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Concours

Steve’s Rag 16 – Rage, révolté, désespoir

Rage, Révolte et Désespoir

(Roland Ernould)

 


 

Les premiers romans que King a écrits entre 19 et 24 ans et publiés bien plus tard présentent un grand intérêt pour la formation de sa sensibilité et pour la compréhension de la genèse de sa pensée sociale. Nous laisserons de côté Marche ou crève, roman qui a été écrit pour être présenté dans un cadre universitaire quand King était étudiant1 pour retenir Rage et Running Man 2.

Rage , dont le titre original était Getting it on, a été commencé durant l’été 1966: King a 19 ans3. Il vient de quitter le lycée avec son diplôme pour entrer à l’Université du Maine. Il n’achèvera ce roman que cinq ans plus tard, en 1971. Running Man a été écrit en très peu de temps à la même date4.

Le rapprochement de ces deux oeuvres paraît donc légitime et le but de cette étude est de poser des jalons pour l’analyse du passage d’un King étudiant à un King chargé de famille, dont la vie n’est pas facile. Le premier a vécu une scolarité lycéenne terne5, puis ensuite le bouillonnement universitaire de la fin des années soixante6. Le second est passé d’une indifférence vis-à-vis du social (comme Charlie) à une prise de conscience plus grande des réalités politiques du moment, (comme Ben). La réflexion engagée dans Running Man a été approfondie ensuite avec Le Fléau où des personnages de bonne volonté s’emploient à reconstruire une démocratie.

Des éléments manquent pour faire une étude exhaustive de l’évolution de la pensée de King durant ces jeunes années: plutôt que de procéder, à partir d’indices biographiques trop minces, à des justifications littéraires douteuses, nous avons pris le parti de mettre sous forme de notes les éléments de la vie de King en correspondance avec cette période. Sorte de suggestions plutôt que d’explications incertaines.

Voici donc l’expression littéraire de deux révoltes, dont les origines ne sont pas les mêmes, mais qui se prolongent l’une l’autre de manière étonnante, d’autant plus si on les considère comme productions quasi simultanées d’une jeune pensée en train de se faire.

1. La rage adolescente.7

Charles Decker -Charlie-, 17 ans, est élève en dernière année de collège. Il n’a pas d’amis et intériorise beaucoup8: « Quand on a cinq ans et qu’on a mal quelque part, on crie pour que le monde entier soit au courant. A dix ans, on gémit. Mais dès qu’on arrive à quinze, on commence à grignoter la pomme empoisonnée qui pousse sur votre arbre de douleur personnelle (…). On commence à bouffer ses poings pour étouffer les cris. On saigne à l’intérieur »(Ra.p. 226). Il a la « rage ».

Pour diverses raisons.

Il a tué deux professeurs9 et garde ses condisciples en otages sans trop savoir pourquoi: « Si je savais ce qui me pousse à faire ça, je ne serais sans doute pas obligé de le faire »(Ra.p. 68).

« C’est tes parents »…

En fait, King va mêler habilement plusieurs explications. Il va d’abord développer la thèse de la responsabilité parentale, l’évolution affective de l’enfant gâchée par des conditions familiales mauvaises, que les lycéens connaissent scolairement: « C’est tes parents. C’est forcément tes parents (…). C’est ce qu’on dit toujours dans les livres de psychologie », dit une élève « avec une joyeuse insouciance »(Ra.p. 69).

On a donc droit à la scène primitive, rapport sexuel entre les parents, que Charlie, à trois ans, fantasme sur fond de peur du noir et du monstre. On sait que les psychanalystes affirment qu’elle est interprétée par l’enfant comme un acte de violence de la part du père. Pour Charlie, ça le sera d’autant plus que les circonstances sont angoissantes: « Je me rappelle que j’ai entendu la voix de ma mère, tout essoufflée et un peu effrayée: « Arrête, Carl (…). Non, arrête! (…).Je m’en fiche, je m’en fiche que t’aies pas fini. Arrête! Laisse-moi dormir » (…). Alors, je savais. Je me suis rendormi, mais je savais. Le Monstre Grinçant, c’était mon père »(Ra.p. 74).

Le père est travailleur, organisé, mais inculte et rustre. La mère qui a préparé un diplôme de sciences politiques à l’Université du Maine, est tout à fait différente du père: « C’est une intellectuelle, ma mère. Elle lit des romans policiers 10, des magazines. Elle joue du piano 11″(Ra.p. 80).

Charlie est sensible au manque d’entente dans ce couple qui sauve les apparences. Une nuit, lors d’une partie de chasse alors qu’il a neuf ans, il entend son père et ses amis, ivres, faire de grasses plaisanteries sur les femmes et leur fidélité. Si sa femme lui était infidèle, le père de Charlie déclare qu’avec son couteau de chasse, il découperait les « bijoux de famille » de l’amant et trancherait « le nez »de sa femme, « pour lui faire un con au beau milieu de la figure, que tout le monde sache dans la tribu comment elle s’était attiré des ennuis »(Ra.p. 24). A partir de cet instant, la haine pour son père cristallise: Charlie haïra l’autorité et aura des problèmes sexuels par peur de la castration.

Un père autoritaire, une mère protectrice.

Officier de marine12, souvent absent, le père est du genre à croire de bonne foi qu’il est de son devoir d’imposer comme modèle à son fils un type d’adulte pur et dur, à la voie toute tracée. Un jour, il l’a emmené à la chasse pour l’endurcir: « Un épisode de plus dans l’infatigable campagne de mon paternel pour Faire De Son Fils Un Homme »(Ra.p. 20). Il vomit quand son père dépèce un cerf tué: « Il me regardait, il n’a rien dit, mais je pouvais lire le mépris et la déception dans ses yeux »(Ra.p. 27).

Leurs relations ne seront plus jamais bonnes: « C’est mon père qui avait monté la tente, et tout ce qu’il faisait était trop tendu, pas de jeu, nulle part… »(Ra.p. 74). La devise de son père, « c’est « Que tout soit propre, que tout marche ». Si un oiseau chie sur le pare-brise, il faut nettoyer ça avant que ça ait eu le temps de sécher. Voilà comment mon père voyait la vie, et moi, j’étais la merde de l’oiseau sur le pare-brise »(Ra.p. 78).

Son père le traite de « fils à maman »(Ra.p. 79) et il y a du vrai: sa mère est protectrice.

Le lycée.

Les premières manifestations d’opposition ont visé le père, mais elles débordent ensuite de ce cadre. Tout ce qui est institutionnalisé -école et société- est en cause et rejeté.

Aller en classe, c’est passer « une nouvelle journée dans la merveilleuse toile d’araignée gluante de Notre Mère Education »(Ra.p. 18)13. Il ne montre d’estime pour aucun de ses professeurs. Quand le professeur de maths fait de l’ironie avec une élève: « Le sourire de Mme Underwood me rappelait le requin des Dents de la Mer »14 (Ra.p. 14). Le professeur de chimie15 l’interroge et se moque de lui: il lui tient tête: « Avec ses lunettes en écailles de tortue, il ressemblait à une espèce de punaise. Ça m’a fait rigoler d’y penser »(Ra.p. 216). Il l’agresse.

Sa sécurité intérieure mal assurée, doutant de soi, la première réaction de Charlie -c’est celle de beaucoup d’élèves- a été la soumission et la peur16. Cette peur, il la ressent toujours, mais il éprouve maintenant le besoin d’aller jusqu’au bout de lui-même, de s’affirmer sans hypocrisie. Et quand il a pu assumer cette peur, il devient capable de dominer à son tour sans état d’âme. Et au directeur du lycée, qui l’a convoqué, il tient tête: « Je n’ai plus envie d’écouter de sermons. C’est de la merde (…).J’en ai marre de vous, de Mr Grace [le psy] et de tous les autres. Avant, vous me faisiez peur. Maintenant, vous me fatiguez en plus. Et j’ai décidé que je n’avais aucune raison de vous supporter. Je suis comme ça. Je ne supporte pas, c’est tout »(…). Charlie, qui se sent rejeté, fait preuve d’une agressivité proportionnelle à l’incompréhension dont il se croit l’objet: « Tu peux aller au diable, mon vieux »(Ra.pages 30 à 32). Il tutoie, signe de l’égalité conquise. Et même, ensuite, de persécuté, il devient persécuteur.

La société hypocrite.

Car, au fond, l’ennemi, c’est le mensonge. Que peut signifier une autorité éducative qui doit mener l’adolescent à la liberté et à l’autonomie adultes, si l’autorité elle-même n’est pas libérée17? Que peuvent paraître un enseignant qui pratique continuellement l’autodéfense et la domination, déguisée parfois? un père qui n’est pas libéré de lui-même, libéré de ses rêves de père, de son besoin de garder les rênes en mains, qui pratique tantôt la démission, tantôt la tyrannie? sans compter le mensonge insolent…

Car les parents mentent. Alors qu’il a fait une bêtise quand il était petit (quatre ans), son père l’a jeté par terre: « Il m’a jeté fort, de toutes ses forces ». Et le père ment à la mère qui s’inquiète, sans assumer son acte: « Il y a une voiture qui vient, Rita, rentre à la maison ». Avec sa mère, Charlie s’étonne: « Je lui ai raconté comment papa m’avait jeté par terre. Je lui ai dit que papa avait menti »(Ra.p. 83).

Le père de Charlie est devenu aux yeux de son enfant un homme avant tout centré sur lui-même, sur son autosatisfaction, sa volonté de puissance, qui le font vivre sur une autorité apparente alors qu’il n’est que rigide. Et si Charlie était seulement à la recherche, à la conquête de son autonomie, d’une liberté à laquelle son père ne peut le conduire, n’ayant pas réussi à la conquérir lui-même?

Le détenteur de l’autorité est aussi un responsable qui doit assumer ses responsabilités. Or les responsables se montrent lâches. Après l’altercation violente avec le directeur, Charlie passe au secrétariat: « Visiblement, ils étaient en train de jouer au jeu favori des Américains: Nous N’Avons Rien Entendu, N’est-Ce Pas »(Ra.p. 35). Autre signe, dans le livre d’hygiène, « par décision du conseil d’administration du lycée, le chapitre sur les maladies vénériennes avait été soigneusement découpé »(Ra.p. 40). Le psychologue de l’établissement n’est pas mieux traité: « C’est à ça que servent les psy (…): ils sont là pour baiser les malades mentaux et les engraisser de normalité. (…) Quand on vous enfonce la santé mentale à coups de marteau, le fils ressemble toujours au père »(Ra.p. 97).

Il admoneste le policier qui truque la vérité: « Inutile de te fatiguer avec ça, Franck. Tu me mets mal à l’aise et tu mets mal à l’aise ceux qui ont vu ce qui s’est passé. Et si tu es honnête avec toi-même, je suis sûr que ça te met mal à l’aise aussi »(Ra.p. 208). Ce qui signifie: adulte, je te respecte quand tu es responsable. Et se faire respecter, ce n’est ni magouiller, ni imposer.

La vie est absurde.

La première piste proposée par King est donc celle d’un adolescent en proie à des problèmes familiaux et scolaires communs à la plupart d’entre eux.

Mais il y a autre chose dans Charlie: King a peut-être trouvé la situation dans L’Étranger de Camus, auteur qu’il cite18 par ailleurs à plusieurs reprises : un acte accompli par un individu poussé à le faire, et qui ne sait pourquoi il le fait19.

Un jour, alors qu’il a quatre ans, son père sort les fenêtres à double vitrage pour les poser. « Tout d’un coup, je me suis rendu compte que ce serait merveilleux de casser toutes ces fenêtres. Une par une; d’abord le carreau du haut, ensuite celui du bas. Vous pouvez penser que c’était une revanche, consciente ou inconsciente, un moyen de se venger de tous les « tiens-toi bien » et « nettoie-moi tout ça ». Mais en fait, je n’arrive pas à faire entrer mon père dans ce scénario. C’était une journée d’octobre absolument splendide20 pour casser les vitres »(Ra.p. 81).

Cette particularité, jointe au fait qu’il se nourrit d’idées [« J’ai lu trop de livres »(Ra.p. 15)] va le conduire à une déstructuration de la personnalité, fréquente à cet âge: il en vient à ressentir à un tel point la vanité de la vie que toute action ordinaire lui paraît inutile. Il rationalise son vide et sa souffrance; et son attitude dépréciative à l’égard de lui-même va l’amener à la dépréciation simultanée de la réalité qui l’entoure et à mettre en évidence sa terrible ambivalence: »Tout est logique, tout est sain. Nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, alors passez-moi une Kent pour ma main gauche, une bière Bud pour la droite, allumez Starsky et Hutch et écoutez cette note douce et harmonieuse de l’univers qui tourne gentiment sur son orbite céleste. C’est comme Coca-Cola, c’est ça »(Ra.p. 45).

« D’un autre côté, l’univers a la logique d’un gosse en costume de cow-boy le soir d’Halloween, avec les tripes et les bonbons qu’on lui a offerts répandus sur deux kilomètres le long de la nationale 95. Ça, c’est la logique du napalm, de la paranoïa, des valises piégées portées par des crétins d’Arabes, du cancer qui frappe au petit bonheur la chance. Cette logique-là se mord la queue (…). Personne ne regarde de ce côté (…). On s’y intéresse quand un type décide de parcourir l’Indiana et de tirer à vue sur tous les gosses à bicyclette; on s’y intéresse si sa soeur vous dit: « Je vais faire des courses, j’en ai pour cinq minutes, mon grand » et qu’elle se fait tuer dans un hold-up. On s’y intéresse quand on entend son père parler de trancher le nez de sa mère ».

« Ne dites pas que c’est dingue. C’est normal, normal et parfaitement sain »(Ra.p. 46).

2. La rage adulte.

En 2025, à Co-Op City où les gangs de motards font la loi, Benjamin Richards -Ben- , 28 ans, chômeur, marié, une petite fille Catherine, dix-huit mois, gravement malade. Pas d’argent.

Le quotidien difficile.

Il se souvient à peine de son père, « disparu dans la nuit »quand il avait cinq ans21 . De cinq à seize ans, il a vécu « d’un tas de petites combines », avec son frère cadet Todd. Il a dix ans quand sa mère meurt « de la syphilis »(Ru.p. 128), et quinze quand son frère est tué par une voiture: on ne peut pas dire que Ben a des problèmes de même nature que Charlie avec ses parents…

Dans un appartement non chauffé22, légèrement vêtu d’une « cotonnade bon marché », il vit actuellement des passes que fait occasionnellement sa femme (Ru.p. 9). Dans des quartiers entiers, où tout tombe en ruine ou se trouve à l’abandon, les flics n’osent plus s’aventurer. Des millions de chômeurs dans un ville hideuse, où n’ont cours que les anciens dollars (Ru.p. 12). Ils ne sont pas secourus, et des épidémies comme la polio font occasionnellement des ravages.

Seule occupation, les jeux télévisés: « Le Libertel, c’est le pain de la vie, l’étoffe dont on fait les songes. La poudre vaut douze anciens dollars le sachet, et le Frisco Push [une amphétamine synthétique], vingt la tablette, mais le Libertel vous envoie en l’air à l’oeil »(Ru.p. 13).

La pollution.

Elle sévit partout, atmosphérique comme nucléaire.

La pollution de l’air est telle que le taux de pollution n’est plus donné avec le bulletin météo. D’ailleurs on ne vend plus d’appareils de mesure et le particulier ne peut plus la mesurer (Ru.p. 108). Les riches portent un filtre nasal, qui coûte extrêmement cher (Ru.p. 112). Les pauvres?: « Les gens n’y résistent pas. Sur le certificat de décès, ils mettent « asthme ». Mais c’est à cause de l’air. Les cheminées vomissent cette saloperie jour et nuit. Et les patrons n’y font rien (…). Quand Cassie va mourir [la petite fille de Ben a une pneumonie], tu crois qu’ils mettront « cancer » sur le certificat de décès? Non! Ils mettront « asthme ». (…) Le cancer des poumons a augmenté de sept cents pour cent depuis 2015″(Ru.p. 112).

La General Atomics règne dans le domaine industriel, et les précautions élémentaires contre les radiations atomiques ne sont pas prises ou sont insuffisantes. Un partenaire de jeu a été licencié à la suite d’une grève sur le tas « pour protester contre le mauvais état des boucliers anti-radiations »(Ru.p. 43). Il est devenu stérile, comme la plupart des travailleurs industriels. Mieux vaut de toute façon cela qu’engendrer des monstres…

La liberté de pensée.

Il n’y a plus que la télévision. La Fédération des Jeux contrôle toutes les communications. Le Libertel, qui ne diffuse pratiquement que des émissions de jeux, a tué la presse écrite (Ru.p. 126, 225). Plus de journaux. A peine quelques livres, qu’il est mal vu de lire (Ru.p. 18) et devenus quasiment inconnus (Ru.p. 53). Dans les bibliothèques, il n’y a guère de renseignements postérieurs à 2002 et « le peu qu’il y avait ne collait pas du tout avec ce qui avait été écrit auparavant »(Ru.p. 126).

« Le Libertel nous tue. Pendant qu’on regarde leurs tours de passe-passe, on est aveugle au reste »(Ru.p. 112).

Si, dans les quartiers pauvres, la police ne va plus, par contre dans les quartiers riches, il y a « un flic municipal à chaque croisement »(Ru.p. 13). Il y a même, dans les épreuves de sélection aux jeux, un policier avec chaque médecin…(Ru.p. 21).

Les jeux du Libertel.

Pour occuper ce monde de chômeurs, il y a le Libertel, obligatoire dans chaque appartement (Ru.p. 7). Pratiquement rien que des émissions de jeux télévisés, qui peuvent rapporter de l’argent, mais qui ne sont pas sans danger, tels les matchs de foot-à-mort (Ru.p. 60) ou le Moulin de la Fortune, où ne sont acceptés que des candidats atteints de maladies chroniques du coeur, du foie ou des poumons. Plus quelques estropiés pour les intermèdes comiques. Le jeu consiste à répondre aux questions de l’animateur tout en courant sur une sorte de moulin. Chaque minute a une valeur convenue. Spectacle cruel: « Le concurrent au Moulin de la Fortune venait simultanément de rater une question et d’avoir une crise cardiaque »(Ru.p. 11). Applaudissements.

Ou La Grande Traque, mortelle jusqu’à présent pour les candidats: c’est le show le plus lucratif et le plus suivi des spectateurs. Il faut échapper aux Chasseurs le plus longtemps possible. La délation -rémunérée- est réclamée, il y a des primes pour tout ce qui est sanglant, comme une prime pour le joueur quand il abat un flic ou un Chasseur (Ru.p. 61). Tout est mis en scène pour exciter l’agressivité des spectateurs. On présente la photo du candidat, retouchée « juste ce qu’il fallait pour lui donner un aspect terrifiant: l’ange de la mort urbaine, brutal, pas réellement intelligent, mais rusé comme certains animaux. Le croque-mitaine standard des petits-bourgeois »(Ru.p. 63).

Dans un monde devenu sans idéologie et sans idéal, il s’agit de canaliser les frustrations et les mécontentements sur un bouc émissaire, et de faire participer les spectateurs à son élimination: « Vous voyez cet homme (…). Il est prêt à tuer. Il est prêt à mobiliser une armée de mécontents pour une orgie de destructions, de meurtres, de viols,d’attaques contre les institutions »(Ru.p. 113). Que mérite-t-il? La mort…

La lutte des classes.

Ces jeux sont en fait une conspiration du Réseau (mystérieux organisme qui supervise le pays) pour neutraliser le prolétariat (Ru.p. 114) et éliminer les contestataires en sauvant les apparences. Les plus évolués le comprennent bien ainsi: « Tu vois? On est des individus dangereux. Des ennemis publics. Ils vont nous liquider »(Ru.p. 42). Comme le dit un responsable des jeux: « Cette émission est l’un des meilleurs moyens dont le Réseau dispose pour se débarrasser de personnes potentiellement dangereuses »(Ru.p. 47).

Dangereuses pour qui? « Ces braves bourgeois (…) vous haïssent. Vous symbolisez toutes les peurs de cette époque instable et ténébreuse…Ils vous haïssent de toutes leurs tripes »(Ru.p. 67).

Car les spectateurs qui prennent intérêt au même spectacle ne sont pas du même bord. « D’un côté de la rue, s’étaient rassemblés les membres des classes supérieures et moyennes: dames sortant du salon de coiffure, hommes en chemises Arrow et mocassins; technicos en survêtements portant le nom de leur compagnie et leur propre nom brodé en lettres dorées sur la poitrine; femmes (…) habillées pour sortir en ville. Leurs visages si différents avaient pourtant un trait commun: il leur manquait quelque chose, comme un portrait avec des trous en guise d’yeux, ou un puzzle où l’on a oublié une petite pièce.

Ce qui leur manque, songea Richards, c’est le désespoir 23. Pas de loups affamés dans ces ventres. Pas d’espoirs fous ni de cauchemars déchirants dans ces têtes »(Ru.p. 181).

En face, il y avait les pauvres, « les laissés-pour-compte. Nez rouge aux veines éclatées. Seins flasques et pendants. Cheveux emmêlés (…). Varices. Visages boutonneux. Yeux torves et bouches tordues de l’imbécillité (…). Dans le chenil, les chiens aux ventres creux attendaient. Les pauvres cambriolaient les résidences inoccupées pendant la mauvaise saison. Leurs enfants attaquent en bande les supermarchés. Il leur arrive d’écrire des obscénités sur les vitrines des magasins, en faisant plein de fautes d’orthographe. Les pauvres ont notoirement mauvais caractère; la vue de manteaux de vison, de chromes et de complets à deux cents dollars leur inspire parfois des réactions déplaisantes. Et les pauvres ont besoin d’un Jack Johnson, d’un Muhammad Ali, d’un Clyde Barrow. Les pauvres attendent, attentifs à tout »(Ru.p. 182).

Et comme tous les moyens sont bons: « Il y avait longtemps que la brigade des mœurs avait été supprimée; le gouvernement n’ignorait pas que le vice et les perversions sexuelles constituaient le meilleur rempart contre les tendances révolutionnaires »(Ru.p. 71).

« Entre les langoustines et le steack, vous pourrez penser à ma fille de 18 mois malade qui est en train de crever », dit-il à une assistante des jeux resplendissante (Ru.p. 32). Ben en a assez. « Un homme ne peut pas tolérer longtemps que sa femme se prostitue pour faire vivre sa famille »(Ru.p. 128). Il a décidé de s’inscrire pour les jeux télévisés, au risque d’y perdre la vie, puisque c’est le seul moyen de sauver celle de sa petite fille et de permettre à sa femme de vivre dans la dignité. Mais « quelqu’un me paiera ça. Quelqu’un doit payer »(Ru.p. 39).

3. Les expressions de la rage.

Conduites individuelles : Charlie.

A son mal de vivre, Charlie a son explication: « Tout ce que je voulais, c’est qu’on me reconnaisse »(Ra.p. 36). L’agressivité envers son père et ses professeurs vient de cette quête éperdue de reconnaissance: « Les petits garçons grandissent et se souviennent du moindre coup, de la moindre réflexion méprisante, et (…) ensuite, ils ont envie de bouffer leur père tout cru »(Ra.p. 212). Pas seulement le père, mais aussi toute autorité qui le représente.

Pourtant Charlie essaie de comprendre son père: « Pour lui, le boulot de recruteur était franchement insupportable »et il en énumère longuement les difficultés (Ra.p. 79). Mais ce boulot, son père avait du mal à l’assurer. « Et il faut savoir qu’il ne me détestait pas simplement parce que j’étais là, mais parce qu’il n’était pas à la hauteur, lui »(Ra.p. 79). Ces difficultés venant des autres, que Charlie imagine venant créer les siennes, il les résume en deux phrases saisissantes: « Dans la Bible, on dit que les péchés du père rejaillissent sur les fils, c’est peut-être vrai. Mais je crois que les péchés des pères des autres ont aussi rejailli sur moi »(Ra.p. 78).

La coupe déborde quand Charlie, qui a de gros ennuis administratifs pour avoir agressé un professeur, se voit menacé par son père d’une raclée à coups de ceinture, comme lorsqu’il était petit. Ce qu’il veut, c’est devenir adulte et on le fait régresser! Il ne veut pas entrer dans une réalité aseptisée comme le garage de son père: « Absolument impeccable. Un vrai navire. C’est son coin et c’est lui qui l’entretient. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place »(Ra.p. 219). Charlie ne veut pas être une chose qui a sa place prévue, comme les objets dans le garage. Il se bagarre durement avec son père et ne mâche pas ses mots: « T’as bousillé ton ménage et t’as bousillé ton fils unique (…). Je suis à moitié viré de l’école, ta femme se transforme en pharmacie ambulante et toi, tu es un ivrogne »(Ra.p. 220).

Tout n’aurait peut-être pas été perdu, si son père avait eu les mots qu’il fallait: « Il n’a pas dit: si tu avais eu assez de tripes pour faire ça à cinq ans, on n’en serait pas là, mon fils…allez, je t’emmène chez Gogan, je te paie une bière »(Ra.p. 226). Rapports d’adulte à adulte… Mais il eût fallu au père de Charlie accepter le jugement de son fils: cette seule acceptation d’être imparfait avec ses proches -comme Charlie l’est avec ses professeurs- aurait pu aider Charlie à dépasser le stade de la crise.

A plus forte raison quand des rapports de force dans un système scolaire coexistent avec la machinerie administrative: « Maintenant, je suis sorti de tes dossiers, Tom, t’as pigé? [Il s’adresse au directeur du collège]. Je ne suis plus un dossier que tu peux classer à trois heures de l’après-midi. Compris? »(Ra.p. 63).Il ne veut pas être un dossier pour l’administration, comme il ne voulait pas non plus être un objet dans le garage de son père.

Charlie craint une aliénation à un père ou des éducateurs, qui l’assujettissent à un ordre qu’il n’a pas choisi, mais dont il se méfie car il perçoit l’inauthenticité de ceux qui le lui imposent. Il n’exige pas de ses parents ou de ses éducateurs une perfection qu’il sait illusoire, mais une prise en charge d’eux-mêmes, avec leurs insuffisances et leurs défauts. Une prise en charge loyale d’eux-mêmes, tels qu’ils sont, qui l’aiderait à s’accepter lui-même et à surmonter ses propres contradictions. Il veut trouver devant lui de véritables valeurs d’adulte, même insuffisantes, plutôt qu’un paravent mystificateur. Il ne veut plus de tricheurs qui masquent les réalités.

En séquestrant sa classe après avoir abattu deux professeurs, il veut faire comprendre aux élèves que derrière les apparences, il y a autre chose: « Avant que la journée soit terminée, nous allons tous comprendre la différence entre des gens et une liasse de papiers dans un dossier, la différence entre être un faux-cul et se faire enculer »(Ra.p. 64).

La conversation par l’interphone avec le psychologue du lycée, M. Grace, est significative. Charlie menace de tuer un des élèves de la classe si le psy pose des questions: le psy voudrait bien s’en aller: « – Charlie, c’est impossible. Je ne peux pas prendre la responsabilité… -La responsabilité! j’ai crié. Mon Dieu! vous prenez des responsabilités depuis le jour où ils vous ont laissé sortir de l’université! Et maintenant vous voulez vous débiner la première fois que vous avez les fesses à l’air! »(Ra.p. 100). Charlie s’emploie à lui faire avouer les choses socialement inavouables dans une société hypocrite, mais que lui, le psy, exige de ses patients… Le psy finit par s’effondrer: « M. Grace pleurait, sanglotait comme un bébé (…). J’avais fait tomber son masque de sorcier et il devenait humain »(Ra.p. 107). Faire tomber les masques…

En amenant les élèves de sa classe à se dévoiler les uns aux autres par ses propres confessions et les leurs, il amène une attitude d’écoute et d’acceptation l’un de l’autre: « Nous avons appris beaucoup de choses sur nous-mêmes, dit au seul opposant du groupe une élève à la fin de la séquestration. Je ne crois pas que cela serve à grand chose de te renfermer sur toi et de prendre des airs supérieurs. Tu ne comprends donc pas que c’est peut-être l’expérience la plus intéressante de notre vie? – C’est un assassin, a dit Ted, crispé. Il a tué deux personnes (…). Ils sont morts! morts! Il les a tués. – Tueur d’âmes! dit un élève »(Ra.p. 288).

Cette séance de défoulement collectif finit par

aboutir au lynchage de ce lycéen qui, petit à petit, a représenté aux yeux des adolescents un futur adulte « tueur d’âmes »avec ses faux-fuyants et son hypocrisie24. Libération de la tension collective… mais aussi choix d’un bouc émissaire symbole de l’adulte en contradiction avec le désir de compréhension individuelle recherchée…

Charlie est allé jusqu’au bout. Mais finalement nulle part. Il finit par comprendre le sens de ses actions décisives et dérisoires. Il voulait la mort du père castrateur: « Maintenant, je sais que c’est lui que j’aurais dû tuer, si je devais tuer quelqu’un. Ce qu’on a ici par terre [le professeur de mathématiques abattue], c’est le cas typique de l’agressivité mal placée »(Ra.p. 223).

On vit mal d’apparences: vivrait-on mieux d’authenticité? Le père de Charlie, ses enseignants ont voulu paraître ce qu’ils n’étaient pas. Charlie a été amené à chercher la faille dans la belle assurance paternelle ou dans la dévalorisante suffisance, sans vraie compréhension, de ses professeurs. Il a réussi à se détacher, dans le sang, de ce qui paraissait à ses yeux une duplicité intolérable: par honnêteté intellectuelle ou rigidité paranoïaque?

Conduites personnelles: Ben.

Dans son adolescence, c’est un anti-conformiste, mais pas encore un révolté. Au collège des Métiers Manuels, il a été suspendu à deux reprises pour manque de respect. Il a frappé « le sous-directeur à la cuisse alors qu’il avait le dos tourné », en fait en lui donnant « un coup de pied au cul »(Ru.p. 46). Il est mal noté au travail et congédié à six reprises pour insubordination et insultes à supérieur: « Il avait quitté son travail (…) parce que ses chances d’avoir un enfant diminuaient à chaque heure passée derrière les anciens et défectueux boucliers anti-radiations de General Atomics. Au lieu de raconter un quelconque mensonge au contremaître (…), Richards avait aggravé son cas en lui disant ce qu’il pensait de G-A, ajoutant qu’il pouvait se fourrer ses sales machines là où il pensait. Cela s’était terminé par une sanglante bagarre »(Ru.p. 129), et à partir de ce moment il n’a jamais pu retrouver un vrai travail.

A seize ans, sa mère et son frère morts, il a ressenti durement sa solitude. « Parfois, la nuit, il était pris de panique à l’idée qu’il n’avait aucun lien sur cette terre, qu’il allait à la dérive, sans rien pour le retenir »(Ru.p. 129). Il se marie, mais alors que les contrats de mariage sont presque tous à durée déterminée, en bon anti-conformiste il choisit le contrat à vie25, « à l’ancienne mode »(Ru.p. 46): « Richards était le type d’homme solitaire capable de donner à la femme de son choix infiniment d’amour et d’affection »(Ru.p. 129).

Il est nature, d’une franchise brutale, demandant par exemple à un animateur aux cheveux trop superbes26 pour être vrais: « Vous les teignez? »(Ru.p. 59). Dans un monde où tout s’achète, il a gardé sa dignité: « Je suis au chômage depuis longtemps. Je veux travailler de nouveau, même si ce n’est qu’en devenant la victime d’un jeu truqué. J’ai ma fierté 27″(Ru.p. 35).

De la révolte individuelle à la révolte collective.

Préoccupé par ses problèmes de survie, Ben ignore tout de l’histoire collective. « Les grands événements de la décennie le laissèrent indifférent ». Il y a des révoltes, des massacres, l’utilisation des gaz. « Mais cela ne l’affectait pas. La révolte ne menait à rien. Le monde était ce qu’il était, et Ben Richards le traversait sans rien voir ni entendre, en quête de travail »(Ru.p. 130). Pas d’espoir, en rien: « Ça fait deux mille ans que les gens voient des choses de ce genre »(Ru.p. 126).

Il rencontre un groupe qui se préoccupe de la pollution. Il n’y a pratiquement plus de livres, mais dans ce groupe, on s’informe: « On a lu, nous. Le Libertel, c’est pour les crétins ». Pour aller à la bibliothèque, il faut avoir un revenu élevé: « On a piqué la carte d’un gosse de riche. On y va à tour de rôle. On a un complet correct, qu’on se repasse »(Ru.p. 110).

Ils ont, en fabriquant une fausse clé, pénétré clandestinement dans la réserve de la bibliothèque pour y trouver des livres sur la pollution. Avec les informations obtenues, ils ont fabriqué un détecteur de pollution. A la fin du XXè, quand le taux de pollution atteignait 12, « les usines et les autres trucs polluants devaient s’arrêter jusqu’à ce que ça s’améliore (…). Ces temps-ci, le degré de pollution est de 20 à Boston, les bons jours »(Ru.p. 111) et les usines ne s’arrêtent plus.

De la révolte à la révolution.

« Ils nous ont donné le Libertel pour que le peuple crève tranquillement, sans faire d’histoires »(Ru.p. 112). Celui qui a recueilli Ben et ses amis ont constitué un groupe qui a des idées « de gauche »(Ru.p. 147), qui a ses caches et qui utilise un code pour sa correspondance. « Si on ne se serre pas les coudes, on est foutus. Pas la peine d’attendre que l’air pollué nous tue. Autant ouvrir le gaz »(Ru.p. 125).

Par ailleurs, « les gens sont en rogne (…). Depuis au moins trente ans, ils haïssent le Réseau. Il ne faudrait pas grand-chose pour qu’ils passent à l’action. Un rien suffirait… quelques mots… une vraie raison…. une vraie »(Ru.p. 113). « Le système en a déjà trop fait avaler aux gens »(Ru.p. 191). Des soldats paraissent eux-mêmes troublés (Ru.p. 214).

Richards n’a jamais été un homme social et il ne s’est jamais intéressé à une action de contestation individuelle ou collective: « Il avait rejeté avec mépris toutes les causes, tous les engagements. C’était bon pour les riches, pour les gogos, pour ces stupides étudiants avec leurs badges et leurs groupes de néo-rock »(Ru.p. 128). Son évolution, sous la pression des événements, a été rapide: « Il m’arrive de penser que je pourrais faire sauter tout le système si on me donnait dix minutes de temps de parole au Libertel. Leur expliquer. Leur montrer ce qui se passe vraiment »(Ru.p. 113).

« Il n’était plus un loup solitaire luttant pour lui-même et sa famille 28. Il luttait maintenant pour toutes les victimes de la pollution et d’un système injuste »(Ru.p. 128).

« Tous ces hommes bien nourris, protégés par leurs filtres, qui sortaient avec des poupées en sous-vêtements de soie. A la guillotine ! 29. Que le couperet tombe, et tombe, et tombe! Mais ils étaient intouchables, comme le Réseau »(Ru.p. 131).

Mais bien vite, il faiblit. Bientôt, il est seul à nouveau: « Il était seul. La cause avait perdu son importance »(Ru.p. 241).

4. King, de la révolte au désespoir.

On sait depuis longtemps30 qu’outre les satisfactions qu’elle procure, l’oeuvre d’art a aussi souvent comme fonction la libération plus ou moins réussie des émotions ou des conflits dont est en proie leur créateur. La table de l’écrivain n’est jamais bien loin du divan de l’analyste. Ici comme là, on utilise des mots pour essayer de mettre des choses au clair. La décharge émotionnelle provoquée par certaines tensions psychologiques amène aussi bien la reprise de situations éprouvées ou vécues que ce qui a été fantasmé, souhaité, repoussé, mais non vécu. L’émotion restant en suspens tant qu’un accord intérieur n’est pas trouvé, des images obsédantes peuvent se présenter de nombreuses fois à l’esprit31 jusqu’à l’apaisement -à supposer que l’apaisement se réalise. Nous allons maintenant reprendre les situations des deux romans de King/Bachman que nous avons vus sous un éclairage littéraire en les rapportant au vécu de King adolescent. S’agit-il d’une révolte réelle qui a existé chez King? En famille, au lycée ou à l’université? Jusqu’où est-elle allée?

King et son enfance.

C’est une réelle épreuve de réenvisager sa propre histoire, surtout quand elle n’a pas été glorieuse ou facile. King se moque des critiques mutilateurs qui réduisent un auteur à un épisode vécu dans son enfance, tout en reconnaissant qu’il y puise lui-même son inspiration32. Ceci dit, la situation du jeune Stephen King de deux ans n’est pas brillante: sans ressources, avec la mère seule qui élève ses deux enfants et doit souvent changer de résidence pour trouver des emplois nouveaux. Mais Nellie King sut se montrer à la hauteur33: « Je pense que maman, qui savait se montrer entêtée, intraitable, d’une ténacité et d’une persévérance à toute épreuve, avait pris goût au double rôle de travailleur et de chef de famille »34.

Ce qui signifie que si King a emprunté quelques traits maternels (piano, livres), c’est pour les plaquer sur un personnage plutôt passif et effacé, qui est son contraire. La mère de Charlie n’a pas l’envergure de Nellie et elle ne joue aucun rôle dans la seconde partie du récit, quand la révolte de son fils prend forme.

Par contre, l’absence paternelle a permis à King d’imaginer un père dominateur auquel il avait échappé… Car il ne semble pas avoir éprouvé à l’égard de son père un ressentiment particulier, caractéristique qu’il prête à Ben: « Il se souvenait à peine de lui. Il ne lui en avait jamais voulu »(Ru.128). Stephen connaît le visage de son père pour avoir retrouvé dans le grenier une bobine de film tournée sur un navire35.

Mais surtout son père a laissé dans une caisse au grenier des livres de fantastique et de terreur, dont un recueil de nouvelles de Lovecraft. Son père avait essayé d’écrire des nouvelles de cette veine, mais sans succès, et il n’a jamais été publié36. Cette découverte faite à douze ans déterminera son destin: »J’avais trouvé ma voie. Lovecraft -par l’entremise de mon père- l’avait ouverte pour moi »37.

Si ce que l’adolescent attend de son père, c’est avant tout la conquête de son autonomie, c’est sa mère et la famille unie de King (éducation méthodiste rigoureuse) qui l’ont aidé à le faire: l’absence paternelle a pu être partiellement compensée38. Et après tout, pour Stephen, cela vaut peut-être mieux que d’être comprimé par un père au point d’exploser… Même s’il a gardé de l’absence du père des survivances infantiles et un fort besoin de protection que Tabitha assurera partiellement39…

Mais le père est aussi celui qui présente un modèle et des perspectives: lui qui n’a pas connu son père, n’a-t-il pas finalement suivi et dépassé cet homme qui aimait et écrivait des histoires40 ? Et sans avoir eu besoin de souhaiter « la mort du père » pour devenir lui-même, il réussira à faire mieux que lui: il sera publié, célèbre, il aura aussi des enfants, mais il ne délaissera pas sa famille…

La révolte scolaire intérieure.

King s’est trouvé dans la situation « enragée »de Charlie: mais le bouillonnement de la rage ne s’est pas extériorisé41. D’une part, il avait déjà à ce moment l’exutoire de l’écriture en écrivant solitairement en parallèle42; d’autre part, il n’a pas un tempérament qui le pousse aux extrêmes: il est plutôt effrayé par son côté dionysiaque et il préfère transposer ses pulsions sur le plan maginatif, où il en jouit presque autant sans risque.

On peut donc noter qu’en 1968 il a publié deux nouvelles: Ici les tigres et une autre sur laquelle on reviendra tout à l’heure. Cette nouvelle, sans prétentions, est une intéressante transposition littéraire d’une pulsion enfantine de mort -ceci dans un climat d’innocence total. King explique: « Ma première institutrice à Stratford (…) était drôlement impressionnante. Je suppose que si un tigre était venu la boulotter, je n’aurais pas été contre. Vous savez comment sont les enfants »43.

Au Lycée, grand, fort, enveloppé, grosses lentilles sur le nez44, il n’a pas de vrais amis et il n’est pas heureux45 Il lui faudra de nombreux livres pour évacuer son amertume. Il a autant souffert de ses camarades que de ses professeurs et de l’ambiance générale: « Le lycée est un milieu où règnent l’intolérance et le conservatisme, une société dont les membres n’ont pas plus le droit se s’élever « au-dessus de leur condition »qu’un Hindou n’aurait le droit de changer de caste ».

Ceci, ajouté au fait qu’il a été un temps enseignant, fera que professeurs, élèves et établissements d’enseignement apparaîtront abondamment dans son oeuvre. Et les romans les plus proches de sa scolarité (Rage et Carrie 46) seront particulièrement destructeurs: s’y débattent certains de « ces misérables dont l’esprit est brisé dans cette fosse à serpents qu’est n’importe quel lycée ».

C’est d’abord au lycée que King a appris à être un observateur lucide47 et impitoyable. Mais plutôt qu’une révolte active comme celle de Charlie, il choisira la transposition dans une oeuvre. Rappelons que Rage a été commencé pendant l’été qui a suivi sa sortie du lycée.

La révolte scolaire transposée.

King montre bien l’ambiguïté de la situation des élèves adolescents: ils connaissent quelques bribes de psychologie pour expliquer (?) leurs comportements, mais sans pouvoir pour autant maîtriser leur situation. Comme ils doutent d’eux-mêmes, leur révolte est souvent intérieure: outre les souffrances affectives qu’elle entraîne, elle ne va pas souvent au-delà du refus du travail scolaire, de l’insolence, de l’absentéisme. Elle s’extériorise également dans la fugue ou des comportements déviants. Quand elle devient trop intériorisée, elle peut mener au suicide48.

Elle peut aussi conduire à des extrémités plus graves, qui fascinent King49 comme toutes les choses extrêmes. La deuxième nouvelle dont il était question au § 4.1., c’est La révolte de Cain Dans une description d’une froideur glaciale, King nous décrit le bon étudiant Curt Garrish, fils d’un pasteur méthodiste, amateur d’ordre et de propreté, qui se met à tirer sans qu’on sache pourquoi sur les personnes se trouvant sur la campus.

Trop séduit par le désordre, le côté apollinien de King s’effraie du dionysiaque tentateur50: « Ce n’est pas l’aberration mentale qui nous horrifie ,mais plutôt l’absence d’ordre qu’elle semble impliquer ». Car Whitman, comme Charlie51, comme Cain, comme Garrish, comme Bowden sont des monstres: les mettre en scène a un pouvoir libérateur. « En parlant de monstruosité, nous exprimons notre foi et notre croyance en la norme (…). L’écrivain d’horreur n’est ni plus ni moins qu’un agent du statu quo  » 52. Du statu quo…

La révolte sociale.

Charlie n’a pas été favorisé, dans son évolution vers l’âge adulte, par un contexte sociologique qui l’a maintenu dans l’absence de difficultés objectives -tout ce que peut déplorer l’élève le plus pauvre de la classe, c’est de ne pas avoir de bons crayons et de mal manger chez lui. Mais ces insuffisances ne sont pas vitales. Il n’est pas possible de comparer le statut de ces gosses, qui font des études et mangent à leur faim, avec les laissés-pour-compte du monde ou avec Ben. L’absence de responsabilités sociales, la dépendance financière font d’eux des individualistes repliés sur eux-mêmes, des nombrilistes, sans ouverture sur la société réelle et les autres. Cette jeunesse est sans cause. La génération de Charlie n’est ni altruiste, ni romantique: elle est exigeante, irrespectueuse et veut sa place.

De même, King a passé toute son adolescence en dehors des réalités sociales et politiques. S’il subit le lycée, aussitôt sorti il s’en évade53. La réalité, il pense l’aborder par ses lectures, les médias qu’il pratique assidûment, mais cette réalité est subie et il n’a même pas conscience qu’il pourrait avoir une prise sur elle. Ce qui surprend chez ces adolescents et King lycéen, c’est le peu de préoccupations qu’ils manifestent pour modifier ou refaire le monde. L’important, c’est de réussir. Quelques années plus tard, King en a pris conscience et ironise sur le comportement des lycéens de cette période où le monde allait mal alors que chacun poursuivait sa petite vie dans l’indifférence -sauf s’ils étaient directement concernés- de la gravité de ce qui se passait autour d’eux54.

La prise de conscience des problèmes de société.

King, comme Ben, a vécu longtemps dans l’indifférence des problèmes collectifs. Mais l’Université va changer cette situation: ce sont ces mêmes medias qui favorisent l’évasion du réel qui lui feront prendre conscience des réalités de l’époque55.

D’abord sur le plan individuel: « Ma génération formait un terreau idéal pour les graines de l’horreur (…). Notre pays était le mieux alimenté de l’histoire, mais il y avait dans notre lait des traces de strontium 90 dus aux essais nucléaires »56. Ces préoccupations biologiques et nucléaires, la pollution seront primordiales dans Running Man alors qu’elles n’apparaissent pas dans Rage. King mûrit.

Sur le plan social, quand King va en fac, il vit comme les autres étudiants un conflit de générations57 qui avait débuté avec le refus de la guerre du Vietnam, pour englober ensuite des revendications comme la liberté universitaire, le droit de vote à dix-huit ans, la responsabilité de l’industrie en matière de pollution, le droit à l’avortement. King n’est plus indifférent à son temps: dans le journal de l’Université, The Maine Campus, il traite de toutes sortes de sujets58: ceux énumérés précédemment, plus des critiques de livres, de films, des compte-rendus de base-ball…

Il proteste contre l’uniformisation et formule des revendications anti-conformistes. Par exemple, King a longtemps négligé son apparence et ce sujet a été longtemps pour lui un point sensible, une épine irritative qui s’enfonce à chaque pression. « Je me souviens (…) que les cheveux longs étaient un fait de société explosif en 1968, quand j’avais vingt et un ans. Aujourd’hui, ça semble aussi incroyable que l’idée que des hommes aient pu s’entre-tuer pour des questions d’astronomie élémentaire, mais c’est bel et bien ce qui s’est passé »59. Si ce problème n’a pas réellement d’importance, comme Steve semble l’indiquer, il y a pourtant consacré pas mal d’énergie60. Futilité ou erreur de perspective?

Une révolution culturelle.

Son combat sera plus efficace dans un autre secteur. Au printemps 69, l’Université vit une période de changement, avec la toute récente possibilité conquise par les étudiants d’organiser leur curriculum. King devient un porte-parole écouté sur le campus61. Dans cette période effervescente, les meetings sont nombreux. Dans sa critique des programmes d’études, il insiste particulièrement sur la culture populaire et de masse, celle que le peuple attend. King ne se contente pas de critiquer: il propose de conduire un séminaire spécial sur la fiction populaire américaine. Séminaire qui a lieu et pendant lequel, pour la première fois dans l’histoire de l’Université, un étudiant « undergraduate » enseigne ses camarades étudiants.

L’évolution politique.

Des étudiants plus décidés -dont un certain nombre de Noirs- bénéficiant parfois d’une certaine complicité d’autres condisciples moins actifs et en tous cas de l’apathie du plus grand nombre, essaient d’appliquer leur énergie révolutionnaire à des actions plus politiques. « En 1968, durant mon avant-dernière année de fac, quatre Black Panthers de Boston sont venus s’adresser aux étudiants ». Ils proposent « une seule solution, la révolution. Les quatre conférenciers ont conclu en nous rappelant le slogan des Black Panthers: « Le pouvoir est au bout du fusil ». Mais King n’adhéra pas à ce « mouvement de paranoïa galopante qui avait envahi le pays au cours des quatre dernières années de la décennie »62.

Pendant toute cette période, les universités américaines ont connu tour à tour des périodes de tension63, durant lesquelles le drame a été quelquefois évité de peu. Alors qu’il avait promis le retrait de troupes du Vietnam en avril 1970, Nixon intervient au Cambodge quelques jours plus tard… et soulève un tollé de protestations La révolte atteint son apogée quand en mai, à l’université de Kent (Ohio), une manifestation contre la guerre se termine tragiquement: la garde nationale ouvre le feu: 4 morts. La protestation étudiante est unanime.

Or King avait voté Nixon l’année précédente: des républicains avaient participé à la campagne contre les antimissiles, Nixon avait promis de mettre fin à la guerre du Vietnam et Steve, qui vit d’illusions sans avoir une claire conscience des enjeux politiques, l’avait cru. Il se sent profondément floué64. Quand il écrit son dernier papier pour le journal du campus -il a terminé ses études universitaires-, il fait état de sa déception: il pensait changer le monde avec la fougue de la jeunesse, mais il se sent maintenant bien vieux65… Et le voici dans ses mobil-home pour plusieurs années, toutes espérances collectives disparues, et sans grand espoir personnel66.

Pour conclure: un autre combat?

Les ressentiments que King pouvait nourrir à l’égard de la scolarité subie au lycée n’avaient pas dégénéré en rébellion, la révolte particulièrement dionysiaque de Rage (et plus tard de Carrie, étant la transposition cathartique d’un quotidien difficilement vécu. King souffrait d’incomplétude et de solitude et s’en libérait dans ses premières oeuvres. Il aurait pu être un Whitman: l’écriture l’a sauvé du vingt-sixième étage de la tour67…

De même, ses années estudiantines, si elles ont parfois pris un ton provocateur, ne sont pas allées au-delà de la rébellion verbale et de la mise en scène. La tradition révolutionnaire n’est pas ancienne aux U.S.A. La compréhension des grèves rouges des années trente n’a jamais été le fort des Américains68 et ce n’est que tardivement que l’opinion, aidée par les écrivains et les médias, s’est levée contre les violences anti-grévistes du patronat ou des forces de l’ordre. Car dans la courte histoire syndicale des U.S.A. comme ailleurs, ce sont les sacrifices personnels qui ont entraîné une certaine justice sociale, c’est davantage la rébellion civile que le verdict des urnes. Puis les syndicalistes sont devenus une institution et la grève limitée et encadrée une méthode raisonnable pour obtenir une meilleure répartition des bénéfices dans une société dont les fondements ne sont pas contestés. Depuis les années de révolte des campus où l’opinion publique et les travailleurs avaient été très sévères envers les étudiants, a aussi disparu la relative symbiose entre les syndicats ouvriers et enseignants, qui n’avait de toute façon jamais été ce qu’elle est en France. Les universitaires américains se sont repliés sur leurs universités, comme King s’est réfugié dans son oeuvre.

Jamais la révolte étudiante vécue par King n’a été profonde au point qu’il puisse s’imaginer l’engager un processus révolutionnaire: la fin de la guerre au Vietnam, les fac ouvertes à tous avec l’opportunité d’intervenir sur les études, la possibilité de porter des cheveux longs -en caricaturant brutalement- suffisaient. Là où Ben commence à avoir l’esprit révolutionnaire en appelant à la guillotine, son créateur, bien que mangeant de la vache enragée dans l’inconfort avec des ressources financières insuffisantes69, attend dans la souffrance un éditeur. La révolte passée a disparu devant les difficultés matérielles: est venu le moment du désespoir. Est venu aussi un comportement facile de compensation qu’il regrettera plus tard: accablement, anxiété, alcool70, jeu, problèmes conjugaux71 en seront les tristes conséquences… Avec l’aide de Tabitha, il refait difficilement surface. Et puis, coup de chance, il y aura l’édition et le succès de Carrie.

Le voilà redynamisé. A défaut de pouvoir changer le monde, il pourra créer son monde.

Un moment après la dystopie de Running Man, King a pensé trouver l’utopie dans Le Fléau où « l’univers de folie qui est le nôtre retrouverait un semblant d’équilibre moral, politique et idéologique »: mais le désir des survivants de fonder une démocratie rénovée s’éteint vite devant les dures réalités72 et la force du mal.

Enfin Dieu a été absent de Rage. Il apparaît fugitivement dans le dernier chapitre de Running Man : « Comme soutenu par la main de Dieu, le jet géant franchit le canal dans un rugissement de turbines (…). L’explosion fut prodigieuse. Une pluie de feu s’abattit à des kilomètres à la ronde, illuminant la nuit comme la juste colère d’un Dieu courroucé »(Ru. pages 258 et 259). Ce sont les derniers mots du livre: ce que l’homme n’a pas su faire, Dieu l’a fait.

Ici semble se déplacer le problème social, l’espoir de vaincre le mal social et de fonder un monde meilleur. C’est maintenant entre un Dieu incompréhensible et la créature dépassée par le mal que la révolte va s’instaurer. Dieu est davantage présent dans Le Fléau Son interpellation sera épisodique mais continuelle pendant vingt cinq ans: elle occupe la première place dans Désolation où le libre-arbitre de la créature et l’omnipotence de Dieu replacent la mal et la souffrance humaine dans ses perspectives millénaires…

Armentières, mai 96/ 07 avril 1997, révisé en mai 1999.

 


 

1 Steve’s Rag a fait paraître une étude intéressante de Frank Berlez sur Marche ou crève, en mars-avril 1996.

2 Rage est le deuxième roman entrepris par King, Marche ou crève le troisième, Running Man le sixième. Les autres n’ont pas été édités. Rage a été achevé en 1971 en même temps qu’était entrepris Running Man: leur publication, sous le nom de Richard Bachman a été tardive: 1977 pour Rage (trois ans après CARRIE) et 1982 pour Running Man.

3 « L’été suivant l’obtention de son diplôme (= baccalauréat), King commença, mais ne finit pas, ce qui serait sa première oeuvre achevée, Getting it on (« en tirant son coup ») qui tire son titre de la chanson des T-Rex « Cogne le gong ».Une étude psychologique, l’histoire d’un lycéen qui prend ses camarades de classe en otages. Getting it on trouve sa source dans les peurs enfantines de King: ne pas s’adapter. », in George Beahm, THE STEPHEN KING STORY, Warner Books, éd. 1994, p. 49. (Pas de traduction française à ce jour, trad. de l’auteur de l’article). C’est le groupe Tyrannosaurus-Rex qui jouait cette chanson.

4 « RUNNING MAN, comme l’écrivit King, « fut écrit en soixante-douze heures » et ce fut pour lui « une expérience fantastique, où il fut chauffé à blanc. » Comme le héros de l’histoire, King se livra à une véritable course, pariant sur l’idée que ses efforts seraient payants. » », cité par par Beahm, op.cit., p. 76.

5 Chris Chesley raconte: «  »J’ai toujours pensé qu’il n’eut pas une merveilleuse expérience de sa scolarité du lycée, et que ce ne fut pas un grand moment de sa vie. », interview citée par Beahm, op.cit., p. 48.

6 « Comme ses contemporains, King fut emporté par l’agitation de l’époque, une décade dominée par un malaise politique et social: la guerre du Vietnam et la bataille pour les droirs civils », in Beahm, op.cit., p. 51.

7 Dans les notes: Ra=Rage, Ru=Running Man.

8 « On pensait -considérant combien il lisait et écrivait- qu’il passait trop de temps dans sa chambre, trop de temps dans l’imaginaire et c’était compris comme un comportement malsain et anormal.

Je pense qu’il le sentait et que cela lui était pénible.C’était très difficile pour lui d’être ce qu’il était et de l’accepter. Sous ce rapport, je pense que Steve se sentait très seul; il en éprouvait un sentiment d’isolement. », interview de Christopher Chesley, ami d’enfance de King, citée par Beahm, op.cit., p. 32.

9 Fin juillet 1966, à Austin (Texas), un étudiant en architecture, Charles Joseph Whitman, âgé de 24 ans, grimpe au 26è étage de la tour centrale de l’Université et ouvre le feu. Avec deux fusils de chasse, une carabine à canon scié et un pistolet, il tire à plusieurs centaines de mètres de ses victimes. La tuerie dure plus d’une heure. Bilan: 15 morts et 33 blessés.

Whitman est abattu par la police. C’était un ancien membre de corps des marines et un tireur d’élite. A son domicile, on découvre les corps de sa mère et de sa jeune femme. Les policiers découvrent également plusieurs notes manuscrites. Whitman écrivait qu’il ressentait « un besoin de dépression et un besoin de violence ». A l’université, Whitman était apprécié tant par ses professeurs que par les étudiants, d’après LE JOURNAL DE L’ANNEE, 1966/67, Larousse éd., p. 126.

10 La mère de King, Nellie, a les mêmes lectures: « Elle avait une pile de ses livres favoris, où s’accumulaient.en tas Agatha Christies et Erle Stanley Gardners C’était une dame qui travaillait dur -elle travaillait quarante-cinq, cinquante heures la semaine- et elle lisait ces.Agatha Christies et Erle Stanley Gardners Elle savait ce qu’elle me demanderait pour son anniversaire ou la Fête des Mères, ou en n’importe quelle autre circonstance. C’était toujours un Perry Mason ou quelque chose comme ça. », 1991, cité dans Beahm, op.cit., p. 22.

11 Elle joue aussi du piano: « C’était une pianiste de talent et une femme doué d’un sens de l’humour très développé et souvent excentrique », in DANSE MACABRE, I981, trad. fr.: tome I, ANATOMIE DE L’HORREUR, éd. du Rocher, 1995, p. 113.

12 Le père de King aussi était marin: « Durant la seconde guerre mondiale, il travaillait dans la marine marchande », in ANATOMIE…, op.cit., p. 112.

13 « Se penchant rétrospectivement sur ses années de lycée, King n’a pas de nostalgie. « Mon cursus scolaire passa totalement inaperçu. Je n’étais pas à la tête de la classe, mais pas à la queue. J’avais des camarades, mais aucun de ceux-là n’étaient les cadors, ou les gars du conseil scolaire ou quelque chose comme ça » » », interview, citée par Beahm, op.cit., p. 48.

14 JAWS, (Les Dents de la Mer), a été réalisé par Steven Spielberg en 1975, ce qui laisse supposer des retouches ultérieures à 1971, date donnée pour l’achèvement de Rage.

15 « À bien des égards, la scolarité de K. fut on ne peu plus ordinaire. Scolairement, il fut un élève en-dessous de la moyenne; bien qu’il se souvienne de n’avoir obtenu que des Cs et Ds en chimie et physique, il était suffisamment bon dans les autres matières pour être deux fois cité au tableau d’honneur quand il était étudiant de première année et deuxième année « , in Beahm, op.cit. p. 40 .

16 « Dans une interview, K. a expliqué que l’une de ses frayeurs d’enfant était « de ne pas être capable d’entrer en contact, de trouver une entente et d’établir des rapports de communication. C’est la peur que j’avais, cette peur de ne pas être capable de me faire des amis, la peur d’avoir peur et de ne pas pouvoir dire à quiconque que j’étais effrayé. J’éprouvais la peur constante d’être seul. », cité par Beahm, op.cit., p. 49.

17 « K. raconte ses mésaventures comme satiriste lorsqu’il publia le Village Vomit, une parodie du journal de l’école. Comme King l’explique, le Village Vomit se moquait des professeurs, citant les noms, avec cette sorte de cruauté innocente propre aux enfants. Sa tentative attira immédiatement une attention non souhaitée, avec la ferme promesse de trois jours de suspension. Cependant King eut de la chance. Plutôt que de l’exclure, l’administration décida de canaliser ses efforts d’écriture créative, avec une publication plus pertinente -un journal local, où il couvrirait l’activité sportive de l’école pour un demi-cent le mot. », in Beahm, op.cit., p. 41. Des membres de l’équipe éducative avaient quand même quelque largeur d’esprit…

18 DANSE MACABRE, I981, trad. fr.: tome II, PAGES NOIRES, éd. du Rocher, 1995, p. 209; The Play Boy Interview, citée par Beahm, THE STEPHEN KING COMPANION, Warner Books, 1993, p. 36; NIGHT SHIFT, 1978, trad. fr., BRUME, 1987, Albin Michel éd., avant-propos,p. 20.

19 « Maybe you get loaded on Thursday afternoon. You might develop a decided hostility in class. You might drop out. You might even start looking at the Stevens Hall tower and wondering -just wondering, mind you- how nice it might to be climb up here and pick a few people off », in The Maine Campus, mai 1969, cité par par Beahm, op.cit., p. 56.

20 De même, le jour où il tuera ses professeurs, « le jour où je suis allé jusqu’au bout, il faisait drôlement beau; oui, une belle matinée de mai »(Ra.p. 11). A rapprocher de L’ETRANGER, où Meursault tue aussi sans savoir pourquoi: « La mer a charrié un souffle ardent et épais. Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait de toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé », Albert Camus, OEUVRES, éd. Pléiade, 1962, p. 1168.

21 « Mon père (…) a déserté le domicile familial alors que je n’avais que deux ans et mon frère quatre », in ANATOMIE…, op.cit., p. 112.

22 « As King later wrote, it was not the best of times; in fact, it was the worst of times. « There I was, unpublished, living in a trailer, with barely enough money to get by and an increasing sense of doubt in my abilities as a writer, and this kid was crying and bawling every night » », interview, citée par par Beahm, op.cit., p. 75.

23 On comprendra le sens et le contenu de souffrance que ces mots renferment quand il sera fait état plus loin de la situation catastrophique de King à cette époque (désespéré, doutant de lui-même, il boit, joue, et compromet sa vie familiale): ces bourgeois lui font alors horreur, comme à Ben. Et la révolte violente que Ben choisit lui permet, au moins sur le papier, de faire passer ses rancoeurs du passif à l’actif.

24 C’est ainsi qu’apparaissaient à King les caractéristiques de l’homme politique. En parlant du lycéen lynché, il fait dire à Charlie: « Ses yeux étaient si clairs, si droits, si terriblement sûrs de leur but: c’était les yeux d’un politicien », (Ra.p. 206).

25 Le mariage de Steve et de Tabitha dure depuis janvier 1971 et n’a donné lieu à aucun ragot. « My marriage is too important to me, and anyway, so much of my energy goes to writing that I don’t really need to fool around. – PLAYBOY: Have you always been faithful to your wife? – KING: Yes, old-fashioned as it may, I have been. I know that’s what you’d expect somebody to say in print, but it’s still true. I’d never risk my wife’s affection for some one-night stand. I’m too grateful for his unremitting commitment that she’s made to me and the help she’s given me in living and working the way I want to. She’s a rose with thorns, too, and I’ve pricked myself on them many times in the past, so apart from anything else, I wouldn’t dare cheat on her! », in The Playboy Interview, 1983, in Beahm, THE STEPHEN KING COMPANION, op.cit., p. 57.

26 Le problème des cheveux -sujet sensible s’il en est pour Kng- sera évoqué plus loin…

27 Quand King a écrit Running Man en quelque jours, il se lançait un défi pour se prouver ce qu’il valait: « In some ways, the novel can be seen as a parallel to King’s life at time. For King, thoug, the gamble would be in taking the time to write a novel as fast as could, since it would have to be written during the school’s winter vacation », in Beahm, op.cit., p. 76.

28 Pour King, c’est l’inverse. Il travaille pour lui et les siens en écrivant dans l’inconfort: « Still, for up to two hours a night, King made the time to write; he would sit in the furnace room of the trailer where he hammered out stories on his wife’s portable Olivetti, hopping to make another sale, hopping somehow to get through another month with Tabitha skillfully juggling the bills », in Beahm, op.cit., p. 76.

29 Il ne faut pas s’étonner de cette expression. Aux USA, à la fin des années 60, il y eut une escalade macabre de la brutalité « pour rire » dans les jouets pour enfants : cette situation fut jugée inquiétante par les spécialistes du comportement. J’ai sous les yeux la photo d’une guillotine si outrancière que la protestation générale la fit interdire. Curieusement, elle est surmontée d’un crâne et d’un vampire stylisé, qui ressemble assez aux chauves-souris des grilles de la maison de Steve. Voir VIOLENCE ET AGRESSION de Ronald Bailey, éd. Time-Life, 1972, p. 66.

30 Aristote en parlait déjà dans l’Antiquité. Cette fonction psychologique a été étendue et considérablement développée par les psychanalystes.

31 Un exemple: dans Rage, Charlie qui a 4 ans est jeté violemment à terre par son père (Ra.p. 82); dans SALEM, Sandy assomme son nourrisson avec son biberon (I.5); dans SHINING, l’écrivain Torrance, qui boit, casse le bras de son fils (I.III). Or en 1971, Or King, qui venait d’avoir son second fils Joe, lequel « was crying and bawling every night »(in Beahm, op.cit., p. 75), dans l’inconfort de son mobil-home, s’était mis à boire, « drinking too much », comme il le dit lui-même plus tard, dans un article de 1982 (cité par Beahm, op.cit., p. 77). Voir aussi note 69.

32 « Je considère cette idée comme totalement spécieuse -de tels jugements psychologiques à l’emporte-pièce sont aussi sérieux à mes yeux que l’horoscope des quotidiens. Ce qui ne signifie pas pour autant que l’écrivain ne puise jamais son inspiration dans son passé; bien au contraire », in ANATOMIE…, op.cit., p. 102.

33 « Après le départ de mon père, ma mère s’est débrouillée comme elle pouvait pour joindre les deux bouts (…). Elle a occupé toutes sortes d’emplois peu rémunérateurs: repasseuse dans une blanchisserie, pâtissière dans une boulangerie, vendeuse dans un magasin, femme de ménage (…). Elle faisait de son mieux pour ne pas perdre pied, comme d’innombrables femmes avant et après elle. On n’a jamais eu de voiture (et on n’a eu une télé qu’en 1956), mais jamais on ne sautait un repas », in ANATOMIE…, op.cit., p. 112.

34 in ANATOMIE…, op.cit., p. 118. La stabilisation à Durham ne viendra que plus tard, en 1958, quand la famille se cotisera pour permettre à la mère de King de soigner les vieux parents. Stephen King a alors 11 ans.

35 « A un moment donné, notre père avait confié sa caméra à un autre marin, et soudain le voilà, Donald King, de Peru (Indiana), accoudé au bastingage. Il lève la main, sourit; fait sans le savoir un petit signe à des fils qui ne sont même pas conçus. On a rembobiné le film, et on l’a regardé une deuxième fois. Et une troisième. Salut, papa; où es-tu passé aujourd’hui? », in ANATOMIE…, op.cit., p. 114.

36 « Il a reçu quelques lettres de refus personnalisées; des lettres du style « Ça ne nous convient pas mais continuez à nous envoyer votre prose », comme j’en ai reçu pas mal à mon tour durant mon adolescence et jusqu’après mon vingtième anniversaire (quand je me sentais déprimé, il m’arrivait de me demander quel effet ça ferait de se moucher dans une lettre de refus », in ANATOMIE…, op.cit., p. 115.

37 in ANATOMIE…, op.cit., p. 117.

38 Compensation que n’a jamais essayé de réaliser la mère de Charlie.

39 Sur ce point, voir une précision dans l’interview de Burton Hatlen par Lou Van Hille, Steve’s Rag, novembre. 1996, p. 21.

40 Idem, interview de Burton Hatlen par Lou Van Hille, Steve’s Rag, décembre. 1996, p. 21.

41 « At times, particularly in my teens, I felt violent, as if I wanted to lash out at the world, but that rage I kept hidden. That was a secret place in myself I wouldn’t reveal to anyone else », in The Playboy Interview, 1983, citée par Beahm, op.cit., p. 41.

42 « Given who he was, though, the isolation was necessary to make him what he became », interview de Christopher Chesley, citée par Beahm, op.cit., p. 32.

43 Ces deux nouvelles ont été publiées dans NIGHT SHIFT, 1978, trad. fr., BRUME, 1987, Albin Michel éd., sous les titres En ce lieu des tigres et La révolte de Caïn. La citation est extraite des Notes, p. 639.

44 « On pourrait croire que j’ai des lunettes sur le nez, mais il m’arrive parfois de penser que ce sont des culs de bouteilles », in ANATOMIE…, op.cit., p. 112.

45 « I often felt unhappy and different, estranged fom other kids my age. I was a fat kid -husky was the euphemism they used in the clothing store- and pretty poorly coordinated, always the last picked when we chose teams », in The Playboy Interview, 1983, citée par Beahm, op.cit., p. 40.

46 « La vengeance de Carrie a réjoui tous les lycéens qui se sont fait ôter de force leur short en cours de gym ou casser leurs lunettes en cours de récréation », in ANATOMIE…, op.cit., p. 200, comme les citations précédentes et la suivante.

47 « During those four years King soaked up raw material for his work to come. King saw high school in its true light: a rigid caste system in which everyone knew his place. Years later King remarked: « I would observe what happened to people who were totally left out and picked on constantly. One morning, you’d come in and there would be « Sally Delavera sucks »written across her locker… this constant barrage until finally the kid would drop out of school… because they just couldn’t take it anymore. High school is the last chance, the last place where you’re really allowed to use that totally naked, violent approach that you don’t like », interview de 1980, citée par Beahm, op.cit., pages 41 et 42.

48 C’est ce que fera finalement Charlie par personne interposée. Il a rangé son revolver dans un tiroir. Quand un policier entre dans la salle de classe: « J’ai fait comme si j’allais prendre quelque chose derrière la rangée de livres et de plantes du bureau de Mme Underwood. -C’est à ton tour, espèce de sale flic de merde! j’ai crié. Il a tiré trois fois »(Ra. p. 237).

49 Le cas de l’étudiant Charles Whitman qui tue et blesse de nombreuses personnes à l’Université d’Austin (voir note du § 1) a littéralement obsédé King: « It was an idea that fascinated King for some time; Getting it on, half completed, told of a high school student who snapped under pressure, with disastrous consequences. In CAIN ROSE UP, Garrish, a college student, takes up a firing position in his dorm room and, wielding a .352 magnum with a telescopic sight, start blowing students away », in Beahm, op.cit., p. 56. Voir aussi dans un registre différent la nouvelle Strawberry Spring, écrite à la même époque et publiée en 1968, publiée dans NIGHT SHIFT, 1978, trad. fr., BRUME, 1987, Albin Michel éd., sous le titre Le Printemps des baies.

50 Dans le journal du Campus de mai 1969, King écrit: « Peut-être êtes-vous bourré un mardi après-midi. Vous pouvez développer une nette animosité en classe. Vous pouvez laisser tomber. Vous pouvez aussi commencer à regarder la tour de Steven’s Hall et vous demander -juste vous demander- à quel point ce serait agréable d’y grimper et d’abattre quelques personnes. », cité par Beahm, op.cit., p. 56.

51 « Changement important par rapport aux histoires préparatoires qu’il écrivit durant les quatre années précédentes, GIO fut un tournant dans la carrière de K. À partir de ce moment, l’oeuvre de King fait resurgir les peurs communes à tous, dans des histoires gorgées de l’imaginaire américain. Les monstres, découvre K., peuvent se trouver sur Maple Street, et ce qui est le plus effrayant, c’est qu’ils ont l’air tout à fait ordinaires, tout comme l’est Todd Bowden, le monstre humain décrit dans Un Élève doué. », in Beahm, op.cit., p. 49.

52 In ANATOMIE…, op.cit., p. 51.

53 Son copain Chesley raconte que: « Je voyais Steve de temps en temps le week-end, mais il ne me parlait jamais beaucoup des années de lycée. Il était entendu que, quand nous étions ensemble, nous parlions de films, de télé et de livres. », interview citée dans Beahm, op.cit., p. 40.

54 « Quand j’étais au lycée, le Vietnam s’enflammait, et Watts s’enflammait, et Bob Kennedy et Martin Luther King avaient été abattus, et ces petites poupées venaient en classe avec neuf livres de maquillage et les cheveux coiffés à la perfection, et des talons hauts, parce qu’elles cherchaient le mari, le travail et tout ce que leurs mères cherchaient. (…) Grosse affaire! », interview, 1984, citée par Beahm, op.cit., p. 62.

55 Sur cette période, voir les indications données dans l’interview de Burton Hatlen par Lou Van Hille, Steve’s Rag, décembre. 1996, p. 21.

56 In ANATOMIE…, op.cit., p. 16.

57 « À cette époque, les campus étaient en révolte, une révolte totale. (…) Nous rentrions à la maison, et nos parents disaient: « Tu ne vas pas chez le coiffeur? » Et nous répondions: « Non, je pense pas. Tu veux un joint, papa? » .(…) C’était une agitation des jeunes, une révolte des jeunes, une sorte de gerre civile entre parents et enfants. (…) Les parents voyaient ça avec un sentimeznt d’horreur. », interview, 1984, citée dans Beahm, op.cit., p. 62.

58 « King écrivait sur n’importe quoi; vous ne sauriez raconter ce que King pouvait ramasser chaque semaine, comme un camion-poubelle », in Beahm, op.cit., p. 59.

59 In ANATOMIE…, op.cit., p. 187.

60 « C’était un sujet sensible pour King. Il stigmatisait les quelques sujets qui l’écoeuraient et partait contre les critiques des cheveux longs. Pouvez-vous imaginer un pays prétendument basé sur la liberté d’expression racontant aux gens qu’ils ne peuvent pas laisser pousser leurs cheveux ou leur barbe? Depuis quand sommes-nous descendus au point que nous devons porter plus d’attention à ce que les gens paraissent plutôt qu’à ce qu’ils pensent? », in Beahm, op.cit., p. 62.

61 Voir interview de Burton Hatlen par Lou Van Hille, Steve’s Rag, novembre 1996, p. 25.

62 In PAGES NOIRES, op.cit., p. 108.

63 « Les jeunes se sont mis à brûler leur ordre de mobilisation, à fuir vers le Canada ou la Suède, à défiler en brandissant les drapeaux du Vietnam. A Bangor, quand j’allais à la fac, un jeune homme fut arrête et emprisonné pour avoir remplacé la poche-revolver de son jean par un drapeau américain », cité par Beahm, op.cit., p. 198.

64 « Ma femme raconte encore avec délices comment son mari, la première fois qu’il fit son devoir de citoyen, à l’âge encore tendre de vingt et un ans, vota aux élections présidentielles pour Richard Nixon: « Nixon avait dit qu’il avait un plan pour nous sortir du Vietnam », conclut-elle avec d’ordinaire une petite lumière moqueuse dans l’oeil, et Steve l’a cru », in NIGHTMARES AND DREAMSCAPES, 1993, trad. fr. REVES ET CAUCHEMARS, Albin Michel, 1994, introd. p. 10.

65 King annonce sa naissance « au monde réel »dans des dispositions bien changées par rapport à son idéalisme initial:  » Si quelqu’un, en prenant conscience des réalités, a pu dire qu’il allait « changer le monde avec la vigueur et l’oeil brillant de la jeunesse », maintenant ce jeune homme est prêt à tout envoyer promener et de prendre la fuite, comme un homme qui ne se sent plus maintenant l’oeil tellement brillant; en fait, il se sent vieux de deux cents ans », cité par Beahm, op.cit., p. 67.

66 « À la fin de 1972, King avait un manuscrit sous la main à présenter à un éditeur. « Ma considération distinguée », conclut King, « était ce qu’avait écrit le plus grand perdant de tous les temps » », cité par Beahm, op.cit., p. 79.

67 « Peut-être aurais-je été un professeur de lycée moyen et aigri, faisant semblant d’agir selon les règles jusqu’à la retraite, et s’affaiblissant en glissant vers les années crépusculaires. D’un autre côté, j’aurais pu finir dans une tour du Texas, libérant mes démons, avec un puissant fusil à lunette au lieu d’un traitement de textes. Je veux dire, je connais ce type Whitman. Mon écriture m’a sauvé de la tour », in The Playboy Interview, 1983, citée par Beahm, op.cit., p. 55.

68 THE GRAPES OF WRATH, de Steinbeck est un des livres favoris de King étudiant, in Beahm, op.cit., p. 42.

69 « Il n’y avait pas assez d’argent, aussi on leur coupa le téléphone. Pour ajouter à ces malheurs, leur auto de sept ans commença à avoir des pannes – et les factures salées s’accumulèrent. », in Beahm, op.cit., p. 77.

70 « On top of everything else, I was fucking up personnally. I wish I could say today that I bravely shook my fist in the face of adversity and carries on undaunted, but I can’t. I copped out to self-pity and anxiety and started drinking far too much and frittering money away on poker and bumper pool. You know the scene: it’s Friday night and you cash your pay check in the bar and start knocking them down, and before you know what’s happened, you’ve pissed away half the food budget for that week », in The Playboy Interview, 1983, citée par Beahm, op.cit., p. 37.

71 « En plus de tout ça, j’étais personnellement foutu. Je souhaiterai pouvoir dire aujourd’hui que j’ai flanqué mon poing dans la face de l’adversité, que je la supportais sans être ébranlé; mais je ne le peux. Je refoulais mon apitoiement sur moi-même et mon anxiété et je partais au loin boire beaucoup trop et gaspillait mon argent au poker ou aux concours de pronostics. Vous voyez la scène: c’est la nuit de vendredi et vous changez votre chèque de paie au bar et les verres se suivent, et avant d’avoir compris ce qui arrive, vous avez pissé la moitié du budget d’alimentation de la semaine », in The Playboy Interview, 1983, citée par Beahm, op.cit., p. 55. Ces matériaux biographiques apparaîtront dans THE SHINING.

72 « J’ai fini par comprendre que mes survivants auraient probablement tendance à reprendre leurs anciennes querelles, puis leurs anciennes armes », in PAGES NOIRES, op.cit., p. 209. Le lecteur qui voudrait approfondir la question peut se reporter au hors-série n° 3 de Steve’s Rag, KING POLITIQUE, janvier 1997, cette étude en étant l’introduction naturelle.





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