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Steve’s Rag 18 – Huckleberry Finn & Jack Sawyer partent en vadrouille

Huckleberry Finn et Jack Sawyer

partent en vadrouille

(Caroline Guichet)


Je ne sais pas qui de Stephen King ou de Peter Straub a eu l’idée d’écrire « Le Talisman », ni lequel des deux a eu l’idée de mettre des extraits d' »Huckleberry Finn » et de « Tom Sawyer » au début et à la fin du roman, mais toujours est-il que ce n’est certainement pas un hasard ni un simple caprice. Nous allons voir ici que l’histoire de Jack Sawyer ressemble sur plusieurs points à celle d’Huck Finn écrite par Mark Twain un siècle plus tôt (on peut d’ailleurs remarquer que l’homonymie entre de Jack et Tom n’est certainement pas le fruit du hasard).

1. Jack et Huck.

Les protagonistes des deux romans présentent plusieurs points communs. Ce sont deux Américains d’une douzaine d’années, et tous deux vont sortir de leur quotidien pour effectuer un voyage peu ordinaire. Ils vont découvrir le monde qui les entoure et comment y survivre.
Dés le début nos deux héros font l’apprentissage de la solitude: Huck se retrouve enfermé par son père dans une cabane au fond des bois, et Jack, lui, est désespérément coincé dans la ville très déserte d’Arcadia Beach.
Cependant, ils ne seront complètement seuls durant leur voyage. Ils vont trouver des amis là où ils ne les attendaient pas. Huck trouvera comme compagnon de voyage Jim, l’esclave en fuite de sa tante; et jack va de son côté aussi rencontrer un Noir qui l’aidera à plusieurs reprises dans son voyage: le vieux Speedy Parker. Le second ami que chacun d’eux retrouvera à la fin son périple est le vieil ami d’enfance: Tom Sawyer pour Huck, et Richard Sloat pour Jack.

La vie de nos héros s’annonce particulièrement instable: celle d’Huck l’a toujours été, celle de Jack commence à la devenir.
« (…) le jeune Jack Sawyer, debout à l’endroit où les vagues viennent mourir sur le sable, contemplait l’immuable océan Atlantique, les mains enfoncées dans les poches de son jean.(…) L’univers de Jack était dépourvu d’ordre et de régularité. Sa vie semblait aussi instable et mouvante que l’océan houleux qu’il avait devant les yeux. »

Mais cependant, ils ne réagissent pas tous les deux de la même façon face au style qu’ils mènent: Huck refuse la vie « civilisée » que l’on cherche à lui imposer, alors que Jack n’a qu’un désir c’est de retrouver une vie normale pour un garçon de douze ans.

Par contre, le point commun entre les deux personnages que l’on ne pourra pas leur enlever, c’est leur formidable capacité à improviser des mensonges pour se sortir des situations les plus délicates. Le mensonge est pour eux un mode de survie. Les mensonges qu’ils inventent pour justifier aux adultes leur présence sur les routes des États-Unis ont tous le même aspect: la mère malade ou les parents décédés, la vieil tante ou l’oncle à qui ils vont rendre visite,…
« C’est seulement que je dois aller habiter quelques temps à Oatley chez ma tante, Hélène Vaughan. C’est la sœur de ma mère. Elle est institutrice. Mon père est mort l’hiver dernier, vous comprenez, et depuis les choses ont mal tourné_ en plus depuis quinze jours la toux de ma mère à encore empiré et le docteur lui a dit qu’elle devait garder le lit le plus longtemps possible; alors elle a demandé à ma sœur si elle pouvait me prendre chez elle pendant quelque temps(…) On n’a plus de voiture, dit Jack pour enjoliver l’histoire. Il commençait à y prendre plaisir(…). »
(« Le Talisman », chapitre VIII, 2)

Cette capacité à mentir leur vient naturellement, presque intuitivement.
« Tu vas tout déballer à ce type, Jacky-boy?(…) Tu ^pourrais l’entortiller si tu voulais(…) »
(« Le Talisman », chapitre VII, 4)

2. Une Quête de l’Identité

On peut remarquer que dans les deux romans la question de l’identité et de recherche de soi-même est très présente chez les deux protagonistes.
Tout au long du  » Talisman », on ne peut que remarquer l’ambiguïté de personnage entre Jack et Jason. Les deux sont exactement identiques, pourtant l’un des deux est mort étant bébé. Ainsi, l’ambiguïté devenant de plus en plus grande au fur et à mesure que Jack approche du talisman, Jack fini par assumer complètement l’identité de Jason:
« Brusquement Jack se lança à leur rencontre.(…) Ses traits prirent l’éclat rayonnant de Jason. Il dérapa dans les Territoires et devint Jason;(…) Il jeta son heaume dans sa direction. Jack l’esquiva aisément et réintégra son moi-Jack(…). »
(« Le Talisman »; Chapitre XLII, 2)

Dans « Les aventures d’Huckleberry Finn », Huck est amené à plusieurs reprises à se déguiser, à usurper ou inventer toutes sortes d’identité pour se sortir des situations les plus difficiles. Il va jusqu’à se faire passer pour une fille, ou pour un anglais, toujours avec plus ou moins de succès!
Son tour de force le plus méritoire est sans conteste à la fin du livre quand il arrive à se faire passer pour Tom Sawyer lui-même.

Les deux ont donc en commun cette quête initiatique qui leur permettra, à la fin de chaque roman, de passer de l’adolescence à l’âge adulte, du stade de garçonnet à celui d’homme.

3. L’Opposition de Deux Mondes.

Dans chacun des deux romans deux mondes sont mis en parallèle : dans « Huckleberry Finn », le monde dit « civilisé, le monde moderne, est constamment opposé au monde « naturel ». En effet, Huck décide de partir à l’aventure pour une vie civilisée que l’on cherche à lui imposer mais qu’il ne peut supporter, c’est pourquoi il préfère fuir et vivre dans la nature.
Dans « Le Talisman », l’opposition des deux univers tient plus du surnaturel, de l’allégorie. Le monde dans lequel vit Jack représente le monde moderne tel que, nous lecteurs, nous le connaissons. Alors que le monde de Jason, les Territoires, est à l’opposé de ce monde moderne, c’est un monde « médiévalo-fantastique » où la magie remplace la science.
Jack, tout comme Huck dans la nature, trouve dans les Territoires un bonheur et une tranquillité qui lui permet d’oublier momentanément les soucis du monde moderne d’où il vient.
« Morgan et sa bande de petites vipères pouvaient faire irruption d’une seconde à l’autre, mais pour le moment c’était impossible de ne pas donner libre cours à la joie purement animale de se sentir de retour [dans les Territoires]. »
(« Le Talisman »; Chapitre XXXIV, 1)

Ce bonheur de se retrouver dans un monde loin de toutes civilisation moderne est comparable à la joie de Huck de se retrouver sur le radeau en se laissant porter par le courant du Mississippi.

4. La Dimension Cyclique des Deux Romans.

Dans « Le Talisman », on peut remarquer que le voyage de Jack s’effectue d’ abord de la Californie au New Hampshire, puis du New Hampshire il retourne en Californie. Une fois qu’il trouvé l’objet de sa quête, il retourne auprès de sa mère dans le New Hampshire. Le schéma de son voyage est donc: Ouest-Est, Est-Ouest, et de nouveau Ouest-Est, rappelant le mouvement du balancier d’une pendule.
Cette idée de mouvement pendulaire est renforcée par le fait que Jack fut conçu à l’Alhambra en 1968. Le roman commence donc là où la vie de Jack a commencé…
La fuite de Jack vers l’ouest pour trouver le talisman n’est pas non plus sans rappeler un élément majeur dans l’histoire américaine (élément que l’on retrouve également dans « Le Fléau »): la conquête de l’ouest et le mythe de la frontière. Dans la dernière partie du roman, quand Jack arrive à Point Venuti, Stephen King souligne beaucoup le côté « western » de cette scène finale.
Un autre point qui marque aussi cette notion de cycle c’est le fait que l’aventure se résolve dans un lieu similaire à celui où tout à commencé: une plage, prés d’un hôtel… la seule différence est que cette fois-ci ce n’est pas l’océan Atlantique que Jack contemple mais l’océan Pacifique.

On retrouve cette dimension cyclique dans « Huckleberry Finn »: le roman se termine comme il a commencé; la scène finale du livre ressemble beaucoup au début du roman: Huck Finn et Tom Sawyer se retrouvent ensemble pour jouer des tours aux adultes sous l’influence des romans d’aventure lus par Tom.

Pour résumer, les deux romans sont des romans sur l’enfance et le monde imaginaire qui lui appartient. Huck cherche à s’évader de son quotidien et du monde des adultes en s’inventant des personnages imaginaires, et Jack est lui constamment confronté au monde des chimères de son enfance. Mais ce ont aussi des romans sur le passage de ce monde de l’enfance au monde des adultes, et ce sont ces deux mondes qui sont mis en parallèle (ou en opposition), de façon plus ou moins allégorique, dans ces livres.
Il est donc très probable que Stephen King est été influencé par « Les Aventures d’Huckleberry Finn » , comme la plupart des romanciers Américains car « Huck Finn » est le roman d’aventure Américain par excellence. Comme le dit Ernest Hemingway:
« Toute la littérature moderne ne vient que d’un seul livre écrit par Mark Twain: ‘Huckleberry Finn’ « .
Apparemment Stephen King n’échappe pas à la règle…





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