent l’action du roman s’appelle……Wells ?!? Rappelons que The War of the Worlds relate l’invasion de la Terre par des extra-terrestres. Ils sont sur le point de vaincre lorsqu’ils sont détruits par un virus anodin pour les Terriens : la grippe (La nouvelle The Star Invaders ressemble en certains points à ce roman).


        Mais la principale influence du Fléau est un roman de Nathaniel Hawthorne (1804-1864) intitulé The Scarlet Letter/La Lettre Écarlate dont le personnage principale se nomme Hester Prynne.
        Deux références à cette oeuvre, l’une au début du roman (P.13) où King compare Frannie à  » Hester Prynne  » (c’est écrit en toutes lettres) et l’autre à la fin du roman (P.991) :  » Mais il n’avait jamais complètement cessé d’écrire à la main, se souvenant que Mobby Dick avait été écrit ainsi, de même que La Lettre Ecarlate et Le Paradis Perdu « , forment ce que l’on appelle en littérature un effet de cadre (framing structure) c’est-à-dire que l’élément qui forme cet effet de cadre, ici The Scarlet Letter donc, tient une place importante dans l’oeuvre qu’il encadre. dans le cas d’une oeuvre littéraire, l’auteur se situe dans la lignée de celle-ci..
        Nous retrouvons de nombreuses autres références à l’oeuvre d’Hawthorne dans Le Fléau. Dans le chapitre où frannie pense :  » Chapitre six: Hester Prynne annonce au révérend Dimmesdale l’arrivée imminente de Pearl « . Pearl , dans The Scarlet Letter est la fille d’Hester Prynne. Dans le chapitre 6 du Fléau , Frannie qui est comparée à Hester Prynne, annonce à son père qu’elle est enceinte, c’est-à-dire qu’elle annonce l’arrivée de son enfant. Coïncidence ?


        Frannie, lorsqu’elle pense à la réaction de sa mère à cette annonce l’imagine disant  » Il va falloir que je démissionne de l’ouvroir de la paroisse. Une jeune fille bien élevée… « . La mère de Frannie considère donc que son enfant est un enfant du péché (puisqu’elle n’est pas mariée) tout comme l’enfant d’Hester Prynne (puisqu’il est le fruit de l’adultère).
        A la page 163, on nous dit à propos de Frannie que  » personne n’allait la marquer au fer rouge « . La lettre écarlate à laquelle le titre fait référence est la lettre A (pour Adultère) en tissu rouge cousue sur la poitrine d’Hester Prynne. Elle n’est pas marquée au fer rouge mais presque… Cette lettre cousue sur sa poitrine à pour effet d’attirer le regard réprobateur des passants lorsqu’elle est dans la rue. Est-ce pour cela que l’on nous dit à propos de Frannie que  » quand elle sortait, elle avait l’impression que les gens ne la regardaient pas encore « ?
        C’est dans le chapitre 50, à un moment où le futur bébé de Frannie est au centre du récit que nous apprenons que  » l’immeuble où [ Stu et Frannie ] habitaient se trouvait en plein centre, à l’angle de Pearl et de Broadway « . Comme nous l’avons vu Pearl est le nom de l’enfant d’Hester et il n’est pas nécessaire de rappeler que Stephen King Habite une rue de Bangor nommée West Broadway . Tout comme les rues Pearl et Broadway, les chemins de King et Hawthorne se croisent à cet endroit. Ajoutons à cela qu’ il est précisé que Pearl se trouve dans le sens est-ouest. Il semble donc que Pearl, l’enfant, se soit également déplacée d’est en ouest dans le mouvement général puisque l’action de The Scarlet Letter se situe en Nouvelle Angleterre. Encore une coïncidence ?!?
        Revenons un peu sur l’auteur de The Scarlet Letter. Nathaniel Hawthorne est né dans une petite ville du Massachusetts du nom de….Salem. Sa famille est ensuite allée vivre dans le Maine voisin pendant quelques temps. Il n’est certainement pas nécessaire de rappeler ce que Salem représente dans l’œuvre kingienne et que, comme le disent les jaquettes de ses romans,  » Stephen King habite dans le Maine avec sa femme Tabitha et leurs trois enfants.


        Le père d’Hawthorne était capitaine dans la marine marchande quand il est mort alors que Nathaniel était âgé de 4 ans. Donald King était dans la marine marchande lorsqu’il a disparu alors que Stephen avait 2 ans (Dans Le Fléau un certain Donald King essaie de vendre un aspirateur à Abigael Freemantle. David King, le frère de Stephen, possède un magasin d’électroménager…)
        Enfant, Nathaniel Hawthorne s’est plongé dans la lecture et a commencé l’écriture de son premier roman alors qu’il était à l’université. Cela ne vous rappelle personne ?
        L’action de The Scarlet se situe en Nouvelle Angleterre, en Pennsylvanie, à une époque où la société était en grande partie par le puritanisme, c’est-à-dire indirectement par science qui n’est pas sans nous rappeler l’embryon de société qui se forme autour de mère Abigael et qui pendant un temps guide les survivants au nom de Dieu, dit-elle.


        Il est une citation particulièrement troublante dans The Scarlet.:
Why dost Thou smile so at me ?, inquired Hester, troubled at the expression of his eyes.  » Art Thou like the Black Man that haunts the forest round about us ? « .

c’est-à-dire :

Pourquoi me souris-tu ainsi, demanda Hester, intriguée par l’expression dans son regard. Es-tu comme l’Homme Noir qui hante cette foret qui nous entoure ?

        A cette époque, la ville représentait la civilisation et ce qui se trouvait en dehors de ses limites constituait le concept de Wilderness (l’état sauvage) que l’on disait hanté par le Malin, lequel apparaissait sois sous la forme d’un animal soit sous une apparence humaine. Dans ce cas, il était vêtu de noir des pieds à la tête d’où son nom de Black Man, l’Homme Noir.
        Cette description pourrait parfaitement s’appliquer à Randall Flagg, aussi appelé Dark Man traduit par l’Homme en Noir) car lui aussi nous apparaît la plupart du temps dans l’œuvre kingienne vêtu de noir et dont on sait qu’il revêt bien des formes humaines ou animales : loup, corbeau, serpent, etc…

        Avant d’être ce monstre de plus de mille pages, The Stand/Le Fléau, a été publié sous une forme beaucoup plus concise en 1978. Mais dès 1969, Stephen King publiait dans Ubris deux oeuvres courtes intitulées The Dark Man, un poème qui reste à ce jour non-traduit en
français, et Night Surf/Une Sale Grippe, dont une version retravaillée sera incluse dans Night Shift/Danse Macabre. Ces deux oeuvres était des premières ébauches de ce qui allait devenir le roman qui nous intéresse présentement.


        Comme la plupart des oeuvres de King, il a donné lieu à une adaptation à l’écran. Après de nombreux projets avortés, c’est finalement la formule désormais éprouvée de la mini-série qui a été retenue par la chaîne américaine ABC. Pour une fois, le résultat est plutôt satisfaisant dans l’ensemble. Il faut dire que King lui même a travaillé sur cette adaptation. Il nous crédite même d’une apparition à la Hitchcock , comme il le fait régulièrement. La cerise sur le gâteau en ce qui concerne cette production : la bande originale. Nous ne saurions trop vous recommander de vous procurer le C.D, d’autant plus que le livret contient un article de Stephen King intitulé Setting the End of the World to Music.


Le 16 décembre 1995.
Lille, Maine.





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