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Steve’s Rag 09 – King abats ses cartes et joue son Stoker

King abat ses cartes et joue son Stoker

(Alexandre Matton)


    Cela fait maintenant près de deux siècles que la littérature s’est découvert un style que l’on nomme roman d’horreur gothique. Parmi cette catégorie on trouve le roman de vampire. Il connut ses débuts vers 1819 avec la publication de The Vampyre de John Polidori. D’autres, tel que Baudelaire et Lautréamont, s’y essayèrent mais c’est en 1897 avec le Dracula de Bram Stoker que ce style sombra dans le grandiose. Ainsi Stoker venait de jeter les fondements du roman de vampire gothique. Évidemment un personnage emblématique tel que Stephen King ne pouvait pas laisser les vampires se couvrir de poussière au fond de leur cercueil et se devait de prouver que cette vache à lait laissée exsangue par un tas d’écrivains, souvent plus médiocres les uns que les autres, n’avait pas encore fini de faire cauchemarder et que l’on pouvait encore nous transfuser autre chose que cette littérature mièvre que l’on nous a trop souvent servi et il sera rejoint dans cette idée par Anne Rice. Mais qu’allait-il nous offrir, demanderez vous? Et bien tout simplement une excellente histoire d’horreur teintée d’un hommage au très grand Bram Stoker.

    Il écrivait donc son deuxième roman intitulé Salem’s Lot / Salem qui nous conte les aventures de Ben Mears, un écrivain en pleine ascension et qui revient à Salem, la ville où il passa une partie de son enfance. Évidemment Stephen ne pouvait pas laisser ce pauvre écrivain en paix et il allait le tourmenter en le plongeant dans un cauchemar envahi de vampires (ces Américains, toujours la folie des grandeurs, comme si un seul ne suffisait pas…). De plus, ce brave Mears doit faire face aux

attaques des critiques et d’une population réticente à son style d’écriture (c’est étrange comme toile de fond, ne trouvez vous pas? Y aurait-il un message là dedans? Certains diront que l’écrivain tourmenté est le sujet de prédilection de Stephen, mais il a bien fallut que cela vienne de quelque part). Son intégration dans la ville ne se fera pas sans heurts, d’autant plus qu’au moment où il arrive d’étranges phénomènes se produisent et qu’il se trouve dans la charrette des suspects avec Barlow (le vampire) et Crossen (le garde du vampire), qui représentent ici le schéma classique du vampire et de son bras droit.

    Il est aussi à noter que Stephen écrit son roman dans une période trouble de l’histoire des États-Unis. En effet, ils sortent de la guerre du Vietnam et aussi de l’affaire du Watergate. Nixon vient de démissionner et les Américains sont écœurés par tout ce qu’ils apprennent et Stephen ne semble pas échapper à ce mouvement de contestation. Pour expliquer le nom de la ville de Salem, il emploie ces termes :

    (…) la phrase devint légendaire et le nom resta à la ville. Cela ne prouve pas grand chose si ce n’est peut-être qu’en Amérique même un gros porc a des chances de parvenir à l’immortalité.

    Voulait-il exprimer les sentiments de trahison ressentis par la population avec l’aide métaphorique de cette phrase pouvant être anodine aux yeux de certains?

    Il fait de Mears un militant de la paix qui prône le retrait des troupes américaines du Vietnam et en profite pour nous faire de nombreuses allusions à cette guerre en nous présentant entre autre un vétéran du Vietnam ayant sombré dans l’alcoolisme. Il saupoudre le tout d’un soupçon de paranoïa envers le FBI et ses fiches de renseignement sur la population. Il n’oublie pas de citer les combattants de la deuxième guerre mondiale et de citer Hitler.

    Stephen nous brosse le portrait d’un vampire charismatique et redoutable, comme le représente Stoker. Il reste ainsi dans la présentation proche de celui de Stoker mais on s’aperçoit rapidement que l’on a affaire à un vampire mégalomane qui compte établir un ordre vampirique sur la Terre en transformant ses habitants en vampires eux-mêmes. On est assez éloigné du vampire romantique de Dracula. On nous parle ici d’une invasion de vampires.

    Stephen rejette un peu d’huile sur le feu et rentre dans les plumes du clergé en nous faisant un portrait récurrent de ces membres en nous offrant une image bien différente de celle dont on a l’habitude.

    Des thèmes récurrents tel que l’alcoolisme, la drogue ou l’arthrite se retrouvent dans cette oeuvre.

    Salem se retrouve ainsi de nouveau le théâtre de manifestations diaboliques et Ben Mears s’y trouve de nouveau imbriqué, évidemment de façon malheureuse, mais, comme auparavant c’est la maison de Marsten House qui se trouve être le centre de toute cette agitation ésotérique et maléfique. Stephen s’appuie énormément sur les craintes qu’inspire cette demeure pour nous transporter dans un univers empli de cauchemars. Marsten House prend ici une importance primordiale et nous guide à travers l’histoire. Elle semble être là pour attirer notre attention; elle est vivante et le fait sentir. C’est elle qui attire ce déferlement démoniaque.

    Stephen n’hésite pas à éliminer la population de la ville sans épargner femmes, enfants et vieillards. Sans oublier la fiancé de Mears. Mears se lance alors dans une chasse aux vampires, accompagné des très rares survivants de Salem.

    La magie King fait ici son effet tout en restant suffisamment proche du vampire victorien. Stephen arrive à y introduire son univers personnel sans rendre ridicule la confrontation des deux univers. Nous avons à faire face à un grand moment de l’horreur et une grande oeuvre de King pleine de fantastique non débridé et qui pulse à toutes les pages, nous faisant plonger dans un univers si proche du notre qu’il en est troublant de lire ce livre et surtout des plus effrayants.

    Il est à noter une petite référence au roman 1984, ainsi que le prénom du fossoyeur qui est Royal, comme la marque de la machine à écrire de Stephen. Y aurait-il un clin d’œil?

    Stephen efface donc avec ce roman le goût amer que nous avaient laissé bon nombre d’ouvrages même s’il a ouvert une nouvelle voie à de nouveaux scribouillards qui viennent encore nous remplir les yeux d’œuvres de piètre qualité.


(NDLR : Pour les mordus des Vampires… Si vous restez sur votre faim, sachez qu’une étude, de José Evrard, intitulée Vers une lecture épistémologique de ‘Salem’s Lot paraîtra dans le prochain numéro du Steve’s Rag… Patience !)





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