Nous suivre sur les réseaux sociaux
Divers

Steve’s Rag 25 – Shining in the Dark (seconde partie)

Stephen King

Shining in the DArk

(Seconde Partie)

 

 


 

Il y a quelques temps, une émission exceptionnelle passait sur la chaîne de télévision ARTE. Cela s’intitulait STEPHEN KING : SHINING IN THE DARK et on y découvrait de nombreuses interviews très intéressantes et enrichissantes. Pour ceux et celles qui nous pas eu la chance de voir cette émission, nous vous proposons aujourd’hui la première partie de la retranscription complète de SHINING IN THE DARK… Bonne lecture.

Lou Van Hille

Le 03/11/00

 


 

COMMENTATRICE : Cette fascination de Stephen King pour la violence infantile a commencé très tôt. A 10 ans à peine, il tenait déjà un album avec dedans le portrait du plus célèbre tueur en série des années 50 : Charlie Starkweather, auteur d’une balade meurtrière dans le Nebraska et le Wyoming en compagnie de sa petite amie de 14 ans, Caril Ann Fugate. Bilan : 11 tués dont le père et la mère de celle-ci.

[Extrait d’un reportage d’époque sur Starkweather]

STEPHEN KING : Il a été le premier annonciateur d’une air nouvelle dont le meurtre en série est devenu en quelques sortes la marque dans le monde entier, pas seulement aux États-Unis. Et comme c’est le cas dans bien des domaines en matière de meurtres en série, l’Amérique caracole en tête. Alors que dans les années 50, ce genre de choses n’arrivait pas ou en tout cas pas très souvent. Je tenais un album pour savoir quoi chercher et quoi éviter. Il y avait deux zéros absolus sur le visage de ce gosse. J’y voyais quelque chose de profondément inhumain. Pas inhumain au sens de démoniaque, mais comme le double zéro d’une roulette. Rien, ni bien, ni mal, le néant. Quelque part entre la Voie Lactée et la galaxie d’à côté. Même toutes les lumières allumées, personne ne le voyait. Et à 10 ans, je me disais que je devais m’imprégner, pas seulement de son visage, mais de tout ce qu’il  était pour me rappeler que je pouvais éviter ce genre de gens. Il y a sans doute quelque part en nous un circuit imprimé. Même à 10 ans, on est potentiellement celui qu’on sera. Oui, je suppose qu’il me parlait en tant que sujet de roman. Une voix en moi me soufflait : « C’est lui ». « C’est sur ce genre de fléau que tu vas passer ta vie à écrire ». « C’est ça le point de départ ».

COMMENTATRICE : Mais si Starkweather est l’étincelle qui enflamme sa fascination pour l’horreur, l’école ne va faire qu’attiser le brasier.

STEPHEN KING : Je détestais l’école. Tous ceux qui se rappellent avec plaisir leurs années de 14 à 18 ans, je ne leur fais pas confiance. Vous avez aimé votre adolescence ? Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez vous. Quand je me remémore ces années, je ne voudrais vraiment pas avoir à les revivre. J’avais toujours l’impression de ne pas être habillé comme il fallait, d’avoir trop de boutons sur la figure, alors que j’avais très peu d’acné. J’ai eu beaucoup de chance sur ce point. Quand j’y repense, avec ma perspective d’homme mûr, j’ai le sentiment de ne pas avoir été plus maltraité que les autres et bien mieux que beaucoup. Et pourtant, à l’époque, quand on le vit, c’est pour la plupart d’entre nous un cauchemar. L’adolescence est une période difficile.

PRUDENCE GRANT : C’était un bon petit. Je ne me souviens d’aucun problème disciplinaire mais sur le plan de l’éveil et de la débrouillardise, c’était un petit paysan. Il était souvent en but aux moqueries et tyrannisé par des camarades plus âgés. Ils le trouvaient pas comme les autres.

DEAN HALL : Il était incontestablement excentrique et bizarre. Il se promenait tout le temps en pantoufles quelque soit le temps. Parfois, par pauvreté mais quelques soit la raison, il ne mettait que cela et il les laissait traîner. Quand il venait chez nous, il les oubliait n’importe où et parfois, il fallait lui dire : « Hey, tes pantoufles ! ».

DEAN HALL : Il lisait beaucoup. Des livres d’horreur, des BD, des histoires de mystères et il se baladait toujours avec un bouquin dans la poche arrière de son Jean. Il était toujours limite excentrique mais sympa. Il était Steve. Cool.

COMMENTATRICE : Aspirant à devenir écrivain, il étudie l’anglais à l’Université du Maine. Mais on y enseigne pas comment devenir romancier.

BURTON HATLEN : A certains égards, il n’avait pas besoin d’apprendre à écrire de la fiction. Il savait d’instinct comment planter un décor, créer des personnages intéressants. Et entretenir une dynamique narrative qui vous entraînait. C’est un véritable écrivain avec tout le savoir faire d’un magicien de la culture Pop-Art. Et il combine ces deux qualités de façon, à mon sens, unique. Je ne connais personnes d’autres dans la culture américaine qui dans l’époque récente ait réussi cela.

COMMENTATRICE : C’est à l’Université du Maine que Stephen King rencontre et épouse Tabitha. ils ont très vite un enfant et toutes les peines du monde à joindre les deux bouts.

MICHAEL ALPERT : Steve était très pauvre. Avec Tabby, ils ont vécu dans une caravane qu’ils avaient toutes les peines du monde à payer. Steve conduisait un camion de blanchisseur pour se faire un peu d’argent. Il a fallu qu’il étudie à la force du poignet. Financièrement, ils s’en sortaient à peine. Tabby et lui se sont vraiment faits tout seuls.

COMMENTATRICE : C’est au milieu de ces difficultés, dans une caravane, pendant que sa femme travaille la nuit dans un snack, qu’il écrit son premier roman publié, CARRIE, qui faillit, d’ailleurs, ne jamais voir la lumière du jour.

STEPHEN KING : Je l’ai jeté et elle est allée le repêcher dans la corbeille à papier. Je me souviens parfaitement de cette nuit. J’étais dans le baignoire, fumant un cigarette. Ca se faisait encore, c’était dans les années 70. C’était une configuration superbe pour une caravane. Il y avait la baignoire et juste à côté, la cuvette des W-C. Ce qui fait qu’on pouvait tapoter sa cendre dans la cuvette tout en prenant un bain et en buvant une bière. C’était le confort absolu. Il ne manquait plus que le transistor pour avoir aussi le Base-ball. Elle est rentrée, a coupé la radio, à abaissé le couvercle des toilettes et m’a dit : « Faut qu’tu continues ça ! »

COMMENTATRICE : CARRIE, c’est l’histoire d’une lycéenne rejetée par les autres qui utilise ses pouvoirs surnaturels pour se venger des camarades qui la tyrannisent.

STEPHEN KING : C’est un mélange de deux filles réelles. La première a essayé deux ou trois fois de s’affranchir de ce rôle de vilain petit canard, de perpétuel mouton noir. Et chacune de ses tentatives pour changer d’aspect, être plus vive, ou mieux s’entendre avec les autres était saluée par un retour de flamme encore plus sauvage de la part des autres. Surtout des autres filles. Toutes deux sont mortes. Aucune n’a atteint la trentaine. L’une d’elles s’est mariée et a eu des enfants. Et puis, d’après ce qu’on m’a raconté, elle a été victime de la dépression post-natale et s’est tuée. Le plus souvent les femmes se suicident aux médicaments. Mais elle, pas. Quelqu’un m’a dit : »Elle s’est tuée comme un homme, avec un fusil ». L’autre est morte d’épilepsie alors qu’elle avait enfin réussi à se libérer d’une mère abusive.

COMMENTATRICE : Sauvé de la poubelle, CARRIE devient son premier Best-Seller et rapporte à son auteur fauché un à-valoir de 200,000 dollars. Stephen King peut maintenant se permettre de devenir écrivain à plein temps et continuer à puiser son inspiration dans les petites choses effrayantes de la vie quotidienne.

STEPHEN KING : Je suis rentré un jour et Joey, mon aîné, qui avait trois ou quatre ans à l’époque avait entièrement crayonné tout le manuscrit sur lequel je travaillais. Il y avait des tas de choses gentilles, du genre « salut papa », des cartes, des soleils et des très grands personnages comme les gosses aiment les faire aux crayons de couleurs, avec des longues jambes comme papa, et je me suis dit en moi même : « Le petit salopard ! J’le tuerais si je m’écoutais. Regarde moi ça ! » et ça a été le point de départ de SHINING.

STEPHEN KING : SHINING, c’est l’histoire d’un père qui a littéralement envie de bouffer son gosse. Tout parent connaît des moments de ce genre. Pour moi, il y a dans ce livre un côté optimiste, même dans les pages les plus sombres, car si un père s’emporte contre son gosse, ça veut dire qu’il est au moins là. Alors que pour moi, il y avait un vide, ni bon, ni méchant, simplement le néant.

MICK GARRIS : Steve a été blessé par le film de Kubrik. Le thème de son livre était celui de l’alcoolisme, du sens de la responsabilité vis à vis de sa famille et de l’incapacité à y faire face. Celui d’une chaudière sous un hôtel qui va exploser et le détruire. Ce qui est aussi un symbole très puissant pour le personnage de Jack Torrance. Et ce sont ces thèmes que Kubrik a choisi d’ignorer.

FRANK DARABONT : C’est une histoire qui venait de là, du plus profond de son cœur. Je ne crois pas que Kubrik ait jamais réalisé avec son cœur. Ca venait toujours de là [Montrant sa tête]. Je n’ai  jamais vu un Kubrik qui vienne de là [Montrant son cœur]. Quand vous puisez ici pour le mettre là [faisant un geste allant du cœur à la tête], ça ne peut pas marcher, c’est simple.

STEPHEN KING : Il semble qu’il ignorait tout de ce genre. De sorte que quand les gens ont le sentiment que Nicholson est fou dès le départ, on perd une part du tragique, car pour moi, l’essence du livre, c’est qu’on part d’un homme très bien et on le voit poussé a son point de rupture par cet endroit hanté. Si vous pensez qu’il s’agit d’un hôtel hanté, très bien. Pourquoi pas ! Si vous pensez qu’il s’agit d’un endroit hanté en lui même, très bien aussi. Et si vous voulez y voir une allégorie, allez-y ! Je ne choisis pas nécessairement l’un ou l’autre, mais j’ai très longtemps pensé que les fantômes étaient en fait des secrets enfouis, de la mauvaise conscience et des problèmes psychologiques non traités. Autant de choses que Jack Torrance démontre dans SHINING.

COMMENTATRICE : Les Best-Sellers se succèdent au rythme de plus d’un part an et Stephen King devient rapidement l’écrivain le mieux payé du monde.

CHUCK VERRILL : Son succès a été immense. Sa carrière s’est développée à une époque où le marché de l’édition était en profonde mutation et ce au bénéfice des écrivains populaires. Tout à coup, un écrivain qui tirait à deux cent ou trois cent mille exemplaires pouvait se retrouver à huit cent mille, un million, un million quatre d’exemplaires. Tout simplement parce qu’on a commencé à vendre des livres dans les grandes surfaces, les supermarchés ou autres. On le trouvait dans des points de ventes où il n’avait jamais été jusque là.

MICHAEL ALPERT : Steve a effectivement créé une nouvelle catégorie d’écrivains qui n’existait pas. En tout cas, à l’époque moderne. Il faudrait remonter à Dickens et des gens comme ça pour trouver quelqu’un d’aussi populaire qui soit en même temps légitimé comme écrivain.

COMMENTATRICE : Stephen King devient donc l’écrivain le plus célèbre des États-Unis et sa fulgurante carrière lui inspire MISERY, l’un de ses plus terrifiants romans.

STEPHEN KING : MISERY, c’est le prix de la gloire.

COMMENTATRICE : MISERY raconte l’histoire d’un écrivain de romans d’amour, Paul Sheldon, rescapé d’un grave accident de la route et récupéré par Annie Wilkes, sa plus grande fan, jouée par Kathy Bates.

KATHY BATES : Je me souviens que je jouais dans une pièce à New York et j’habitais chez une copine d’Université. Il est arrivé avec le roman qu’il venait de finir. Il me l’a tendu en me disant : « Quand ils en feront un film, il faut que ce soit toi ».

COMMENTATRICE : Elle emprisonne l’écrivain dans sa maison et le force à ressuscité son personnage favori qu’il avait tué dans son dernier roman.

CHUCK VERRILL : Quand j’écrivais encore les jaquettes de ses livres, j’avais dit que c’était une lettre d’amour à ses fans. mais à la manière de Stephen King. Il en a une trouille bleue.

ROB REINER : MISERY est certes un livre d’horreur mais extrêmement réaliste du point de vue des personnages. Ca n’a rien à voir avec CARRIE où il se passe des choses surnaturelles. C’est basé sur quelque chose qui pourrait vraiment arriver. Quelqu’un pourrait parfaitement être kidnappé et torturé par un fan dérangé. On peut lire ce genre d’histoire dans les journaux.

KATHY BATES : MISERY est surtout bon surtout grâce à Rob Reiner. Il a fait un boulot extraordinaire. Il voulait que ce soit très véridique et je me souviens qu’il a coupé une scène que j’ai très envie de jouer parce qu’il avait peur que le public éclate de rire et il ne voulait pas de rires à ce moment là. Lorsque le shérif vient à la maison, et qu’elle le tue en passant dessus avec la tondeuse à gazon et le déchiquette en petits morceaux, j’adorais ça. Et l’autre chose que j’aurais beaucoup aimé, c’est qu’on lui coupe le pied. Pour moi, passer du couteau au scalpel et à la hache, c’était la séquence grand guignol normal pour Annie Wilkes, alors que passer du scalpel au couteau puis à la masse, c’était un peu… Pour moi, ça collait pas trop. De même, la manière dont elle le cautérise avec un chalumeau, il y a là un tel sens de la simplicité, de la logique que je regrette que nous n’ayons pas pu reprendre cela dans le film. Cela aurait été très difficile à faire.

COMMENTATRICE : Durant la plus grande partie de sa carrière, l’art de Stephen King s’est inspiré de sa vie. Mais, à la suite de MISERY, c’est l’horreur de la vie qui se met soudain à imiter l’art, le jour où un fan dément fait irruption chez lui.

STEPHEN KING : Le type, manifestement fou, était debout dans la cuisine au milieu des débris de verre, une boîte à chaussures à la main. Ma femme lui a crié : « Qui êtes-vous ? Que faîtes-vous ici ? ». Elle était en robe de chambre, pieds nus. Le type a répondu : « C’est une bombe. Stephen King m’a volé mon roman CARRIE, mon roman SHINING, mon roman MISERY. Je vais le faire sauter et moi avec ». Tabby n’en a pas demandé plus. Elle s’est retournée et l’a jeté dehors. Puis, elle a traversé la rue et a appelé la police. Celle-ci est arrivée alors que le type s’était réfugié dans une pièce du haut. Il est sorti lorsque la police lui a ordonné de le faire et sa bombe, ou ce qu’il croyait en être une, c’était des gommes à papier, reliées par des trombones qu’il avait redressés et piqués dedans. Ce n’est qu’une des retombées. Aucune n’est agréable. Du culte de la célébrité, ce qui explique, entre autres, pourquoi je n’accepte que peu d’interviews de ce genre.

PETER STRAUB : Il est passé de la catégorie Écrivain Célèbre à celle de Personnalité Célèbre et c’est comme un star du cinéma. Quand ça arrive, il faut fermer les écoutilles et rehausser les murailles. Ca devient inconfortable car tout le monde vous demande des autographes. Sa vie privée en a pris un coup.

COMMENTATRICE : Mais le prix de la célébrité n’a pas été tel qu’il se trouve contraint de quitter le Maine. Il joue toujours, chaque semaine, dans l’équipe locale de Soft-Ball.

STEPHEN KING : Je reste car tout le monde me connaît. Je connais tout le monde et en tant qu’écrivain, je reste pour la même raison que celle pour laquelle William Faulkner est resté dans le Mississippi. Car il n’y a pas beaucoup d’endroits au monde où on se sent chez soit, qu’on connaisse vraiment et qu’on puisse décrire. Je pense que les gens sont pareils partout. L’amitié, ça reste important, de même que l’amour, la haine, la dissimulation, toutes les choses que les gens font pour cacher leurs secrets, la peur de l’inconnu. Toutes ces choses sont intéressantes et sont partout les mêmes quelque soit l’endroit où la culture. Mais on n’a pas beaucoup de temps. On ne dispose que de soixante ou soixante-dix ans pour apprendre à bien connaître un ou deux endroits. Or, le Maine est un endroit que je connais bien. Je sais comment on y parle, quels en sont les coutumes et fondamentalement, j’aime cet endroit. J’aime les gens. C’est chez moi.

KATHY BATES : Il vit une vraie vie et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles il est si prolifique. Il vit, il est dans la vie, dans le monde et ce qui me frappe chez l’écrivain, c’est son talent d’observateur de l’humanité. Tous ses personnages fantastiques qu’il crée son ancrés dans une réalité extrêmement riche.

STEPHEN KING : Je suis un écrivain, mais pas en second, en troisième ou en quatrième. Je suis d’abord un mari, ensuite un père. Et il y a eu une époque où j’aurais sans doute mis père avant mari, quand les enfants étaient petits. En troisième, je suis un homme de chez moi, de mon temps et de ma communauté. Et je dois être tout cela d’abord car pour être un écrivain, tout en découle.

COMMENTATRICE : En apparence, Stephen King semble vivre la parfaite vie d’écrivain mais il lui a fallu mener un combat titanesque contre les tourments et les horreurs que lui affligeaient quelques puissants démons personnels.

CHUCK VERRILL : Quand j’ai commencé à travailler avec lui, nous sommes allés dans un bar à New York et nous nous sommes assis. J’ai commandé un bière et Steve trois ! C’est un grand gaillard. Plus tout à fait autant que jadis mais… Et là, je me suis dit : »Voilà un type qui n’a pas l’intention de s’arrêter à la seconde ou à la troisième. Cette compulsion, elle se manifeste sans arrêt dans son œuvre et si  une dépendance, y compris à l’alcool, est une compulsion, ce qui à mon avis est le cas, elle le tient. Ne serait-ce que parce qu’il a essayé de se libérer de cette étrave. C’est un alcoolique repenti, un toxico repenti. Mais aucun de ces problèmes n’a entravé son écriture aussi surprenant que cela paraisse. Par contre, cela a entravé sa vie.

STEPHEN KING : Je ne suis jamais tombé sur une boisson ou une drogue que je n’aime pas. Si je pouvais en prendre, j’en prenais. Je tenais formidablement bien l’alcool, formidablement bien les drogues, pourvu qu’elles soient speeds. Tout ce qui passait. Coke ou autre. Je prenais tout ce que je pouvais et je ne pouvais pas m’arrêter tant qu’il en restait. Même chose pour la bouteille. Je buvais genre un pack de six avant le dîner et à la fin de la nuit, j’avais vidé une caisse. La boisson était déjà grave. Et si vous y ajoutez la drogue, et j’en prenais de plus en plus tout en sachant que je me consumais, mais je n’arrivait pas à m’arrêter. Il y a mille et une façon de traiter ce genre de choses. Mais dans tous les cas, il fallait d’abord que j’accepte le fait que j’étais une personne entièrement sous dépendance. J’étais une vraie poubelle. Je prenais tout ce que je pouvais trouver. Peu importait. Sirop contre la toux, désinfectant, tout ce qui passait, lotion pour la bouche, after-shave, tout, les trucs avec lesquels on se masse le gencives. Du moment que c’était de l’alcool et que je pouvais ingurgiter, je le faisais. Il y avait des choses que j’aimais plus que d’autres. Mais, en fin de compte, le seul choix, c’est qu’on ne peut plus continuer.

COMMENTATRICE : Le livre qui marque le début de sa bataille contre la boisson, c’est DOLORES CLAIBORNE, sur un thème récurrent dans les romans de King : le meurtre d’un père alcoolique et tyrannique.

STEPHEN KING : Dans DOLORES CLAIBORNE, certaines réactions m’ont été inspirées par les choses que je sais, pour avoir été moi-même alcoolique, mais beaucoup de ce que vit Joe St-George dans ce livre est basé sur des histoires qu’on m’a racontées, ou des gens que j’ai observés, car Dieu merci, je n’ai jamais eu l’alcool méchant. J’vous aurais plu.

COMMENTATRICE : Stephen King a fait fortune en donnant des frissons à des millions de lecteurs. Pourtant, ses 40 millions de dollars de revenu annuel ne peuvent rien contre l’effroyable hantise de devenir prochainement aveugle.

STEPHEN KING : Je souffre d’une dégénérescence de la macula, mais qui n’est pas dans une phase active. C’est un amincissement de la rétine. La plupart du temps, c’est une maladie de la vieillesse. La mienne est liée à une myopie extrême, d’origine génétique. Ce qui se passe, c’est que la rétine finit par se déchirer et c’est comme une chaussure trouée. Il n’y a pas de remède à l’heure actuelle. Si vous me demandez ce que ça fait d’être aveugle, je vous dirai que je n’en sais rien. Je ne l’ai encore jamais été, Dieu merci. Mais ma vue n’est pas bonne. Je ne les mets [Parlant de ses lunettes] pas pendant l’interview parce qu’elles sont très déformantes. Je suis obligé de porter ces culs de bouteilles, mais je vois encore. Qui sait, sans écrire, je crois que je continuerai. Regardez Christopher Reeves. Il est tombé de cheval, s’est retrouvé paralysé de la tête aux pieds et il s’y est fait. Il a continué à vivre.

COMMENTATRICE : Même s’il devient aveugle, ça ne l’empêchera pas d’écrire. Et à mesure qu’il atteint la fin de l’âge mûr, il semble pouvoir enfin goûter au respect envers l’écrivain, qui lui a été si longtemps refusé.

STEPHEN KING : Ca fait 25 ans que je fais ce métier, 25 ans que j’écris des histoires. J’ai été taxé d’écrivaillon au début, en cours de route, j’en étais sans doute un, et c’est maintenant, où j’approche de la fin, qu’on m’accorde un certain respect.

PETER STRAUB : J’ai toujours eu le sentiment qu’il s’était rendu à lui même un très mauvais service en disant de son style qu’il était l’équivalent littéraire du Big Mac avec frites. Une phrase célèbre qu’on n’a cessé d’utiliser contre lui à longueur de critique, comme d’un bâton pour le frapper. Il n’aurait jamais dû dire ça. Ca devenait trop facile de le démolir. Mais, en Amérique en tous cas, cette hostilité à cessé.

CHUCK VERRILL : Il lit toutes les critiques de manière obsessionnelle et il est très attentif à ce qu’elles disent. Mais, fondamentalement, ce n’est pas ça qui compte véritablement pour lui, c’est sa réputation.

STEPHEN KING : Il y a un moment où je dis : « Que les critiques aillent se faire foutre, ils ne comptent pas ». Car, finalement, où on continuera à vous lire 50 ans après votre mort, ou pas ! Vous n’y pouvez rien. Vous ne pouvez rien au jugement de la critique. On ne s’assoit pas pour écrire un Best-Seller ou l’éloge d’un livre comme Moby Dick.





PARTAGER L'ARTICLE
AJOUTER UN COMMENTAIRE :

Partenaires pour vos achats

Publicité

Dernières actus Stephen King

Suivez-nous sur les réseaux !

Newsletter

 

Recevez l’actualité de Stephen King par email

 

Notre livre (nouvelle version!)

Calendrier

  1. Mad Movies – hors serie – Shining (réédition collector)

    12 décembre
  2. « Maximum Overdrive », bluray chez ESC Distributions!

    08/01/2019
  3. Fin de Ronde (de Stephen King, en poche chez Le Livre de Poche

    06/02/2019

Publicité

Autres contenus : Divers