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Steve’s Rag 09 – Sometimes he comes back

RICHARD BACHMAN : Sometimes he comes back…

(Christophe Hayot)


Le fait que Stephen King ait publié des œuvres sous le nom de Richard Bachman n’est plus, depuis longtemps, un secret pour personne. Cependant, le nom de Richard Bachman continue encore aujourd’hui à susciter la rumeur. L’une des rumeurs les plus répandues concernant le duo Stephen King/Richard Bachman est celle selon laquelle Stephen King serait le pseudonyme et Richard Bachman la véritable identité. Cette rumeur est d’autant plus coriace (elle est née lorsque la vérité a éclaté au grand jour en 1985) qu’elle est encore aujourd’hui alimentée par la sommaire biographie que l’on retrouve sur les jaquettes des romans de King dans certaines éditions peu soucieuses de vérifier leurs informations. Vous avez sans doute tous l’exemple d’un ami ou d’un libraire qui, connaissant l’intérêt que vous portez à King, vous a déclaré avec un large sourire, croyant vous en apprendre une bien bonne :

Tu savais que Stephen King c’est pas son vrai nom? En fait il s’appelle Richard Bachman, je ne sais plus où je l’ai lu…

L’origine de cette rumeur vient très probablement du fait que Stephen King a déclaré avoir écrit cinq romans avant Carrie, dont seul deux lui semblait réellement bon : Getting It On, qui deviendra par la suite Rage, et The Long Walk/Marche ou Crève et furent publiés. De là est certainement née la confusion : pour certain le fait que ces deux romans, attribués à Richard Bachman, aient été écrits avant la publication du premier roman officiel de Stephen King prouverait cette théorie.

La question que l’on se pose est : pourquoi Stephen King a-t-il publié/écrit sous un nom d’emprunt? L’une des hypothèses les plus répandues est celle selon laquelle il ne voulait pas saturer le marché. En effet, en dix ans, entre 1974 et 1984, il a publié 11 romans, un recueil de nouvelles, un recueil de novellas, un essai sur le genre fantastique et l’horreur ainsi que de nombreuses nouvelles dans divers magazines, un grand nombre d’articles et d’interviews. Ce à quoi s’ajoute le phénomène des adaptations ciné et télé que ses oeuvres ont suscitées. Très vite on lui conseilla de ralentir son rythme de publication pour ne plus proposer aux lecteurs qu’un ou deux romans par an. Bien qu’il confirma avoir utilisé son pseudonyme afin de pouvoir continuer à publier un plus grand nombre de romans dans une interview qu’il accorda au Bangor Daily News, King a ensuite déclaré dans Why I Was Bachman, préface du recueil The Bachman Books qui regroupe les quatre premiers romans signé Bachman, qu’il n’en était rien.

Une autre hypothèse a également été avancée : Bien que les débuts furent plutôt difficiles, King s’est imposé dans le milieu du livre et le succès est arrivé, au point que Stephen King est vite devenu un nom générique, comme une marque tel Mc Donald’s ou Coca Cola, et a vite rimé avec horreur, fantastique, épouvante. Il aurait alors décidé d’écrire sous un nom d’emprunt afin de sortir de ce carcan qu’on lui imposait. La première fois qu’il eut recours à un pseudonyme fut pour la publication de The Fifth Quarter, sous le nom de John Swithen après que Cavalier, le magazine dans lequel parut la nouvelle, ait insisté pour que le nom King soit associé à Horreur. Or The Fifth Quarter était plutôt une nouvelle policière. Il est vrai que mis à part Thinner/La Peau sur les Os, les romans de Bachman ne contiennent pas à proprement parler d’éléments surnaturels. Cependant, encore une fois, lorsqu’on lui a suggéré qu’il avait choisi d’écrire sous un nom d’emprunt afin de ne plus être prisonnier du nom d’écrivain fantastique King a démenti en affirmant :

I don’t give a shit what people call me. C’est-à-dire : Je m’en fous du nom que les gens me donnent.

en expliquant que de toute façon les gens continueraient à acheter ses livres même s’ils étaient écrits dans un genre différent.

L’une des meilleures réponses que l’on peut trouver nous est donnée par Stephen King lui-même dans Why I Was Bachman (qui n’a encore jamais été traduit en français). King nous y explique qu’il ne parvient pas lui-même à trouver une explication unique et une réelle motivation. L’une des raisons qu’il invoque est qu’il se laisse toujours guider par son instinct. Quand son instinct lui dicte de faire quelque chose, il le fait, sans trop bien réfléchir. Un jour, il s’est dit qu’il devait publier Getting It On sous un nom d’emprunt et c’est ce qu’il a fait.

Il explique également qu’il a trouvé dans l’utilisation d’un pseudonyme un moyen de faire baisser la pression qu’a fait peser sur lui et son entourage le succès qu’il a rencontré (Ceci est sans doute l’une des principales raisons qui pousse les gens à prendre un pseudonyme).

Mais la principale raison qu’il invoque est qu’il s’est lancé une sorte de défi. Il refusait de croire qu’il était arrivé à la situation dans laquelle il se trouvait par hasard, par accident. Il ne pouvait accepter l’idée que, peut-être, il devait son formidable succès à un heureux concours de circonstances. Il a donc voulu se prouver qu’il pouvait refaire le même chemin en partant de zéro. Il a alors lui-même demandé que les premiers romans à sortir son le nom de Richard Bachman ne reçoivent pas de traitement de faveur : pas de publicité, pas de couvertures particulièrement attrayantes ou richement illustrées, pas de présentoir dans les librairies…

Résultat : les quatre premiers romans ont connu un succès mitigé et se sont peu vendus. Cependant, Richard Bachman a su peu à peu s’imposer au point que Thinner, le dernier roman publié par Richard Bachman à ce jour, s’est vendu à 28000 exemplaires (alors que Night Shift/Danse Macabre ne s’est vendu qu’à 24000 exemplaires lors de sa sortie) avant que les soupçons ne commencent à gagner. Certains voyaient enfin émerger un concurrent sérieux pour Stephen King. On envisageait déjà la parution d’un sixième roman par Bachman dont le titre devait être… Misery.

Tout semblait parfaitement se dérouler pour King/Bachman jusqu’à ce qu’un article dans le Bangor Daily News ne retentisse comme un coup de canon.

Dès la publication du premier Richard Bachman, King a reçu des lettres lui demandant s’il se cachait derrière ce pseudonyme. Sa réponse était simple : il mentait et affirmait qu’il n’en était rien. La rumeur commença alors à se répandre mais ne prit pas trop d’importance. Afin de donner plus de poids à la supercherie, on avait inventé une vie et une histoire à Richard Bachman. Mais commençons par le commencement avec l’origine même du nom Richard Bachman. King aurait proposé une première fois Getting It On à la maison d’éditions New American Library (NAL) sous le nom Guy Pillsbury mais il y eut une fuite et il chercha un autre nom. Il était chez lui, en train d’écouter un disque de Bachman-Turner Overdrive. Il se souvint alors que Donald Westlake avait publié sous le nom Richard Stark. Comme c’est souvent le cas, le choix du nom fut le fruit d’une hybridation (citons par exemple le nom du groupe Pink Floyd, hybride du nom de deux bluesmen : Pink Anderson et Floyd Council) qui donna Richard Bachman. Notons au passage que Stark bien entendu rappelle le George Stark de The Dark Half/La Part des Ténèbres et que dans Rage on trouve une référence au fait que Richard Stark est plus connu sous le nom de Donald Westlake.

Richard Bachman est décrit comme quelqu’un plutôt peu sympathique, qui ne donne jamais d’interview. Il est né dans l’état de New York. Il a passé dix ans dans la marine marchande (ce qui n’est pas sans nous rappeler Donald King, le père de Stephen) après avoir servi pendant quatre années dans les Gardes Côtes. Il est ensuite allé s’installer dans le New Hampshire où il s’est mis à écrire le soir tandis qu’il passait ses journées à s’occuper de son exploitation laitière. Il s’est marié et a eu un fils qui mourut à l’âge de six ans dans un malencontreux accident : il est passé à travers les planches qui recouvraient un vieux puits dans lequel il s’est noyé (ceci est un leitmotiv que l’on retrouve dans de nombreuses oeuvre de King comme The Monkey/Le Singe, Dolores Claiborne, etc…). En 1982 on trouva à Richard Bachman une tumeur au cerveau (encore un leitmotiv kingien dont le meilleur exemple se trouve dans The Dark Half) que l’on enleva au cours d’une délicate opération chirurgicale. Tout comme George Stark, Richard Bachman mourut à la suite de la publication d’un article de journal quand en 1985 le Bangor Daily News publia son article identifiant King derrière ce pseudonyme, ce que celui-ci confirma alors officiellement.

Ainsi Stephen King a fini par être démasqué. Pourtant un grand nombre de précautions avaient été prises pour que pareille chose ne se produise pas. Seules quelques personnes étaient au courant de la véritable identité de Richard Bachman et principalement ses collaborateurs et collaboratrices de l’époque. Même au sein des maisons d’édition le secret était gardé. On lui avait même donné un visage sous les traits en fait de Richard Manuel, un agent immobilier du Minnesota, ami de Kirby Mc Cauley, l’agent de Bachman. Pourtant très vite le doute s’est installé chez les lecteurs. Tout d’abord la biographie de Richard Bachman comportait un grand nombre d’éléments caractéristiques des oeuvres de King. D’autre part, les romans de Richard Bachman contiennent des indices en rapport avec King. The Long Walk est dédié à Burton Hatlen, qui fut le professeur de Stephen King. Barton George Dawes dans Roadwork/Chantier travaille à la Blue Ribbon Laundry tout comme la mère de Carrie et là où se situe l’action de The Mangler/La Presseuse. Mais avant tout, c’est le style de King que l’on retrouve dans les romans signés par Bachman : le principe du c’est arrivé près de chez vous, qui situe l’horreur, le fantastique, l’extraordinaire au cœur même de notre société, l’usage intensif de marques commerciales précises, les lieux où se déroulent l’action, la destruction de la cellule familiale, les thèmes kingiens comme le cancer, la maladie, etc…

Avec la sortie de Thinner, Richard Bachman devient l’objet de toutes les rumeurs. On sait déjà de manière officielle que le nom Richard Bachman est un pseudonyme et de plus en plus on l’associe à celui de Stephen King. Ce dernier continue à nier et déclare connaître celui qui se cache sous ce nom mais refuse de dévoiler son identité par respect pour son confrère écrivain.

Mais ce qui a finalement permis d’identifier Stephen King, c’est une petite erreur de sa part ainsi que la perspicacité de Steppe Borin qui, ayant des soupçons se rendit à la Library of Congress où les œuvres sont enregistrées afin d’attribuer les célèbres copyrights. Il découvrit que les quatre premiers Bachman avaient été enregistrés par l’agent de Stephen King et que Thinner, le dernier, l’avait été par Stephen King lui-même. Il rencontra alors Stephen King, ce qui déboucha sur l’interview du Bangor Daily News qui marqua la fin de la carrière de Richard Bachman. Par la suite King déclara que Cujo aurait également dû être un Richard Bachman.

Dans son article L’Étrange Cas du Docteur King et de Mister Bachman (dans Les Dossiers de Phénix N°2), Jean-Daniel Breque rappelle que :

King a déclaré en plaisantant que Richard Bachman était décédé d’un cancer du pseudonyme. Mais son cadavre bouge encore.

Il (J.D. Bresque) fait référence ici à Gerald’s Game/Jessie et Dolores Claiborne dont il estime qu’ils auraient pu être publiés par Richard Bachman.

Il ne savait pas en écrivant ceci à quel point il avait raison mais dans une autre mesure. En effet, la rumeur qui a toujours accompagné Richard Bachman a récemment connu un regain d’activité. Dès l’été 1995, on annonçait la prochaine sortie d’un roman de Stephen King intitulé The Regulators. Très vite, on a murmuré que ce nouveau roman serait publié sous le nom Richard Bachman. Stephen King, à la même époque, aurait déclaré que la mort de Bachman avait été exagérée. Quelque temps plus tard, il faisait savoir que la femme de Richard Bachman avait retrouvé un manuscrit qui serait publié sous le titre The Regulators. Finalement, l’information a été confirmée par l’éditeur concerné. The Regulators sortira donc sous le nom de Richard Bachman à l’automne 1996 en même temps que sera publié Desperation sous le nom Stephen King. En France, la décision de sortir ce roman sous le nom Richard Bachman n’a pas encore été prise à l’heure où cet article est rédigé. Une des questions que l’on se pose dans le milieu de l’édition aux États-Unis est : est-ce qu’une biographie de Richard Bachman figurera sur la jaquette de ce nouveau roman, comme se fut le cas sur les cinq précédents? Et si oui, gardera-t-on celle qui figurait sur les précédents ouvrage, ainsi que la photo, ou en réinventera-t-on une nouvelle pour l’occasion? Une chose est certaine, il sera difficile de dissocier The Regulators de Stephen King…

Lille, Le 10 mars 1996.





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