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Steve’s Rag 19 – la Rage & les Ordres

Rose Madder : La Rage et les Ordres (1ère Partie)

(Roland Ernould)


« Ces mythes sont vibrants de vérité, Rosie.
Telle est la raison de leur pouvoir.
C’est pour cela qu’ils perdurent  » (1) .

Quand un créateur produit beaucoup, il est souvent délicat d’apprécier l’œuvre qui surgit tardivement, hors de son temps de création et de la chronologie des autres productions. C’est le cas de Rose Madder, traduit avec un certain retard en France et qu’il est difficile de lire d’un oeil neuf alors que trois autres romans (2) ont été publiés en même temps. Du moins a-t-on la possibilité de rétablir mentalement sa situation chronologique.

L’histoire de Rosie se situe d’abord dans la prolongation de Jessie (3) et Dolores Claiborne (4) : dans un cadre banal et réaliste, l’héroïne principale est une femme, vivant une situation problématique de notre époque et le roman se déroule en partie dans un univers de femmes. Et d’Insomnia (5) , parce que cette femme est battue et que, contrairement à Dolores, elle ne trouve pas en elle-même les ressources mentales qui lui permettront de mettre fin à sa sujétion. Elle aura besoin de l’aide d’une association protectrice. Ces considérations valent pour la première moitié du récit.

La seconde moitié voit l’intrusion brutale du surnaturel -comme dans Insomnia- et se trouve directement en prise avec les forces mystérieuses de The Dark Tower (6) , mais ici dans les perspectives insolites de la mythologie antique.

Les trois romans publiés ensuite n’apporteront aucune progression par rapport à ces perspectives ; on peut seulement noter l’utilisation d’un personnage secondaire et quelques allusions.

Un seul sujet dans ce roman, sorte de narration légendée de la propagation de la violence chez les hommes, comme se propage la rage chez certain animaux. On sait que pour King la violence fait partie de notre nature, et il a maintes fois médité sur les rapports entre le dionysiaque et l’apollinien. La violence fait partie de l’être humain autant que le désir d’harmonie. Le véritable scandale n’est pas la violence congénitale, mais sa manifestation incontrôlée, contraire aux intérêts personnels comme aux intérêts collectifs (7) .

1. UN MONDE ENRAGE.

King poursuit dans ce roman l’exploration de certains dysfonctionnements sociaux commencée dans les oeuvres précédentes qui seront occasionnellement citées. Pays soucieux de maintenir leur réputation de tolérance, de stabilité et de prospérité, les USA, depuis un certain nombre d’années, donnent l’impression de tomber dans le tourbillon de haine et de rejet de l’autre qui atteint maintenant les pays européens.

1.1. La violence parentale (8)

Un des protagonistes du récit est Norman Daniels, flic violent, dont le passé familiale est lourd: son père bat sa mère (page 169), « grosse dondon  » (page 237), acariâtre (page 464), qui quitte le foyer conjugal quand lui a 12 ans (page 228). Son père, qui lui inflige de « sévères corrections », est un agresseur sexuel: « ‘Viens un peu ici, Normie, faut que je te parle. Faut que je te parle entre quat’zyeux’. Des fois, c’était juste une rouste. Des fois, avec un peu de chance et si le vieux était ivre, c’était une main qui se glissait dans son entrejambe » (page 232). La voix et l’image de son père le poursuivent constamment : « La voix de son père, ce roi des peloteurs d’entrejambe (et, lors d’une mémorable partie de chasse, roi des suceurs de pine par la même occasion » (page 402). Il méprise ce « pauvre type de père -puant la sueur, le cheveu gras, tripoteur de couilles et suceur de pines » (page 466), mais reproduit dans son ménage la situation de brutalité qu’il connue enfant.

De cette éducation négative, il est sorti déséquilibré sexuellement -il est plus ou moins impuissant, ou plus exactement n’atteint la puissance qu’avec la violence, les sévices et occasionnellement le meurtre (9) (page 287, 358). Il se montre aussi autoritaire, brutal, d’autant plus qu’il a le gabarit physique adéquat et qu’il est flic. Garçon victime sexuelle du père, comme l’étaient les filles Jessie et Séléna Claiborne: le roman prolonge les dénonciations des abus sexuels familiaux entreprises dans Gerald’s Game et Dolorès Claiborne.

1.2. La violence conjugale.

Les dysfonctionnement de la cellule familiale ainsi mis en évidence se prolongent dans ce roman. Est décrit le calvaire de certaines femmes comme Rosie, qui est battue par son mari, Norman, dont on vient de voir la sombre enfance. Elle est mordue la nuit de noces, hospitalisée pour côte fracturée, sodomisée avec le manche d’une raquette de tennis, a des dents cassées. Elle avorte sous les coups de son époux. Sa vie est effroyable. Son mari régit ses sorties, son emploi du temps, ses lectures. Elle accepte tout, se bornant à développer des techniques de survie. Elle pense bien de temps à autre: « Si j’avais un couteau, je serais capable de le frapper (…), idée qu’une fois de plus elle ne s’autorise pas à écouter, encore moins à approfondit » (page 18). Sa résignation lui vient en partie de sa nature plutôt passive: une partie d’elle même est craintive (10) et matée (page 30), l’autre doute d’elle-même. Il y a aussi la peur du voisinage.

Elle s’évade de cette vie misérable et sans perspectives en passant quelques instants à se balancer dans un rocking-chair, où elle fait le vide mental (11) , ou à se purifier par d’innombrables douches. Elle finira par quitter le domicile conjugale, répétition du scénario que son mari Norman avait vécu enfant.

1. 3. Des flics violents.

La violence est toujours l’indice d’une désadaptation et elle conduit nécessairement à l’affirmation de soi ou du groupe dans la négation des autres. Norman, désadapté, trouvera dans la police le clan qui le protégera et utilisera la violence à son profit, bien qu’il prote une bague avec l’inscription: Service, Loyauté, Communauté… Norman est « un chef de meute » (page 137). Lui et ses coéquipiers font froid dans le dos et on est bien lion des shérifs humains et compréhensifs de Castle Rock.

« Les flics sont frères. Voilà ce que Norman n’avait cesser de lui répéter. La police est une grande famille et les flics sont tous frères. Rosie ignorait dans quelle mesure cela était vrai, comme elle ignorait jusqu’où ils étaient capables d’aller pour se tenir les coudes, voire de se couvrir mutuellement, mais elle savait que les collègues que Norman lui amenait de temps en temps à la maison lui ressemblaient d’inquiétante façon » (page 251). La bande: un « un profiteur sournois », un autre vicieux, un troisième violeur. C’est vrai que ces flics ne sont pas les meilleurs et on ne s’étonne pas que Norman ait reçu un blâme de sa direction lors d’une triste affaire de viol. Mais enfin, de tels flics existent (12) .

La femme de Norman connaît bien les flics avec lesquels travaille son mari: « Je sais ce que sont leurs conversations, et je sais quelle opinion ils ont du reste du monde. C’est d’ailleurs comme ça qu’ils le voient: comme le reste du monde. Même les meilleurs d’entre eux. » (page 253). « Cigarettes au bec », ils échangent autour d’une bière des « histoires de nègres, de basanés, de bouffeur de tacos » (page 293). Machistes, racistes, indifféremment antisémites (page 228) ou contre les noirs: « Avec les nègres, un boulot n’est jamais fait ou à faire, comme le lui avait appris son père(…). Les noirs ne savent pas ce que c’est que le boulot » (page 116). Norman constate « à quel point les pékins sont de piètres observateurs, d’une stupéfiante nullité même » (page 239). Il combine et connaît « des tas de gens » qui peuvent lui rendre des services de tout genre (page 249).

Son univers de flic a complètement déboussolé Norman et l’a durci dans un monde de « macs, putes, ramasseurs de mégots et mendiants que repérer son oeil de flic ». Il doit résister à l’envie de shooter dans les « têtes hideuses infestées de parasites » des clodos qu’il a en horreur, des « crottes de chien avec des jambes » (page 152).

La première réaction des services de la police quand Norman a des difficultés lion de son poste avec d’autres policiers, c’est de se faire « tirer l’oreille pour (…) faxer les renseignements médicaux sur Daniels -même ses empreintes. On a déjà affaire aux avocats de la police. Des fouilles-merdes!

-Ils le protégent, dit Rosie. Je savais qu’il le feraient » (page 436).

On ne s’étonnera donc pas de « l’Evangile selon Norman: ‘Au fond de soi, tout le monde est une ordure' » (page 179).

1. 4. Une société impitoyable.

Quand Rosie franchit la porte du domicile où son mari la battait, elle quitte -croit-elle- la violence. mais de l’autre côté de la porte, un autre type de violence la rattrapera: la violence collective. La porte la séparait « séparait de toute cette confusion et toute cette folie » (page 44). Aux gares routières, de pitoyables humains agités, « avec valises ou cartons maintenus par des ficelles » (page 55) ou désœuvrés, occupés autour des « batteries de jeux vidéo » dans un cadre sordide avec ses inscriptions sur les murs: « Sucez ma pine pourrie par le Sida » (page 56). Et sa population à la Goya: « Un homme affligé d’un sac adipeux ridé et agité de pulsations sur le côté du cou passa à côté d’elle, tête baissée, tirant derrière lui un sac marin par le cordon » (page 44). Un mendiant tenant « un bout de carton sur lequel on lisait: JE SUIS SDF ET J’AI LE SIDA. AIDEZ-MOI S’IL VOUS PLAÎT ». Les sans-abris, avec leurs sacs-poubelles réparés à coup d’adhésif et dormant dans la gare.

Les pires produits et ferments de cette société fragilisée par la concurrence économique, l’égoïsme et la perte des repères moraux et sociaux.

1. 5. La violence dans la rue.

Que dire de plus que King des rues de certains quartiers? « Nombre d’entre elles avaient quelque chose de miteux, de désespéré dans leur présentation » (page 97). Dans un sex-shop on « découvrait un stupéfiant assortiment d’objets-godemichés, menottes, sous-vêtements arachnéens -disposés sur fond de velours noir (…), exposés au vu et au su de tous » (page 98).

Et dans ces zones plus ou moins naufragées du fait de la déliquescence des politiques urbaines, avec leurs immeubles et leurs bars crasseux, Rosie rencontre, en plus de l’agression visuelle, l’agression directe des hommes draguant: « Hé, poulette, dit-il quand elle passa à sa hauteur (…), tu veux pas que j’te la mette, t’as pas l’air trop moche » (page 63).

Sans compter l’agressivité des gens auxquels elle demande le chemin pour arriver à une association s’occupant de femmes battues: « La femme fit brusquement demi-tour. Elle avait la tête baissée et arborait l’expression d’une personne qui avait dû souvent essuyer des moqueries sur son embonpoint. ‘Qu’est ce que vous voulez? (…). Z’avez pas demandé à la bonne maison, ma fille. J’veux rien savoir de ces bouffeuses de gazon. Barrez-vous, du balai!' » (page 64).

Ou cette autre: « ‘Dégage’, rétorqua la femme en enceinte avec une expression si courroucée sur le visage que Rosie battit en retraite de deux pas.

-‘Je suis désolée’, dit-elle.

-‘Désolée mon cul. Qui t’a dit de me parler, voilà ce que je voudrais savoir! Tire-toi de là' » (page 66).

Enfin cet autre , grand-père, et portant « un t-shirt sur lequel on lisait LE PAPY LE PLUS GENIAL AU MONDE », qui, se trouvant dans une file d’attente où une querelle risque d’éclater, « brandit brusquement un camescope et se mit à filmer la scène, peut-être avec l’espoir que la dispute se terminerait en bagarre et qu’il pourrait vendre la copie à une chaîne de télé » (page 378).

Monde d’individus séparés, atomisés, pour lesquels l’agression se banalise en même temps que se distend le lien social.

1. 6. Les justes.

King ne charge cependant pas de noirceur tout le tableau. Il y reste d’importante zones de clarté: des flics qui font leur travail (page 436), des gens qui viennent en aide et fournissent les renseignements désirés. Il y a aussi ceux heureusement nombreux qui, touchés par la violence, ne veulent pas sombrer et y parviennent. La deuxième partie du roman est d’ailleurs intitulée: La bonté des étrangers.

La maison des Filles et Sœurs, équivalent de High Ridge, la maison de convalescence des femmes battues d’Insomnia, est un de ces lieux de paix et régénération. Elle est dirigée, dans un total bénévolat, par une femme remarquable qui nous réconcilie heureusement avec nos semblables. On y enseigne l’auto-défense. Et en se référent au cas de Rosie, que sa mère à inciter à se contrôler et s’effacer, et qui, trop docile, a subi les tourments infligés par son mari, le lecteur peut se faire incidemment la réflexion que c’est une erreur d’enseigner la non-violence. Qu’il faut au contraire enseigner que si la violence appelle la violence, dans un terrible pouvoir d’anéantissement négatif, c’est seulement une violence légitime qui permettra de lutter contre les formes négatives de la violence.

C’est dans ce monde de violence et de folie que le destin de Rosie va s’accomplir. Dans ce monde et dans un autre, où règnent d’autres formes de violence et de folie.

2. UN AUTRE MONDE MYTHIQUE.

Ce roman constitue la deuxième tentative, après l’utilisation des Moires (13) dans Insomnia, pour tirer partie du fond de croyances mythologiques de l’Antiquité (14) . Il devient de plus en plus difficile de comprendre King sans une bonne culture classique…

2. 1. La porte entre les deux mondes: le tableau.

Ce tableau à l’huile qui est dans sa boutique de brocanteur, Bill ne l’avait jamais vu: « Ca doit être un truc que mon père a récupéré quelque part. C’est lui, l’amateur d’art de la famille » (page 108). Quelconque, sans valeur picturale, avec des défauts de perspective, il représente les ruines d’un temple grec sous un ciel d’orage. Une femme de dos en chiton garance et avec un bracelet regarde les ruines. Pas de signature. Derrière le tableau, l’inscription Rose Madder (15) . Rosie achète le tableau et l’installe dans son studio.

Elle constate que le tableau se modifie dans le temps et elle entend des bruits en correspondance avec le tableau. Une nuit, elle se lève, constate que le tableau occupe tout le mur et elle entre dans le tableau -et dans un autre monde, où on ne reconnaît « aucune des constellations que formaient les nombreuses étoiles » (page 477). Le temple paraît bizarre, avec des perspectives déformées, « la sensation dérangeante, étrange » d’une construction « appartenant à un espace non-euclidien où toutes les lois de la géométrie auraient été différentes » (page 305).

Le temps n’est pas synchrone, « le temps est détraqué » (page 413), et les quelques minutes qui, dans l’un, séparent une blessure par balle de l’arrivée de la police durent au moins une heure et permettent de multiples activités dans l’autre. Le temps météorologique n’est pas non plus le même: nuit dans l’un, par exemple, et jour orageux dans l’autre.

Pendant le récit, le tableau reflétera fidèlement les diverses modifications des deux mondes. A noter que si le poney Rhadamante (16) a pu passer sa tête de l’un à l’autre monde (page 267), ni Rose Madder ni sa suivante n’essaieront de le faire.

2. 2. Le labyrinthe et le taureau.

Le labyrinthe se trouve sous terre, au bout d’une longue volée de marches. Constitué de murs de pierre phosphorescents d’une lumière verte: « Cette lumière ne doit pas être bonne (…), il doit s’agir d’un genre de radiations » (page 296). Au centre du labyrinthe, une salle carrée, sans « aucun plafond, seulement des ténèbres caverneuses qui lui firent tourner la tête » (page 295).

Il est donné pour mission à Rosie d’aller chercher un nourrisson dans cette salle, au risque d’affronter un taureau, emprunt évident à la mythologie grecque. « Rosie n’arrivait que trop bien à imaginer le taureau, un énorme animal hirsute, avec une encolure épaisse surplombant sa tête baissée. Il devait avoir un anneau dans le nez, comme le Minotaure (17) du livre de mythes de son enfance » (page 294). En fait, il n’en a pas. C’est une bête énorme, qui n’a qu’un oeil (18) aveugle, « une énorme chose d’un bleu laiteux, monstrueux, au-dessus de son museau » (page 297).

Ce taureau est un gardien, adversaire de Rose Madder et de sa suivante Dorcas: « Le taureau nous sentirait et arriverait en courant (…). Il pourrait bien nous tuer toutes les deux » (page 273). Ce qui signifie, dans le cas présent, que le taureau est chargé d’empêcher l’enlèvement de la petite fille par Rose Madder: « Quelque chose lui disait que le taureau était chargé de monter la garde autour du bébé -voire de garder ce qui se trouverait au centre du labyrinthe, quoi que ce fût’ (page 297).

Le taureau est carnivore et attiré par le sang (19) : Rosie le leurre en lui jetant une pierre ensanglantée, stratagème suggéré par Dorcas (20) .

2. 3. Le temple du taureau.

Il présente un aspect « étrangement chrétien » (page 280) et ressemble à l’église méthodiste que Rosie fréquentait avant son mariage avec Norman. Il y règne une odeur de pourriture, « et peut-être d’autres sécrétions, aussi. L’idée de sperme lui vint à l’esprit. Et de sang » (page 281). Des livres noirs se trouvent sur les bancs, à l’odeur de putréfaction. Quand elle en ouvre un: « L’image, en haut de la page, était un dessin grossier qui n’avait certainement jamais figuré dans aucun livre d’hymnes destiné à la jeunesse: on y voyait une femme à genoux, faisant une fellation à un homme dont les jambes se terminaient non par des pieds, mais des sabots (21)  » (page 281). Les livres vivent.

Dans ce temple, il y a une nouvelle porte, « étroite, ouverte, par où filtrait un rayon de lumière blanche, immaculée, de forme oblongue » (page 282).

A noter qu’on se demande pourquoi Rosie doit traverser ce temple, puisqu’elle le contournera lors de sa seconde visite (22) : mais si le temple n’a qu’un caractère anecdotique, sorte de complément gratuit au récit (23) , il contient aussi une des diverses notations d’inspiration chrétienne, et l’unique allusion du récit -très brève- à une possible accession à un monde de la lumière en refusant les tentations contraires.

2. 4. Le jardin du Taureau, le ruisseau et l’arbre.

« Cataclysmement mort » (page 283), le jardin est traversé par un ruisseau qu’on ne peut franchir que sur quatre pierres blanches « comme des carapaces de tortues javellisées » (page 284). L’eau de ce ruisseau donne l’oubli (24) : « Mouille seulement un orteil dedans et tu oublieras tout ce que tu sais, jusqu’à ton propre nom » (page 276).

Dans les écorces des arbres morts, « on devinait des visages (…). Ces visages, eux, étaient réels. Et ils hurlaient. Des visages de femmes, semblait-il à Rosie, pour la plupart » (page 287) (25) . On n’y retrouve aussi la racine tentaculaire (26) .

Au milieu de la clairière ronde se trouve, à côté d’un arbre mort, « le plus bel arbre que Rosie est jamais vu » (page 288), dont elle ramasse les graines: « Élève assidue au cours de catéchisme de l’Église méthodiste, à Aubreyville, elle pensa tout de suite à l’histoire d’Adam et Ève dans le jardin d’Eden, se disant que, s’il s’y était réellement trouvé un arbre du Bien et du Mal en son centre, il aurait eu exactement cet aspect » (page 288). Et détail dont on fera ultérieurement remarquer l’importance, c’est au pied de cet arbre que sera tué Norman (page 490).

En dehors de la végétation, il n’y a rien de vivant dans ce monde (27), excepté des grillons baladeurs, les chauves souris qui se trouvent dans le temple et les vautours dans le jardin. Et rien apparemment pour nourrir le taureau, qui laisse cependant partout dans le labyrinthe le produit de ses digestions… Enfin il semble que dans ce monde, on ne mange pas, mais on mord: évident bien sûr pour Norman lors de sa mort, moins avec le poney Rhadamante qui ne broute pas son herbe, mais la mord (28) …

Restent deux objets cosmiques qui ne font pas partie du patrimoine mythologique grec: le bracelet de Rose Madder et le masque de Ferdinand le taureau. Il en sera question plus lion.

Les grincheux pourront considérer avec dérision cet univers de pacotille, ce décor de théâtre. En fait, King réussira à tirer un bon parti de cet ensemble disparate. Il parviendra notamment à ne pas tomber dans la gratuité de descriptions non pertinentes grâce à des transpositions d’objets, changeant de forme avec l’imaginaire des protagonistes humains, et à des allusions, notamment à caractère sexuel, d’incidents qui avaient jalonné l’itinéraire de Rosie et qui rapproche ce monde du nôtre. Un jeu de flashes brutaux et d’échos fantomatiques de la violence de nôtre époque. Le pari est réussi. Ce monde est encore pire que le nôtre: il n’y est question que de garder, prendre ou tuer. Les autres composantes humaines ne s’y trouvent nulle part. Il est difficile, en partant d’un tableau antique pittoresque à la Poussin, de trouver d’avantage de noirceur derrière des apparences bucoliques.

3. LE DOUBLE: ROSE MADDER.

3. 1. La femme au chiton.

L’élément commun entre notre monde et ce monde antique est la femme au chiton garance du tableau. Sa suivante, Dorcas, a informé Rosie qu’elle devait la traiter avec précaution. De plus, ne pas la regarder en face (29) et ne pas la toucher: « Elle ne vous veut pas de mal, mais elle ne se contrôle pas très bien » (page 271).

Rose (30) Madder est un être étrange, dont l’âme échappe au temps. La suivante raconte: « ‘Ecoute. Je suis née dans l’esclavage, j’ai été élevée dans les chaînes et j’ai dû acheter ma liberté à une femme qui n’est pas tout à fait une déesse (…). Elle a bu des eaux de jouvence et m’en a fait boire aussi. Maintenant, nous continuons nôtre chemin ensemble, mais je ne sais pas pour elle, mais pour moi il m’arrive parfois de me regarder dans un miroir et de souhaiter voir apparaître quelques rides' » (page 307). Et plus loin, à une question de Rosie: « Elle est la reine de tout ce qu’elle veut, répondit Dorcas, et vous avez intérêt à vous en souvenir » (page 506).

Rose Madder parle d’une voix robotique, grave et « suavement rauque » qui sonne faux: « C’était comme si la voix cherchait à prendre forme humaine. S’efforçant de se rappeler comment être humain » (page 269). Elle a des tâches sur sa peau, sorte de lèpre qui se développe. En la quittant lors de son premier passage, Rosie s’aperçoit qu’un « magma verdâtre poussait comme de la mousse entre les doigts de la femme. Ou comme des écailles » (page 308). A son second passage, Rosie peut lui regarder le visage: « Lorsque Rose Madder écartait les lèvres, elle révélait un trou qui n’avait plus rien à voir, même de loin, avec une bouche humaine. C’étaient les mandibules d’une araignée » (page 508).

C’est Norman -et pour cause- qui la verra le mieux. Sur le visage de Rose Madder réapparaissent les divers aspects qu’elle a antérieurement empruntés: déesse, Rosie, etc. « Comme des nénuphars sur un étang dangereux, ces différents aspects flottent sur le visage qu’elle tourne vers lui -puis ils se dissipent, et Norman voit ce qu’il y a en dessous. Une tête d’araignée, grimaçante d’avidité, débordant d’une intelligence prise de folie. La bouche s’ouvre sur de répugnantes ténèbres, dans lesquelles se tordent des vrilles soyeuses (…). Ses yeux sont de grands oeufs ensanglantés couleur garance qui pulsent comme une boue vivante dans leurs orbites (…). De nouveaux membres commencent à se frayer un chemin à travers les emmanchures du chiton (…). Il y a des griffes à l’extrémité des non-membres noirs, hérissés de crins » (page 496).

Si Rosie, qui aimait lire les romans de Sheldon, avait lu aussi Stephen King, elle aurait reconnu l’araignée de It, ou l’un de ses avatars (31) dans un autre monde…

3. 2. Rosie et Rose Madder: le Ka.

A sa première rencontre, Rosie s’est aperçue que Rose Madder portait au bras droit une cicatrice identique à la sienne: « Rosie tendit son propre bras. C’était le gauche et non pas le droit, mais la cicatrice était identique (…). La femme sur la colline était son image en miroir » (page 271).

Vous êtes moi, demande Rosie? Non, répond Rose Madder, « la vraie Rosie, c’est toi ». Elle ajoute: « Ce que tu feras pour moi, je le ferais pour toi. Et c’est pour cette raison que nous avons été réunies. Tel est nôtre équilibre. Tel est le Ka. » (page 271). Ka qui relie deux femmes de mondes différents, de conditions différentes et dont les habitants ne sont pas les mêmes: « Vos semblables », dit la suivante (page 269). Ou encore: « Vous pouvez la reluquer à poil dans vôtre monde jusqu’a ce que les yeux vous sortent de la tête, mais pas dans le mien » (page 473).

Le service demandé à Rosie est d’aller chercher un bébé de Rose Madder qui se trouve dans le labyrinthe gardé par le taureau. Rosie ramène la petite fille. D’où vient cet enfant? Mystère. Qui est cet enfant? La fille de Rose Madder, semble-t-il: « Sa folie, dit la suivante, ne concerne pas le bébé. Bien qu’elle l’ait portée, elle sait que ce n’est pas elle qui devra garder l’enfant, pas plus que toi (…). C’est moi qui m’en occuperait la plupart du temps; jusqu’à la fin du voyage. Il n’y en aura plus pour longtemps, et elle rendra alors le bébé à… peu importe. Ce bébé est à elle pour encore une courte période » (pages 307/8).

Lors de son retour, Rose Madder demande à Rosie de se souvenir de sa formule: « Je paie mes dettes » (page 309), d’un ton « sonore, brutal, meurtrier » (page 311).

Des obscurités importantes subsistent. Madder est plus vieille que sa suivante -à supposer que le temps s’écoule régulièrement dans leur monde. Rose Madder, pourtant avare de confidences personnelles, dit elle-même à une question posée: « Je suis trop âgée et malade pour m’intéresser à ces questions. La philosophie est le domaine des bien portants » (page 509).

Sur le bébé, nous ne saurons rien de plus (32) .

3. 3. Rose Madder et les hommes.

« Les hommes sont des bêtes, reprit Rose Madder sur le ton de la conversation. On peut en adoucir certain, puis les dresser. D’autres pas. Quand on tombe sur un homme que l’on ne peut ni adoucir ni dresser -un sauvage- , devons-nous nous croire maudites ou trahies? Devons-nous nous asseoir dans un fauteuil à bascule à côté du lit, par exemple -pour gémir sur nôtre sort? Devons-nous nous mettre en colère contre le Ka? Non, car le Ka est la roue qui fait tourner le monde, et l’homme qui se met en colère contre lui serait écrasé sous elle. Mais il faut régler le compte aux bêtes sauvages. Et nous atteler à cette tâche le cœur vaillant, car la bête suivante peut toujours être différente » (pages 309/10). La bête suivante: Rose Madder serait-elle une sorte de spécialiste cosmique de l’exécution des hommes enragés? Ce qui confirmerait le propos de la suivante, affirmant que Norman à la poursuite de Rosie va nécessairement passer par le temple. Comment le sais-tu? demande Rosie. « Parce qu’ils le font tous », répond la servante (page 475). Il semble donc y avoir non seulement un décor de théâtre antique, mais encore un spectacle au scénario répétitif avec des acteurs à chaque fois différents.

Cependant si Rose Madder évalue les hommes comme du bétail dangereux, les choses ne sont pas tout à fait claires. Rosie a effectué son second passage avec Bill: « Tu dois partir, maintenant, retourner dans le monde de la vraie Rosie, avec cette bête. Un e bonne bête à ce que je vois », dit Rose Madder. Bill la remercie de les avoir aidés. « Il n’y a pas de quoi, répondit Rose Madder d’un ton composé. En échange de cette dette, traitez la bien (…).

_ Oui, je la traiterais bien. J’ai une idée assez précise de ce qui arrive aux gens qui ne le font pas. Plus précise encore que je ne le voudrais, peut-être.

_ Il est tellement mignon, dit Rose Madder songeuse; puis son ton changea, devint angoissé, presque distrait. Prends-le tant que tu le peux, Rosie la vrai! Tant que tu le peux!

_ Partez! s’écria Dorcas. Fichez-moi le camp tout de suite tous les deux! » (page 510).

Ce dialogue ouvre des perspectives. Quand elle évalue Bill (« Une bonne bête à ce que je vois »), un autre élément apparaît: « Une pointe de quelque chose -Rosie ne s’autorisa pas à penser qu’il s’agissait de concupiscence- s’était glissé dans la voix de Rose Madder. ‘Bons jarrets, flancs solides… (un silence), reins vigoureux' » (page 507). Ajouté au « Il est tellement mignon », ce propos est insignifiant (33) . Rose Madder serait-elle fondamentalement une dévoreuse d’hommes violents, mais -devenue folle- serait-elle éventuellement aussi une mante religieuse croqueuse d’hommes ordinaires, dont elle a pourtant elle-même reconnue la qualité? Quelles sont les limites de son pouvoir? Pas seulement celui d’un bourreau fou chargé d’éliminer des coupables fous, mais aussi un pouvoir maléfique par le plaisir qui y est pris à tuer? Pourrait-elle aller jusqu’à la transgression, mettre à mort un innocent, si la suivante n’y mettait bon ordre? D’où vient la férocité particulière de Rose Madder? Et surtout, qui a mis en scène ce spectacle de mort?

3. 4. Que fait Dorcas?

La suivante noire joue un rôle très particulier, analogue à celui du chœur des tragédies grecques. Elle connaît parfaitement le rituel (« Ils le font tous ») et veille au bon déroulement du cérémonial. Elle est vigilante, rigoureuse mais bienveillante: elle conseille Rosie et cherche à faire en sorte qu’elle s’en tire mieux. Elle n’a pas confiance en Rose Madder, qu’elle essaye de contrôler.

Elle est une femme d’expérience. Quand elle se plaignait de ne pas vieillir, elle avait ajouté: « J’ai enterré mes enfants et les enfants de mes enfants et ainsi de suite jusqu’à la cinquième génération. J’ai vu les guerres aller et venir comme des vagues sur une plage qui effacent les empreintes de pas et renversent les châteaux de sable. J’ai vu des gens brûler sur des bûchers, des têtes fichées par centaines le long des rues de Lud, j’ai vu des princes sages assassinés pour être remplacés par des fous, et je vis toujoursI43 (page 307). L’allusion à l’univers de The Dark Tower semble indiquer qu’elle est aussi d’une autre époque, postérieure à la nôtre (34) . Elle connaît même l’avenir immédiat de Rose Madder, dont celle-ci ne semble pas informée. Peut-être à cause de sa folie?

Serait-elle une sorte de contrôleuse utilisée par la puissance suprême, qui utiliserait dans ce cas Rose Madder (et par là-même l’Araignée ou un de ses avatars), pour exécuter les sanctions prévues dans le rituel obligé? Elle est marquée: « Elle tendit le bras, et Rosie vit une tâche rose qui pulsait sur sa peau -sous sa peau- entre le poignet et l’avant-bras. Elle avait une tâche identique au creux de la main (…). ‘Ce sont les deux seules que j’ai, au moins pour le moment’, dit la femme » (pages 272/3). Est-elle destinée à remplacer Rose Madder?

4. LES HUMAINS MANIPULES.

4. 1. Comme si c’était la tableau qui l’avait vue.

Rosie, 32 ans, a vécu un enfer conjugal de quatorze années: son mari, Norman, devient de plus en plus déséquilibré et il la martyrise. Depuis son mariage à 18 ans, rien ne lui a été épargné, comme on l’a vu au § 1. Brusquement, elle quitte le domicile conjugal et s’en va à l’aventure.

Sa liberté retrouvée, Rosie est sur son nuage: « C’était également merveilleux de savoir ce qui aller se passer après et de sentir sûre qu’il n’allait pas arriver quelque chose d’inattendu qui la ferait souffrir » (page 90).

Est-elle partie sur un coup de tête? On pourrait le croire. Il n’en est rien. Rosie est distinguée depuis l’enfance, pour un destin particulier. « Peu à peu, l’univers se réduit à celui des rêves dans lequel elle vit, rêves comme ceux qu’elle faisait, petite fille, et dans lesquels elle courait, courait dans une forêt dépourvue de sentier ou dans un labyrinthe crépusculaire, avec derrière elle le bruit des sabots d’un grand animal, d’une créature démente et redoutable qui ne cesse de se rapprocher » (page 21).

Dans l’autobus qui l’emmène elle ne sait où, elle rêve à nouveau: « Elle n’était plus dans le corridor gris, mais dans un espace dégagé et sombre. Son nez -toute sa tête- était plein d’odeur estivales tellement prenantes qu’elle en était submergée (…). Elle entendait les grillons et, lorsqu’elle leva les yeux, elle vit la face d’os poli de la lune, courant très haut dans le ciel » (pages 49/50). Toutes sensations qu’elle trouvera lors de son passage dans l’autre monde. Toujours en rêve, elle voit Norman tenant « à la main une sorte de masque souillé de sang et de débris grumeleux de viande » (page 135). Ces rêves sont évidemment prémonitoires, des éléments du scénario dans lequel elle se trouvera ultérieurement plongée.

Quand elle achète, sur une sorte de coup de foudre, le tableau, porte des mondes, tout se passe en fait « comme si c’était le tableau qui l’avait vue » (page 105).

4. 2. La force surnaturelle qui était en elle.

Le tableau va occuper une place de plus en plus grande dans son existence. Il l’interpelle « d’une voix silencieuse » (page 165). Quand elle rencontre des problèmes, c’est la femme du tableau qui la rassure et la calme: « La femme du tableau n’aurait pas peur, la femme au chiton rose garance ne craindrait pas quelque chose d’aussi simple » (page 157) ou: « Pense à la femme de la colline (…). Pense à la manière dont elle se tient, sans avoir peur de ce qui pourrait venir dans son dos. Elle n’a pas la moindre arme sur elle, mais elle n’a pas peur » (35) (page 159). Elle cherche à ressembler à la femme du tableau, se fait teindre les cheveux en blond, les tresse.

Quand elle passe dans l’autre monde, ses actions sont régies par une avalanche d’instructions et d’interdits, codifiés dans le moindre détails. Il n’est pas répondu aux demandes d’explications: « Ca sert à rien de perdre son temps aux questions. En particulier les questions d’hommes. » (page 273). Ces instructions, par leur diversité et leur manque de lien apparent, font penser à l’invraisemblable compilation du Code Deutéronomique: « Va dans le temple! Traverse-le et ne t’arrête sous aucun prétexte! N’y ramasse rien (…). Franchis la porte de l’autre côté de l’autel (…). Il y a un ruisseau! Il ne faut pas boire de son eau, même si tu meurs de soif! », etc. (page 276).

Quand Rosie, à son second passage, demande pourquoi elle « doit faire ça », Dorcas lui répond: « Parce que c’est comme ça qu’elle veut que les choses se déroulent, et que ce qu’elle veut, elle l’obtient » (page 473). Même quand il y a une initiative à prendre (ramassage des graines: « Si je savais pour quelle raison je dois les prendre » (page 290)), les choses sont ainsi faites que tout se combine parfaitement: Rosie, sans le savoir, ramasse exactement le nombre de graines déterminé pour l’usage pour lequel elle étaient prévues, et s’il en reste trois, c’est qu’elles sont destinées à un autre usage (page 320), sur lequel on reviendra.

(suite de cet essai dans le prochain numéro du Steve’s Rag…)


1 ROSE MADDER 1995, éd. fr. ROSE MADDER 1997, page 492.

2 THE GREEN MILE 1996, éd. fr. LA LIGNE VERTE, librio 1996; DESPERATION 1996, éd. fr. DESOLATION, Albin Michel 1996; THE REGULATORS 1996, Richard Bachman, éd. fr. LES REGULATEURS, Albin Michel 1996.

3 GERALD’S GAME 1996, éd. fr. JESSIE Albin Michel 1993.

4 DOLORES CLAIBORNE 1993, éd. fr. DOLORES CLAIBORNE Albin Michel 1993.

5 INSOMNIA 1994,éd. fr. INSOMNIE, Albin Michel 1995.

6 Voir l’étude de Lou Van Hille LA TOUR SOMBRE: En Attendant WIZARD AND GLASS, Steve’s Rag, hors-série n°4, avril 1997.

7 King n’a cessé de reprendre cette distinction dans ses diverses préfaces ou notes depuis son essai DANSE MACABRE, 1981, où il l’avait explicitée. Ces adjectifs sont aussi plusieurs fois utilisés dans ses romans. Rappelons que ces distinctions ont été faites par Ruth Fulton BENEDICT († 1948), dans PATTERNS OF CULTURE, Boston, 1934, tr. fr. ECHANTILLONS DE CIVILISATIONS, Gallimard 1950. Les hommes ou sociétés apolliniens tendent vers la recherche d’un bonheur équilibré et raisonnablement régulé (Apollon est le dieu du soleil, de la beaut é et de l’harmonie). Les dyonisiaques (Dyonisos représente l’instinct et la violence) sont axés sur la compétition et tendent à promouvoir une personnalité agressive. Voir aussi mon étude RAGE, REVOLTE, DESESPOIR, Steve’s Rag n°16, octobre 97, page 10.

8 King a des pulsions colériques violentes et il s’en méfie. Un exemple: « Quand j’ai écrit THE SHINING, j’étais un jeune parent. J’avais deux enfants de quatre et deux ans. ». Il fait allusion au père idéalisé des comédies américaines: « Tout était amusant, tout était gaieté, tout était brillant. Le père n’avait jamais la gueule de bois. Le père n’aurait jamais dit à ses gosses: ‘Si vous ne la fermer pas, je vous enfonce le crâne!’. Le père n’aurait jamais pensé: ‘Si ma femme ne me laisse pas tranquille, je jure devant dieu que j’attrape cette machine à écrire et que je lui aplatis la tête avec!’. C’était choquant pour moi. Ca n’aurait pas dû… Il y a une part de nous qui est horrible, il y a des jours où les gens ne se sentent pas humains, où ils sont de mauvaise humeur, où ils sont fatigués. Nous, des êtres humains après tout! Mais être aux prises avec ces émotions négatives, pour moi, était un choc; découvrir que je pouvais ressentir de la colère envers mes enfants, à tel point que parfois je souhaitais qu’ils ne soient pas là pour faire ce que je voulais faire tout de suite au lieu de le reporter. J’ai mis beaucoup de ces peurs et de la triste découverte de ces sentiments dans ce livre », extrait de l’interview de Martin Coenen, in KING, Les Dossiers Phénix 2, éd. Lefrancq, Bruxelles 1995, page 48.

9 Son comportement est proche de celui de Todd Bowden, dans APT PUPIL, la novella de DIFFERENT SEASONS 1982, éd. fr. DIFFERENTES SAISONS, Aldin Michel 1986.

10 Processus déjà bien amorcé dans son enfance: « Elle courut comme lorsqu’elle était petite fille » avant que sa mère lui eût enseigné « ce qu’il était bienséant ou non de faire pour une dame (courir, en particulier lorsqu’on a des seins qui ballotaient devant soi ne l’était absolument pas) » (page 487). Ces éducations restrictives contraignantes ont été souvent dénoncées par King.

11 Comme le fera plus tard dans THE REGULATORS la tante de Seth martyrisée par Tak: il faut incidemment noter que cette évasion mentale récupératrice se fait sur une colline dans un monde parallèle, et que la filiation est évidente avec la femme au chiton sur la colline du tableau.

12 Il y en a, heureusement, d’autres qui sont positifs. Mais on éprouve quand même l’impression que Steve charge les autorités ces dernières années. Le shérif du comté où se passe l’action de THE GREEN MILE est un ivrogne, « mort d’une crise cardiaque, vraisemblalement en sautant une beauté noire de 17 printemps, lui qui ne sortait plus sans sa femme et ses six enfants à l’approche des élections » parce qu’il « fallait avant tout poser en respectable père de famille » (1.44). De même dans THE REGULATORS, Collie Entragian est un flic radié pour usage de drogues et on le craint dans le quartier (page 30). Sans s’étendre sur le surprenant flic du même nom qui est possédé par l’entité Tak dans DESPERATION.

13 Ou Parques, pour les Latins et mot utilisé par King, qui garde cependant les noms grecs des 3 Moires. Les Moires incarnaient une loi que même les dieux ne pouvaient transgresser sans mettre l’ordre du monde en péril. Les Moires appartiennent à plusieurs croyances méditerranéennes, scandinaves ou germaniques: par exemple, les Nornes, déesses du destin, interviennent dans L’ANNEAU DU NIBELUNG, l’opéra mythique de Wagner.

14 Il avait fait intervenir précédemment Pan dans une nouvelle, THE LAWNMOWER MAN, LA PASTORALE, in NIGHT SHIFT 1978, éd. fr. DANSE MACABRE, lattès 1980.

15 La femme au chiton se présentera ultérieurement sous ce nom.

16 Rhadamante, fils de Zeus, était renommé pour sa sagesse et sa justice. On lui attribuait l’organisation du code crétois, qui a servi de modèle au cités grecques. C’est pour cette raison qu’il avait été désigné comme l’un des trois juges des Enfers, avec Minos et Eaque. D’une certaine manière, le poney dont il n’y a pas « à s’inquiéter » (page 269) paraît être spectateur (juge?) lointain de la tragédie.

17 Les souvenirs de Rosie -ou de King- paraissent imprécis: il n’y a jamais eu de taureau dans le labyrinthe, mais le Minotaure, à tête de taureau sur un corps humain, comme Norman. Minos, fils de Jupiter, est devenu roi de Crète en s’imposant contre ses rivaux grâce à un signe divin, manifestation de son bon droit. Poséidon lui envoya un taureau blanc, symbole de Zeus. C’est de ce taureau que s’éprit Pasiphaé, l’épouse de Minos. Elle fit confectionner par l’ingénieur Dédale une génisse en bois et le taureau s’y laissa prendre. Naquit le Minotaure, que Minos, honteux et effrayé par le monstre, fit enfermer dans un immense palais labyrinthique construit par le toujours dévoué Dédale. Le monstre recevait régulièrement un tribut de jeunes gens et de jeunes filles pour sa pâture. Dans tout le Proche-Orient, le taureau était adoré comme un emblème de fertilité et de force (il est très probable que le Veau d’Or adoré par les Hébreux pendant que Moïse recevait les dix commandements de Dieu était un taureau). Par contre, chez les Grecs, le Minotaure symbolisait la puissance destructrice des mondes de l’obscurité.

18 Allusion ici à l’œil de Cyclope? L’utilisation de l’œil unique avait déjà était faite dans IT 1986,éd. fr. CA, Albin Michel 1988.

19 Comme le Minotaure auquel il fallait sa ration de chair humaine fraîche chaque année.

20 L’époux de Rhéa, Cronos, avait la déplorable habitude de manger ses enfants. Mais le sixième nouveau-né, Zeus, fut caché et Rhéa donna à Cronos une pierre enveloppée de langes souillés. Cronos dévora cette pierre qu’il prit pour l’enfant. Zeus était sauvé, comme l’avaient prédit les Destins qui avaient annoncés un Dieu de la Lumière. Maintenant l’ordre et la justice pouvaient régner dans le monde, inspirés par les Destins, dont les Moires et les Erinyes en sont les manifestations.
On peut faire le rapprochement entre la petite fille inconnue sauvée (future déesse? De quel ordre?) et le taureau leurré.

21 On se retrouve à nouveau dans les croyances chrétiennes: l’image ne peut être que celle du diable, le minotaure ayant une tête de taureau mais un corps d’homme. Ou peut-être Pan, qui a des sabots, ce qui nous amène aux croyances helléniques.

22 Mais Norman doit aussi y entrer: rituel de la première visite? Ou peut-être pour les chauves-souris, qu’aime bien King?

23 King reprend un thème qui lui est cher: l’église maudite de NIGHT SHIFT 1978, éd. fr. DANSE MACABRE, lattès 1980, 1-Jerusalem’s Lot, Celui qui Garde le Ver et 16-Children of the Corn, Les Enfants du Maïs.

24 Ce ruisseau est un amalgame de deux ruisseau de la mythologie grecque, qui coulent aux enfers: le Léthé, source de l’oubli, dont les morts buvaient l’eau pour oublier leur vie terrestre; et le Styx, aux eaux noirâtres et vénéneuses, le long duquel erraient misérablement les âmes des morts qui n’avaient pas été ensevelis.

25 Je n’ai pas d’explication à proposer.

26 Deux allusions dans le récit, pages 287 et 353. Idée déjà utilisée avec les racines des arbres qui agressent Jack Sawyer dans THE TALISMAN 1984, Stephen King et Peter Straub, éd. fr. LE TALISMAN DES TERRITOIRES, Robert Laffont 1986.

27 A quoi il faut ajouter les asticots qui sortent d’un doigt de Rose Madder ou les insectes dans sa gorge (pages 272, 496 et 508): rien à faire, King se croit toujours obligé de placer ces accessoires usés dans ses romans…

28 « Ne vous inquiétez pas (…). Il ne mord que l’herbe et le trèfle » (page 269).

29 Reprise du mythe des Gorgones, qui étaient trois, dont Méduse, qui pétrifiaient les téméraires qui les regardaient.

30 On a bien sûr fait le rapprochement entre la Rose, symbole de la Tour, qui est malade et Rose Madder. On ne voit pas bien actuellement sur quoi cela débouche.

31Rappelons que Pennywise, l’Araignée de IT pond des oeufs et que le Roi Pourpre d’INSOMNIA est aussi une femelle prête à pondre.

32Il ne semble pas être dans le panier qui se trouvait dans la carriole, où les vêtements de Rosie ont été déposés (page 504). a un moment, Rose Madder dit: « Il me tarde de le voir » (page 509): serait-il déjà ailleurs?

33 Quelques instants plus tôt, Rose Madder a dit à Rosie: « Il est temps que tu partes, Rosie la vraie. Toi et ton homme. Je peux lui donner se nom, vois-tu. Ton homme, ton homme » (page 509). Parce qu’il a des qualités humaines indiscutables? Ou parce que Norman, la bête, étant morte, son successeur peut reprendre le nom d’homme?

34 Une chronologie des événements liés à THE DARK TOWER a été proposées par Lou Van Hille in Steve’s Rag, hors-série n°4, page 33.

35 Voir aussi pages 180, 192, etc.





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