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Steve’s Rag 24 – Shining in the Dark (première partie)

Stephen King

Shining in the DArk

(Première Partie)

 


Il y a quelques temps, une émission exceptionnelle passait sur la chaîne de télévision ARTE. Cela s’intitulait STEPHEN KING : SHINING IN THE DARK et on y découvrait de nombreuses interviews très intéressantes et enrichissantes. Pour ceux et celles qui nous pas eu la chance de voir cette émission, nous vous proposons aujourd’hui la première partie de la retranscription complète de SHINING IN THE DARK… Bonne lecture.

Lou Van Hille

Le 03/11/00


Steve est une sorte d’agneau géant, mais du genre qui se penche vers vous à table et vous murmure quelque chose qui vous fera dormir toutes lumières allumées pendant un bon nombre de mois.

CHUCK VERRILL : Il est parti de rien et il est devenu un de nos écrivains les plus prospères.

KATHY BATES : C’est un acteur quand il écrit. Il écrit pour les acteurs. C’est à Stephen King que je dois ma carrière au cinéma.

STEPHEN KING : J’aime tenir entièrement le lecteur entre mes griffes et si je m’écoutais jusqu’au bout, je mettrais les gens dans un état où arrivés à la fin du chapitre 9, ils diraient : « je crois que ce soir, je laisserai allumé ».

CHUCK VERRILL : On le définit souvent comme un romancier de l’horreur. Mais pas du tout. C’est la terreur qui imprègne son œuvre. Elle est, en quelques sortes, le moteur de la réaction du lecteur mais son oeuvre a une portée beaucoup plus grande que ce que pensent les gens.

STEPHEN KING : Est-ce que j’aime faire peur ? Bien sur ! Est-ce que j’aime l’idée qu’on me considère et parfois me stigmatise comme auteur de romans d’horreur ? Non !

COMMENTATRICE : Quand Stephen King a eu 50 ans, l’auteur américain le plus vendu n’a pas fêté son anniversaire dans une librairie entouré de confrères écrivains mais sur  un plateau de cinéma au milieu des acteurs et notamment de Tom Hanks le gardien chef de LA LIGNE VERTE, une adaptation de son roman THE GREEN MILE.

STEPHEN KING : Je sais ce dont je rêve. Je ne dis pas trop que j’aimerais que ce film rafle tous les oscars car ça raterait, mais si je le disais fort, ça ressemblerait à ça.

TOM HANKS : Quand on entend le nom de Stephen King, on se dit qu’on va avoir droit au genre d’histoires d’horreur qui lui sont propres. Mais là, ce n’est pas le cas. C’est plus un mystère qu’autre chose, qui s’apparente assez à SHAWSHANK REDEMPTION, avec d’autres éléments qui en font une histoire extrêmement dense, tellement d’ailleurs que nous sommes tous en train de devenir fous. Car travailler sur ce film c’est comme être dans une prison à sécurité allégée. On a le droit d’arpenter les couloirs mais pas de sortir. On va au même endroit tous les jours, c’est très noir, très crade, c’est un climat, mais pas des plus agréables.

COMMENTATRICE : LA LIGNE VERTE est l’histoire d’une série de miracles surgissant dans le couloir de la mort d’un pénitencier.

FRANK DARABONT : C’est un romancier tout à fait classique. Et quand je le compare à Mark Twain, je ne plaisante pas du tout. C’est un classique dans sa manière de nouer une intrigue, ce qui me force à mon tour à revenir à une façon plus traditionnelle de tourner.

TOM HANKS : Il arrive à créer des personnages qui sont imparfaits mais bons et d’autres qui sont imparfaits mais méchants. Ou bien des personnages positifs mais aussi méchants. Les deux en même temps. Ce n’est pas les gentils bons d’un côtés et les affreux méchants de l’autre. On arrive toujours à comprendre ce qui pousse les méchants.

COMMENTATRICE : Depuis 25 ans, Stephen King est le romancier le plus apprécié des cinéastes d’Hollywood. Presque tous ses livres ont été adaptés pour le cinéma ou la télévision. Il s’est fait un nom dès les années 70 avec des classiques de l’horreur comme CARRIE ou SHINING. Mais tout ce qu’il écrit évoque aussi un traumatisme émotionnel profond et se passe dans un monde familier, voire banal.

MICK GARRIS : Comme Stephen Spielberg l’a fait dans le monde du rêve, lui s’est ancré dans le monde du réel. Il y a des références à des noms de marques, à des gens qui mangent au McDo., qui font leurs courses chez K-Mark, qui font tout ce qu’on fait dans la vie réelle et qu’on n’a pas l’habitude de voir à la télévision ou au cinéma.

FRANK DARABONT : Ils ont sorti l’horreur des vieux châteaux en ruines de Transylvanie pour l’installer à côté de chez vous.

COMMENTATRICE : Presque toutes les histoires de Stephen King ont pour cadre le Maine, une région faiblement peuplée proche de la frontière Canadienne. En apparence, une des plus belles et des plus sereines d’Amérique, mais qu’il dépeint comme l’un des états les plus épouvantables et sanglants de l’Union.

PETER STRAUB : Le Maine est un état très attardé, très pauvre. C’est l’un des derniers endroits d’Amérique qui reste une région. Les gens qui y vivent ont un accent très caractéristique au point que les étrangers ont parfois du mal à les comprendre. La plupart sont habillés de la même façon ; ils sont à moitié édentés, portent une casquette vissée sur la tête, conduisent des Pick-ups. Ils sont restés rugueux ; ils n’ont pas ce côté très mélangé qui caractérise les populations suburbaines d’aujourd’hui.

CHUCK VERRILL : La vraie violence aux États-Unis est le fait que de gens qui se sentent écartés de la réussite ou de la popularité et Stephen King a parfaitement compris ça parce qu’il est resté dans le Maine.

COMMENTATRICE : Stephen King a passé presque toute sa vie dans le Maine. Il a été élevé par sa mère dans la toute petite bourgade de Durham ; tellement minuscule qu’elle n’a même pas une grand rue. Son père a disparu quand il était encore très jeune.

STEPHEN KING : J’avais deux ans quand il a foutu le camps. Ensuite, on a beaucoup bougé et je pense qu’elle essayait de le retrouver pour qu’il paie une pension. Elle est morte du cancer et vers la fin, avec tous ces médicaments, toutes ces drogues, elle était pratiquement tout le temps dans les vapes. Et quand j’allais la voir vers la fin, elle me disait : « Tu sais Stephen, pendant moment avant la guerre, ton père a été vendeur d’aspirateurs » et elle balançait ça comme font souvent les gens quand ils sont shootés. Elle disait : « Ton père était le seul vendeur qu’Electrolux ait jamais eu capable de vendre un aspirateur à une veuve à deux heures du matin ».

STEPHEN KING : [Montrant une bâtisse] C’est là que je suis allé à l’école. On est arrivé ici, j’avais huit ans et j’étais en CE2. J’ai fait ici mon CM1, mon CM2 et ma 6ème. J’étais le plus brillant tout simplement parce qu’on n’était que trois. Il y avait un bègue, un attardé mental et moi.

STEPHEN KING : [Montrant RUNAROUND POND ROAD] Ca a moins changé que je ne l’imaginait. Cette route était un chemin de terre quand j’étais gosse, mais il y a toujours la maison des Harrington par là et celle de ma tante par ici, celle en brique [montrant une grande maison un peu plus loin]. On allait ramasser des myrtilles dans ce champs, avant qu’ils y plantent des haricots. Et c’est là-bas qu’on aller se doucher ou se baigner car on n’avait pas non plus l’eau courante. Il fallait y aller à travers champs.

STEPHEN KING : [Montrant un point d’eau] Et on venait pêcher ici, mais personne n’y nageait. Un jour de grande chaleur, on sait dit « Après tout, zut, on se baigne ». On était six ou sept. On avait nos tubas et tout l’équipement et on a barboté. Et mon copain David Hannah a fait le poirier. Ses pieds sortaient de l’eau et il est ressorti couvert de trucs noirs. Il en avait plein les jambes. Il était roux et avait des petites jambes roses et potelées. J’ai regardé et j’ai dit « Putain, j’y crois pas, il faut se tirer d’ici ». On est tous sortis de l’eau. On en était couvert. On se les ait mutuellement enlevées du mieux qu’on pouvait. On pleuraient tous. Et mon cousin Robbie D. geignait « Faîtes gaffe, si vous les tirez trop fort, leur bouche risque de rester accrochée. Ca peut s’infecter » ; et le reste à l’avenant. Donc, on les arrache. Certaines se décrochent et tombent par terre et tout d’un coup, un des gosses dit « Oh merde, regarde… ». Il tient son maillot de bain comme ça [Mimant quelqu’un qui écarte son maillot de bain pour regarder à l’intérieur], il regarde dedans et il fait « Steve, il faut que tu m’aides, il faut que tu les décroches ». Et moi : « Si tu crois que je vais mettre les mains dans ton maillot, pas question ». Il plonge donc lui même la main. Il lâche la bestiole qui était énorme. Elle avait réussi à rentrer dans son maillot et à s’accrocher à ses testicules. Il fait juste « Haaa… ». Ses yeux se retournent et il part à la renverse dans les pommes. Quelques années plus tard, alors que je travaillais sur une histoire intitulée BODY, dont a été tiré le film STAND BY ME. J’ai repensé à cet incident et j’ai mis dedans tout ce dont je me rappelais. Je n’avais pas vraiment le projet d’écrire sur mon passé et sur mon enfance, simplement sur une bande de gosses qui marchent le long d’une voix de chemin de fer à la recherche d’un cadavre. Et j’ai découvert que je tenais quelque chose à quoi j’allais pouvoir accrocher un tas de choses de mon enfance ; des trucs rasoirs que, sinon, personne n’a envie d’entendre.

PETER STRAUB : Si vous regardez ses descriptions de l’enfance, c’est pour lui une période de bataille rangée où le seul réconfort vient des autres enfants qui se lient d’amitié avec vous et de la pratique de l’imagination. Des millions de gosses ont des enfances plus que terribles mais très peu deviennent pour autant de bons écrivains. Il n’y a pas de liens de cause à effet. Simplement, chez l’écrivain en herbe, l’enfance qu’il a vécue rejaillit sur ce que sera sa prose.

CHUCK VERRILL : L’essentiel de son œuvre replonge ses racines dans un traumatisme d’enfant, un viol d’enfant. Même si l’intrigue met en scène un adulte, à un moment du livre, on découvrira que le personnage est définit par un événement de son enfance.

STEPHEN KING : [Montrant une autre bâtisse] C’était la maison de Harry Davis, un vieux fermier à qui on taillait la haie. Un jour il passe, on marchait avec mon copain Chris. Davis était un petit maigrichon avec des lunettes à montures d’écailles et il nous dit « Où vous allez les gars ? Montez donc ». « Ben, on se fait juste une balade ». « Allez, montez, y a rien dans la malle à part une pelletée de cadavres ». Alors, on a fait « On n’a pas trop envie ». Quelques jours plus tard, il s’est retrouvé à l’hosto. Dépression nerveuse. Et personne n’avait rien dit. C’est comme ça à la campagne. Il avait un fils, Tommy Davis, qui devait avoir dans les neuf ans, qui épluchait la rubrique nécrologique et biffait les noms dans l’annuaire téléphonique. C’est vrai !

STEPHEN KING : [Montrant une autre maison] C’est là que j’ai grandi. C’était notre maison. Elle a pas mal changé. Ici c’était ma chambre. J’y ai écrit deux livres qui ont été publiés par la suite, dont l’un s’appelle qui RAGE n’est plus édité depuis car il parle d’un gosse qui y part à l’école avec un revolver et se met à tirer sur ses camarades. J’ai écrit beaucoup de livres sur les ados poussés à la violence mais RAGE, c’est presque un mode d’emploi. « Voilà comment il faut faire ». Et quand ça a commencé à arriver, notamment la fusillade de Peduka au Kansas où trois gosses d’un groupe de prière on été tués. Le môme qui a fait ça avait le livre dans son casier. Là, j’ai dit : « Ca suffit, ce livre ne sera plus vendu ». Non pas qu’ils ne trouveront pas autre chose. Je ne crois pas qu’un enfant ait jamais été poussé à la violence par un disque de Metallica ou un CD de Marylin Manson ou un roman de Stephen King mais je pense que ça peut potentialiser. Le vrai problème de la violence en Amérique à la différence de la violence en Angleterre, en Écosse ou autre, c’est tout simplement la disponibilité des armes à feu. C’est là qu’est le problème. Il y a tout une culture de la violence dans ce pays et ce n’est certainement pas moi qui vais nier en faire partie, mais je ne suis que l’enfant de ma culture.

(Suite et fin dans le RAG # 25)





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