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Steve’s Rag 23 – Le héros et la bête (à propos de THE GIRL WHO LOVED TOM GORDON)

Le Héros et la Bete

(Roland Ernould)


 » – Tom? dit-elle d’une voix timide. (…) J’ai marqué le point décisif.
– Je sais, dit-il. Tu as joué comme une déesse. » (326)

À propos de : La petite fille qui aimait Tom Gordon,

    Le héros fait partie de images-codes, dont l’universalité et la charge émotionnelle ne se discutent pas. Cette sorte de folie collective qui envahit la France du football aux grands événements de ce sport en sont le meilleur exemple. Dans les mythes anciens, le sujet du héros rédempteur et de ses combats (lutte contre les monstres, les obstacles en apparence insurmontables, les énigmes à résoudre) et certains aspects mystérieux des choses à accomplir impressionnèrent toujours les esprits. Être à mi-chemin entre la vie humaine ordinaire et la condition divine, le héros est le symbole de rêve d’excellence des hommes et du secret désir de se dépasser en tant qu’humain. Les premiers écrits ont été consacrés à des héros, sous la forme d’épopées comme celle du Gilgamesh babylonien, du Kalevala finnois ou de l’Iliade hellénique. Des contes et légendes innombrables ont passionné nos ancêtres et l’histoire littéraire toute entière est marquée par la symbolique du héros.

    À chaque époque ses héros, mais il faut bien reconnaître que ceux de nos concitoyens ont perdu leur grandeur épique. Produits pour un imaginaire de masse par les médias, ils continuent à remplir les mêmes fonctions que les anciens, mais correspondent aux nouvelles conditions d’existence et aux rêves qu’elles engendrent. La vedette de cinéma et le sportif oblitèrent l’aventurier, le policier ou le héros de western. L’apparence ou le talent populaire l’emportent sur la stature antique, et les héros classiques sont à peine connus des lycéens. Les héros modernes sont faits bien plus pour le divertissement, le goût du spectacle et l’évasion que pour l’imitation. Le lien entre le héros et les puissances cosmiques a pratiquement disparu. Actuellement, le sport et l’aura qui l’entoure lui confèrent une situation mythique.

    Les héros accomplissant des performances hors du commun ont été pendant longtemps liés bien plus étroitement qu’aujourd’hui à des forces transcendantes, inspirés par ces forces ou destinés à les satisfaire. Souvent mi-dieu, mi-homme, ou d’illustre naissance, le héros multipliait les actions d’envergure, comme les travaux d’Hercule, parmi lesquels figurait nécessairement la lutte contre le monstre. L’engagement avec la Bête était symbolisé par le dragon (le serpent) ou le géant. Le héros affronte ainsi des mondes inconnus et périlleux, combat le monstre ou descend aux enfers, accomplissant des actions dans lesquelles les hommes ordinaires perdraient la vie. Aux USA, lié à la marche vers l’ouest et à la conquête d’un continent, le héros de western était celui qui était resté le plus proche du héros antique. Au lieu d’affronter le désert de la mort de l’ouest, la jeune Trisha bravera la forêt du nord de la Nouvelle-Angleterre dans une initiatique descente aux enfers, et vaincra le monstre. Et le héros qui lui sert de modèle pendant ce passage de la fillette à la préadolescente est le héros moderne par excellence aux USA, un joueur de base-ball.

    Ordinairement, dans les récits anciens, le méchant monstre veille sur la jeune fille, la gardant contre les intrus, pour une divinité ou pour lui-même. La fonction du héros est de venir la délivrer. La belle jeune fille, indispensablement passive, attend le vaillant sauveur qu’elle épouse le plus souvent. Le cas de Trisha est sensiblement différent. Si la Bête la surveille, c’est par convoitise. Trisha n’attend pas du héros qu’il la sauve de la Bête par une intervention personnelle. Son parcours est initiatique, dans une perspective féministe moderne. Trisha attend du héros qu’il lui enseigne comment, par elle-même, elle peut affronter ses épreuves en effectuant sa descente aux enfers afin de pouvoir, renouvelée par une renaissance qui l’a grandie, vaincre personnellement le monstre. Il est indispensable de lire le roman dans cette perspective symbolique pour en comprendre tout le sens.

UN RITUEL DE BASE-BALL, MYTHE MODERNE.

Nous vivons dans un monde où les rites anciens ont perdu une bonne partie de leur force. Les pratiques rituelles qui subsistent sont devenues des gestes superstitieux, puisque nous n’avons plus les idées originelles et les intentions qui les accompagnaient. Quand la vie s’est retirée d’un mythe qui s’inscrivait dans la réalité, il devient une forme creuse à caractère poétique, vidée de son sens profond. La force d’un mythe vient de son action, réelle ou supposée, sur la réalité, toujours liée à une puissance, abandon à une force qui peut se manifester. Le rite est la pratique qui rend présent le sacré. Comme le souligne Bernard Valade, « le rite et le mythe apparaissent comme les deux facettes indissociables de la même activité sacramentelle. » Une pratique rituelle ne tire son sens que de son efficacité magique.

Toute pratique rituelle est liée à un double aspect. Le rite a une fonction expressive, produit une signification au travers de sa symbolique. Mais le rite n’est pas que producteur de signification. Il a une fonction situationnelle, permettant une production instrumentale et pragmatique.

Un mythique moderne américain.

Comme beaucoup d’Américains, Trisha, 9 ans, et son père sont des fanatiques du base-ball. À son âge, Trisha connaît les équipes, les joueurs et les commentateurs, qu’elle écoute à la radio. Tom Gordon est le joueur de l’équipe des Red Sox que Trisha et son père préfèrent entre tous. C’est le joueur qui intervient efficacement dans les cas désespérés, quand l’équipe est en perdition. La plupart du temps, il sauve le match. Le père de Trisha admire Gordon à cause de ses nerfs d’acier : «  »Ce n’est pas du sang qui coule dans les veines de Flash, c’est de l’eau glacée », disait Larry McFarland, phrase que Trisha reprenait volontiers à son compte. » (20)

Trisha s’est perdue dans la forêt; elle a peur la nuit, et spontanément pense à Tom Gordon : « Elle s’imagina que Tom Gordon était dans la clairière avec elle. (…) Dans le clair de lune, son uniforme était d’une blancheur presque phosphorescente. La protégerait-il? Non, puisqu’il n’était pas là pour de vrai… mais en un sens, il était un peu son ange gardien quand même. C’est de sa tête à elle qu’il avait surgi, après tout. » (135) Elle a heureusement son walkman avec elle, et peut ainsi écouter le soir les matchs où joue son joueur préféré. Peu à peu elle s’habitue à sa présence, et finit par se l’imaginer à côté d’elle : « Au début, ça lui fit un effet bizarre (elle était même franchement mal à l’aise), mais à mesure que s’écoulaient les longues heures de l’après-midi finissant, sa gêne se dissipa et sa langue se délia. Elle se mit à lui parler, le plus naturellement du monde. Elle lui expliqua quel repère elle avait choisi pour sa prochaine étape, (…) lui jura ses grands dieux qu’ils n’allaient pas tarder à s’en sortir, que ce truc-là ne pouvait pas durer indéfiniment. (160)

Bien sûr, Trisha n’est pas dupe. Mais son imagination lui permet d’accepter sans difficulté cette situation, comme le font les enfants dans leurs jeux d’invention : « Elle se remit en route, d’un pas lent et pesant. (…) Elle se raconta que Tom Gordon était avec elle, qu’il lui tenait compagnie, mais au bout d’un moment elle n’eut plus besoin le se raconter. Il était là, marchant à ses côtés. Elle avait beau savoir que ce n’était qu’un mirage, il lui semblait aussi réel à la lumière du jour que sous le clair de lune. » (199) Trisha pense à Tom Gordon bien plus qu’à ses parents, qui ne peuvent pas l’aider, même moralement. À ses yeux, ce sont des nourriciers qui ont leurs faiblesses (ils ont chacun leurs défauts, et, pire pour Trisha, ils viennent de divorcer, la laissant dans l’instabilité psychologique). Si elle les évoque de temps en temps, ils n’ont pas à ses yeux l’aura suffisante pour lui servir de modèles. De simple présence, Tom devient peu à peu l’ami, le confident : « Elle se raconta que Tom Gordon marchait à côté d’elle. Ils eurent une longue et passionnante conversation, dont Trisha fut le sujet principal. Tom fit montre d’une curiosité insatiable. Il lui posa mille questions, lui demanda quelles étaient ses matières scolaires favorites… » etc. (251) Au cours de son long périple d’une huitaine de jours, elle ne vit pas dans une totale solitude, car elle ressent constamment sa présence : « Tom Gordon était devenu son compagnon de tous les instants et désormais il n’était plus pour elle un être chimérique, mais une présence bien réelle. » (260)

Sa présence est d’autant plus précieuse qu’il l’aide à bien observer la réalité pour lui permettre la sortie de son enfer. Ainsi Trisha remarque un tronc d’arbre singulier, qui ressemble à un poteau : « C’était un poteau de clôture. En son sommet, un vieux verrou rouillé était encore vissé dans le bois grisâtre et spongieux. » (268) Cette rencontre lui donne un sentiment de déjà vu « qui semblait avoir un rapport avec Tom Gordon. Où avait-elle pu… ?
– Tu l’as vu en rêve, dit Tom.
Il était debout à une quinzaine de mètres de là, les bras croisés, les fesses appuyées contre un érable. (…) – Tu as rêvé qu’on était ici ensemble, toi et moi. » (269)
Ce sont les vestiges d’une porte, constate avec joie Trisha, qui rencontre pour la première fois une trace de présence humaine. Mais elle ne trouve pas trace de l’autre poteau, enseveli sous la friche, qui lui permettrait de trouver la direction de la route : « – C’est quoi, là-bas? fit la voix de Tom Gordon derrière elle.
– Où ça? demanda Trisha. Je ne vois rien. (…)
– Moi, c’est un autre poteau que je vois, dit Tom Gordon, qui comme tout bon joueur de base-ball avait des yeux de lynx. » (276)

Le rituel.

Le jeu de Tom Gordon présente plusieurs caractéristiques. Il est célèbre pour le geste qu’il fait chaque fois qu’il a réussi sa balle de match. Il pointe l’index vers le ciel, pour remercier « Dieu à sa façon. » (231). Trisha s’intéresse à son jeu, lui demande comment il s’y prend et s’il a un truc pour marquer à chaque coup : « Elle se figurait qu’il allait lui dire que c’était parce qu’il croyait en Dieu – c’est peut-être pour ça qu’il montrait le ciel du doigt chaque fois qu’il marquait – ou parce qu’il avait foi en lui-même, ou parce qu’il se donnait à fond (la devise de l’entraîneuse de foot de Trisha était : « Donnez-vous à fond et oubliez le reste »). Mais le numéro 36, debout au bord de son petit ruisseau, ne lui servit aucune de ces réponses trop prévisibles.

Il faut s’arranger pour avoir une tête d’avance sur le batteur, expliqua-t-il. Il faut le déstabiliser dès la première balle, il faut qu’il n ait aucune chance de la frapper. En arrivant sur sa plaque, il se dit « C’est moi le plus fort ». Il faut lui retirer cette idée de la tête, dès le premier lancer. Qu’il comprenne tout de suite qu’il n’est pas le plus fort. C’est ça, le truc. C’est comme ça qu’on gagne à tous les coups. » (136)

Tom est aussi célèbre par son self-control. On l’a vu plus haut, il a la réputation d’avoir « de l’eau glacée dans les veines ». Il est capable de rester parfaitement immobile avant son lancer : « Il guettait le signal. S’étendant à partir des épaules, une immobilité de statue avait gagné tout son corps. Il était debout dans le clair de lune, aussi nettement visible que les égratignures qui zigzaguaient sur les avant- bras de Trisha, aussi réel que le haut-le-cœur qui lui soulevait le ventre et la gorge, que les petits spasmes saccadés qui lui faisaient gargouiller l’intestin. Immobile, il guettait le signal. Son immobilité n’était pas absolue, à cause de la main qui triturait la balle derrière son dos, cherchant la meilleure prise possible, mais plus rien de visible ne bougeait en lui. » (195)

Car, dernière caractéristique, il manipule sa balle jusqu’à à trouver l’unique position qui lui permettra le succès : « Son uniforme, illuminé par la lune qui s’insinuait à travers le feuillage, était d’une blancheur incandescente. Sa main gauche était gantée. Sa main droite était derrière son dos, et Trisha comprit que la balle était dedans, qu’il la garderait prisonnière au creux de sa paume, en caresserait les coutures de ses doigts longs et fins Jusqu’à ce qu’il soit sûr qu’elles étaient exactement où il fallait, que sa prise était parfaite. » (195)

L’apprentissage.

Trisha commence par acquérir la maîtrise de soi qui lui manquait. Quand elle a un danger à affronter, sa formule magique est celle du commentateur des émissions de base-ball qu’elle écoute. Littéralement, elle se dédouble, se voit agissante et se trouve en mesure de contrôler son action : « Le bras de McFarland se détend, McFarland lance, annonça-t-elle d’une voix exténuée avant de se remettre en route.

Elle ne pensait même plus aux baies. Elle n’avait plus qu’une idée : se tirer de là, et s’en tirer indemne. » (157)

Deuxième acquis : l’immobilité de statue de Tom, manifestant le total contrôle de son corps. Trisha, malade, est secouée de spasmes si violents qu’elle croit qu’elle va mourir : « Ne plus bouger. Attendre le signal. C’était peut-être ça, la solution. Trisha se demandait si elle en serait capable. Si elle se transformait en statue, sans rien laisser deviner de ce qui lui bouillonnait dans le ventre, sa fièvre lui passerait, glisserait sur elle comme l’eau sur les plumes d’ un canard.

Cramponnée à son tronc, elle tenta le tout. pour le tout. (…) Peu à peu, elle sentit un calme bienfaisant se diffuser en elle. L’immobilité lui faisait du bien. Longtemps, elle resta figée dans cette posture hiératique. (…) Immobile comme une statue, elle attendait le signal, attendait d’avoir la balle bien en main. » L’immobilité part des épaules de Trisha, s’étend à tout son corps, elle se sent devenir de plus en plus lucide, de plus en plus concentrée : « Les frissons de Trisha diminuèrent, puis cessèrent complètement. Au bout d’un moment, elle sentit son estomac se dénouer, et ses spasmes intestinaux s’adoucirent. » (195/6)

Elle a aussi demandé à Tom comment il s’y prend pour gagner à tous les coups : « Il faut que le gars en face comprenne d’entrée de jeu qu’il n’est pas le plus fort, avait répondu Tom.

Quand lui avait-il dit cela ? Elle ne s’en souvenait plus très bien. (…) Peut-être que Tom lui-même l’avait prononcée lors d’une interview donnée à chaud, à la fin d’une partie que Trisha venait de regarder assise sur le canapé du salon, la tête nichée au creux de l’épaule de son père. » (271)

Enfin Tom Gordon est habitué aux situations critiques. S’il rate sa balle, son équipe perd. Généralement, cette situation particulière de l’épreuve déterminante perturbe les acteurs, qui témoignent souvent d’insuffisances qu’ils ne manifestent pas ordinairement. Ce n’est pas le cas pour Gordon, qui se prépare à la performance. Aussi Tom prévient-il Trisha de ce qui l’attend, pour qu’elle s’y prépare dans les meilleures conditions :  » – C’est ta dernière chance, ne l’oublie pas.
Elle le regarda, un peu déconcertée.
– Que veux-tu dire?
– La partie touche à sa fin. Tu ne peux plus te permettre la moindre erreur.
– Écoute, Tom…
Mais il n’y avait plus personne. Tom s’était volatilisé. Trisha ne pouvait pas dire qu’il s’était volatilisé sous ses yeux, puisqu’il n’avait jamais été là que dans son imagination. » (271)

Le rituel que Trisha s’est exercée à pratiquer ressemble singulièrement à un rituel religieux. Ce rite est une action ou un cérémonial à caractère sacré accompli selon des règles déterminées (rituel), garantissant l’accord -donc la sécurité- entre le divin et la créature : un ordre rituel qui sera respecté va confirmer l’alliance et garantir le résultat. À la différence du mythe (explicatif sur un plan idéologique), le rite est censé réaliser concrètement ce qu’il symbolise. Le geste de Trisha à l’égard de son walkman qui lui permet de rester en contact avec le monde et Tom Gordon est significatif : « Elle ouvrit la fermeture éclair de la poche intérieure et l’en extirpa avec les gestes révérencieux d’un prêtre maniant les saintes espèces. » (65)

Trisha possède à la fin de son parcours le rituel qui lui permettra de se mesurer au monstre. Car elle aura à s’y mesurer et Tom Gordon ne lui a pas laissé d’autre perspective : « Elle est partie, Tom, dit-elle. La chose est partie. Sans doute pas pour longtemps, mais elle est partie.

C’est vrai, répondit Tom. Mais elle va revenir. Et tôt ou tard il va falloir que tu l’affrontes. » (242)

LA BÊTE.

La symbolique de la Bête, ou du monstre, a une signification complexe. Dans les rites initiatiques, le monstre représente l’ensemble des difficultés à surmonter. Le combat contre le monstre suggère l’effort démesuré, sa seule pensée suffit à provoquer la peur. Se produit ainsi toute une évolution qui va de la domination de sa peur à l’héroïsme. En même temps, selon le psychanalyste Carl Jung, le dragon est symboliquement l’image de nos énergies les plus primitives. Il représenterait les pulsions, les complexes, les forces refoulées qui mènent une vie ancienne et cachée et se manifestent inopinément sous des aspects archaïques menaçants et déstabilisateurs. Dans son affrontement, Jung voit la conquête de l’impossible, qui ne serait pas liée à une mort matérielle, mais à un développement spirituel. Selon Jung, la victoire sur notre dragon intérieur permet de récupérer nos énergies vitales perturbées et de les utiliser en leur plénitude dans la conduite de notre vie. Trisha appellera son dragon, dont la présence est d’abord énigmatique, de diverses appellations, la Chose, le Dieu des Égarés.

La présence de la Bête.

La Chose lui a tenu compagnie durant sa longue marche, Trisha a pu le constater à de multiples signes : « Pas une seconde elle ne douta de l’existence de la créature que le Moine aux guêpes nommait le Dieu des Égarés; pas une seconde elle ne pensa que les marques de griffes sur les arbres ou le renard décapité n’avaient été que des hallucinations. Quand elle devinait la présence de la chose, ou la percevait par l’oreille (à plusieurs reprises elle l’avait entendue faire craquer des branches dans le sous-bois et elle avait émis par deux fois son rauque feulement de fauve), elle ne doutait jamais de sa réalité. Quand elle ne sentait plus sa présence, c’est qu’elle n’était plus là, voilà tout. Elles étaient liées l’une à l’autre désormais et le lien ne se romprait qu’à la mort de Trisha. » (267)

La première fois qu’elle la rencontre, la Chose lui apparaît avec des aspects diaboliques, qu’elle attribue au traumatisme causé par les piqûres des guêpes dont elle avait, dans un épisode précédent, bouleversé le nid : « Dans sa lueur blafarde, Trisha discerna une silhouette debout de l’autre côté du chemin. Une créature aux épaules massives, aux yeux noirs, dont les oreilles dressées ressemblaient à des cornes. Ou était-ce des cornes ? Pour Trisha, cette créature debout sous la pluie n’avait rien d’humain. Rien d’animal non plus, du reste. C’était un dieu. Son dieu. Le Dieu aux guêpes !

– NON! hurla-t-elle (…). NON ! VA-T’EN, VA-T’EN ! LAlSSE-MOI TRANQUILLE! » (286)

Trisha est inquiète et craint le pire : « Une mort inéluctable, que sous peu elle rencontrerait au coin d’un bois, comme aurait dit sa mère. Mais dans les bois, il n’y pas de coins. Il y a des moustiques, des marécages, les gouffres qui s’ouvrent soudain sous vos pas, mais pas de coins. Il n’était pas juste qu’elle meure alors qu’elle avait lutté avec tant d’acharnement pour survivre. » (267) Son état général n’est pas bon, elle ne se sent pas en position d’affronter la Bête diabolique, et elle ne se sent pas maîtresse du jeu. Tous éléments défavorables, qui la rendent pessimiste : « Elle était fiévreuse, lasse. Plus que lasse même, ivre de fatigue. (…) Cette fois, la sensation d’être observée ne l’abandonna pas, car la chose ne l’abandonnait pas. Elle était quelque part dans la forêt, à sa droite. (…) Elle n’avait aucune envie de la voir. La vision qu’elle en avait eue cette nuit à la lueur d’un éclair lui avait amplement suffi. Son pelage, ses immenses oreilles en pointe, sa masse énorme.

Ses yeux aussi. De grands yeux noirs, inhumains et cruels. Un peu vitreux et néanmoins perçants.

Elle ne partira que quand elle sera sûre que je n’ai plus aucune chance de m’en sortir, se dit-elle avec accablement. Elle ne veut pas que je m’en sorte. Elle ne me laissera pas échapper.  » (289)

Dans les mythologies, le dragon, le monstre garde la jeune fille, et c’est le héros qui l’affronte pour la délivrer. King va compliquer le thème, féminisme contemporain aidant probablement. Trisha sera effectivement marquée par la Bête, mais le héros Tom Gordon n’aura pas la mission de la délivrer. C’est en quelque sorte l’essence de Tom qui va se réaliser au travers de Trisha, devenue le substitut du héros. King va d’abord suivre les légendes, et nous montrera la Bête prenant possession symboliquement de Trisha : « Pendant la cinquième manche, la chose avança jusqu’à la lisière des bois pour la regarder. Une nuée de mouches et de moucherons lui tourbillonnait autour du mufle. Ses yeux à l’éclat trompeur ouvraient sur un néant infini. Un long moment, elle resta immobile. A la fin, elle désigna Trisha de sa main aux griffes effilées comme un rasoir – elle est à moi, n’y touchez pas – puis recula et s’enfonça de nouveau dans le sous-bois. » (293)

Le cercle, ou le lieu clos magique dans laquelle la jeune fille est enfermée, est bouclé : « Pendant qu’elle dormait, quelque chose avait tracé un cercle autour de l’épave de la camionnette, creusant un sillon à travers les feuilles mortes, les aiguilles de pin et les fourrés. (…) Le Dieu des Égarés était bel et bien venu visiter Trisha cette nuit et il avait tracé un cercle autour d’elle, comme pour dire : Tenez-vous à distance, elle est à moi. » (288)

La description du monstre.

Comme le signale Denis Mellier, le monstre est « nécessairement polymorphe dans ses manifestations. (…) Le monstre a tous les visages du moment qu’il remplit sa fonction. » L’apparence du monstre est destinée à cristalliser toutes les peurs. Colle le fait Trisha, les mythes relient les monstres à quelque force cosmique : « La chose venait de sortir en rampant de sa cachette, elle en était sûre. Et à présent elle s’approchait d’elle en tapinois. Fais ta prière, Tom Dooley. L’instant fatal est arrive. La petite teigne disait la chose. Le moine aux guêpes l’appelait le Dieu des Égarés. On aurait pu lui donner bien d’autres noms : le Seigneur des Lieux Obscurs, Sa-Majesté-des-dessous-d’escaliers, la noire idole qui hante les cauchemars d’enfants. Quel que soit son nom, la chose en avait assez de jouer au chat et à la souris. Ça ne l’amusait plus. D’un revers de sa puissante patte, elle allait écarter les branches sous lesquelles Trisha était blottie. Ensuite elle la dévorerait toute crue.

Grelottant et toussant, Trisha sentit que les ultimes amarres qui la liaient à la réalité s’étaient rompues (en fait, elle avait momentanément perdu la raison). » (241)

Trisha entend un bruit derrière elle, alors qu’elle est parvenue au chemin qui lui permettra de rejoindre le monde des hommes : « Derrière elle, un frémissement un peu plus sonore se fit entendre. Cette fois, ça ne pouvait pas être le vent. (…) Il l’avait laissée avancer jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’à deux doigts du salut, à portée d’oreille de la route qui lui aurait permis de rejoindre la civilisation dont elle s’était étourdiment écartée. Il l’avait observée tout au long de son pénible voyage, avec amusement peut-être, ou avec une sorte de compassion divine si épouvantable qu’elle n’osait même pas se l’imaginer. Il avait assez observé. Il avait assez attendu.

Envahie d’une terreur à laquelle se mêlait une sorte d’étrange et serein fatalisme, Trisha se retourna lentement pour faire face au dieu des égarés. » (307)

Le spectacle de la monstruosité.

Pour la monstration kingienne de la Bête, il est fréquent que King utilise le contenu des peurs de l’imaginaire de celui qui l’affronte. La fonction de cette présentation est d’étaler les peurs profondes personnelles du vaillant, celles qu’il doit aussi surmonter. La Bête de Trisha est un ours, comme le lecteur avait pu le deviner depuis longtemps aux indices donnés. Trisha est presque déçue en le voyant : « Quand il émergea du sous-bois, sur le côté gauche de la route, la première idée qui vint à l’esprit de Trisha fut : Quoi, c’est tout? Ce n’était donc que ça? Bien des hommes eussent pris leurs jambes à leur cou en voyant l’Ursus americanus franchir lourdement le dernier rideau de fourrés (c’était un ours noir dans la force de l’âge, dont le poids devait avoisiner les deux cents kilos), mais Trisha s’était attendue à quelque horreur inimaginable, remontée du fin fond de l’Érèbe. » (309) Cependant Trisha ne se fie pas aux apparences, se représente la métamorphose et, sous la peau de l’ours, « voit » le monstre caché : « Il tenait une branche presque entièrement dépouillée de son écorce. On aurait dit un sceptre, ou la baguette d’un magicien. (…) Trisha comprit alors que cette créature n’était pas un ours, même si la ressemblance était trompeuse. C’était bien le Dieu des Égarés. Qui venait enfin réclamer son dû.

Ses yeux noirs n’étaient pas des yeux, mais des orbites vides. » (309) Si bien qu’au-delà des apparences, Trisha visualise « son » monstre, qui rappelle partiellement ses souvenirs récents : « Dans ses orbites vides, d’innombrables petites créatures bourdonnaient – asticots, mouches minuscules, larves de moustiques et Dieu sait quoi encore, s’agitant en une espèce de bouillon saumâtre qui rappelait à Trisha le marécage dans lequel elle avait pataugé. » 311

Avec les vers et asticots habituels, King place évidemment les guêpes, dont la rencontre a profondément marqué Trisha : « Ses yeux n’étaient pas des yeux, mais deux trous grouillants, deux galeries de vers pleines d’insectes proliférant. Les larves et les nymphes se bousculaient en bourdonnant dans les deux tunnels obscurs qui menaient à l’inimaginable cerveau du Dieu des Égarés. Il ouvrit la gueule. Elle était pleine de guêpes. D’innombrables guêpes traînant leurs lourdes queues chargées de venin sur les débris du bâton qu’il avait brisé entre ses crocs et le boyau de chevreuil rougeâtre qui lui tenait lieu de langue. Son haleine était fangeuse, fétide, comme le marécage. » (315)

Le monstre participe du sacré. En tant que tel, il lui faut un culte, ou des serviteurs. Avant de faire disparaître son adversaire, une puissance maléfique essaie de l’impressionner, et autant que possible, de recevoir l’hommage qui est dû à la divinité, en échange de vagues promesses : « Il était venu réclamer son dû.

Sauve-toi, fit la voix du Dieu des Égarés. Sauve- toi à toutes jambes, essaye d’arriver à la route avant moi. Cet ours est lent, il n’a pas eu son content de nourriture. La récolte de printemps a été maigre. Sauve-toi. Peut-être qu’il te laissera la vie.

Il a raison, il faut que je me sauve, se dit-elle, et aussitôt la voix glaciale de la petite teigne lui résonna dans la tête : Tu ne peux pas courir, ma pauvre chérie. Tu tiens à peine debout.

La chose qui n’était pas un ours la regardait fixement » (311) Ce sera la dernière fois que la seconde voix de Trisha se manifestera, la voix raisonnable et froide qui lui a représenté sans cesse les réalités au cours de son aventure. À partir de ce moment, les deux Trisha se rejoindront en une fille efficace, qui calculera toutes ses chances pour l’affrontement, et qui ne cédera pas aux diverses interventions de la Bête : « C’est moi qui ai tué les chevreuils. C’est moi qui te guettais sans arrêt. C’est moi qui ai tracé un cercle autour de toi. Sauve-toi. Ce sera une façon de te prosterner devant moi, et peut-être que je te laisserai la vie. » (311)

Le combat contre le monstre.

Les rituels remplissent une fonction importante et renvoient à la pensée mythique, qui est une pensée de répétition. Il s’agit avant tout de reproduire, par des rites appropriés, une temporalité particulière, d’importance cosmique, qui est simultanément actualité et expérience d’éternité. Le passé est revécu dans le présent, et simultanément, dans la mesure où le rite se répète tel quel dans le temps et de génération en génération, il est le garant de la réussite de l’action. La pensée mythique est rassurante puisqu’elle fait vivre les hommes dans un univers clos, dont les actions répétitives sont gages de certitude. Pendant l’affrontement avec l’ours, Trisha répétera le rituel qui a si bien servi à Tom Gordon : « Trisha, les yeux levés, soutenait son regard. Tout à coup, elle sut ce qu’il lui restait à faire.

Il fallait qu’elle marque le point décisif

Dieu attend toujours la deuxième mi-temps de la neuvième manche pour se manifester, lui avait expliqué Tom. Comment gagne-t-on à tous les coups? En faisant comprendre à l’adversaire qu’il n’est pas le plus fort. Il peut te battre quand même… mais il ne faut pas lui mâcher le travail.

Ce qui importe avant tout, c’est de se figer dans cette immobilité parfaite qui irradie des épaules et enveloppe peu à peu le corps d’un cocon de certitude absolue. Il peut te battre, mais ne lui mâche pas le travail. Il ne faut pas lui lancer une balle trop molle. Il ne faut pas courir.

– J’ai de l’eau glacée dans les veines, dit Trisha. » (312)

Trisha reprend consciencieusement les gestes du rituel, lève la main, remet sa casquette à l’endroit et s’en rabat la visière sur le front, comme Tom Gordon le fait toujours : « Elle pivota vers le côté droit de la route et écarta les jambes pour se placer en fente avant tendue, jambe gauche pointée vers l’ours qui n’était pas un ours. Pas un instant elle n’avait quitté des yeux les orbites vacantes qui la fixaient à travers la nuée de moucherons tourbillonnants. L’instant fatal est arrivé! comme disait Joe Castiglione. Accrochez vos ceintures!

– Allez, mets-toi en position, dit Trisha. » (313) À ce stade, le lecteur est perplexe. À quoi va servir la position? Trisha n’a pas de balle. Mais, avec l’aide de King ou de son imagination, elle a un projectile possible, son Walkman, accroché à sa ceinture : « Elle fit passer le Walkman derrière son dos et le retourna entre ses doigts, cherchant la bonne prise.

– J’ai de l’eau glacée dans les veines! Si tu me mords, tu te transformeras en bloc de glace! Allez, espèce de gros ringard! Empoigne ta barre, ducon! » (313)

Comme Tom Gordon avant son lancer de balle, Trisha se fige : « Sa dernière chance, c’était l’immobilité absolue. Et un lancer impeccable. En donnant un maximum d’effet à la balle.

Les mains de Trisha se rejoignirent. Elle avait trouvé la bonne prise. Le Walkman n’avait plus la consistance d’un Walkman. Il avait la consistance d’une balle. (…) Le monde entier s’était comme pétrifié, et à présent elle comprenait ce que devait éprouver Tom Gordon lorsqu’il était en posture de lanceur, dans le silence total de l’œil du cyclone, quand tous les manomètres tombent à zéro, quand tous les sons refluent au loin, quand l’instant fatal arrive. » (314) Trisha n’a pas l’assurance de Gordon, c’est son premier match, il faut qu’elle le gagne, mais elle doute d’elle-même, faute d’avoir fait ses preuves : « Figée dans la posture du lanceur, elle laissa l’immobilité tresser son filet autour d’elle. Cette immobilité qui irradie des épaules. La chose allait sans doute la dévorer. Oui, elle l’emporterait sans doute. C’était en son pouvoir. Mais il n’était pas question qu’elle lui mâche le travail.

Ni que je détale. » (315) Et ce jeu de patience, qui demande une tension peu ordinaire, va durer jusqu’au moment où Trisha trouvera le moment opportun : « Allait-elle lancer? Pas encore. Il fallait qu’elle reste immobile. Quelle ne fasse pas le moindre geste. Que le batteur se contracte un maximum, qu’il soit désarçonné, qu’il commence à se demander si la trajectoire de la balle n’allait pas déjouer ses prévisions. » (315)

Sa situation est désespérée et, à ses yeux, ses chances sont faibles : « Lentement, elle leva la tête, et son regard se posa sur les orbites vides de l’ours qui n’en était pas un. Elle comprit alors qu’il la tuerait de toute façon. Que son courage ne suffirait pas à la sauver. Un peu de courage, c’est tout ce qui lui restait. Et si ce n’était pas assez, tant pis. Il était temps de lancer.

Sans même y réfléchir, Trisha ramena son pied gauche contre sa cheville droite et amorça son mouvement. Pas celui que son père lui avait enseigné quand ils s’entraînaient derrière la maison. Celui qu’elle s’était appris à elle-même en regardant Tom Gordon à la télé. » (317)

Un chasseur, par hasard ou par intervention transcendante (il porte le maillot des Red Sox), blesse légèrement l’ours, mais cela n’interrompt pas l’action de Trisha : « La seconde d’après, l’ours ne fut plus qu’un ours, avec des yeux ronds et vitreux qui lui donnaient un air effaré, presque comique. La chose s’était changée en ours. Ou peut-être qu’elle n’avait jamais été autre chose qu’un ours.

Mais Trisha était bien décidée à ne pas s’en laisser conter.

Achevant son geste, elle lança sa balle, qui frappa l’ours entre les deux yeux. Deux piles Energizer ultra-plates en jaillirent et retombèrent sur la chaussée. Dans le genre hallucination, on fait mieux, se dit Trisha.

– LE BARREUR EST OUT! hurla-t-elle.

En entendant ce cri rauque et triomphant, l’ours blessé tourna les talons et détala, à quatre pattes. » (320)

Est-ce l’intervention du chasseur? Le sang-froid de Trisha? Le monstre est défait et Trisha s’en attribue le mérite : « – Ma balle était coupée, il n’a rien pu faire, vous avez vu? (…)

Elle aurait voulu dire à cet homme qu’elle était heureuse qu’il la porte, heureuse qu’il soit venu à son secours, mais elle aurait aussi voulu lui dire que l’ours qui n’en était pas un était déjà sur le point de détaler au moment où il avait tiré. Elle avait vu la terreur sans nom qui s’était peinte sur son mufle hideux quand elle avait détendu le bras. (…) Au moment de sombrer dans l’inconscience, elle essayait toujours de dire : J’ai marqué le point décisif. » (325)

À l’hôpital, elle rêve que Tom Gordon est venu la voir :  » – Tom? dit-elle d’une voix timide. (…) J’ai marqué le point décisif.
– Je sais, dit-il. Tu as joué comme une déesse. (…)
– Qu’est-ce qui était pour de vrai, là-dedans?
– Tout, dit-il, comme si ça n’avait pas eu tant d’importance que ça.
Ensuite il répéta :
– Tu as joué comme une déesse.
– J’ai fait une sacrée bêtise en m’écartant de la piste, hein?
Tom la regarda d’un air un peu surpris, puis releva sa casquette de son autre main. (…) Ensuite il sourit. Quand il souriait ainsi, il avait l’air incroyablement jeune.
– Quelle piste? demanda-t-il. » (326)
Trisha a-elle vraiment perdu en quittant la piste? N’a-t-elle pas, en se perdant dans la forêt, parcouru aussi un long bout de chemin sur le trajet qui la mène à la pensée adulte?

Le héros épique est presque toujours un homme. Jusqu’à une période récente, l’homme a été celui qui, de par sa force physique et son rôle social, jouait seul le rôle du héros. Ne partageant que rarement ses entreprises, la femme se présentait au mieux comme passive. Au pire, elle était une menace pour le héros, en enlisant son action par un amour intempestif, ou en contrariant ses projets par jalousie. Bien souvent la femme est représentée comme un épisode dans la vie du guerrier, l’amollissant et l’affadissant. Parfois elle l’inspire et, comme à partir du Moyen-Âge, encourage le héros à accomplir pour elle les grands exploits nécessaires pour la mériter. Plus rarement, elle incarne la sagesse, qui tempère et réorganise efficacement l’action masculine

Exceptionnellement, quelques femmes ont été héroïques, mais elles sont peu nombreuses (Jeanne Hachette, Jeanne d’Arc). Alors que les parcours initiatiques chez King étaient le fait de garçons (Le corps, Le talisman, Désolation), seule Beverley pouvait faire bonne figure dans Ça. Avec La petite fille qui aimait Tom Gordon, les nombreux enfants de King sont enfin dotés d’une héroïne. Notre époque est divisée par des tendances contradictoires. Des féministes s’insurgent contre les hommes belliqueux et conquérants. D’autres proposent aux femmes des activités semblables aux activités masculines, seul moyen à leurs yeux pour obtenir la reconnaissance entière de leur condition. N’est-ce pas un parcours masculin que King vient d’imposer à Trisha?

L’intérêt de ce roman de King est de nous faire assister à une naissance initiatique, émergence d’un femme nouvelle après des épreuves difficiles. Mais aussi la révélation spirituelle, une certaine approche de son insertion dans le cours des choses et de l’absolu. Selon Jung, le héros accéderait à un niveau supérieur qui lui donnerait la plénitude intérieure par la sublimation des sens. En amplifiant, on pourrait écrire que si toute initiation signifie la conquête de soi-même, elle permet aussi d’accéder à une vérité d’un autre ordre que le terrestre.

Armentières, Avril 2000




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