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Interviews

Stephen King & Mick Garris dévoilent les secrets du « Fléau » et de « Shining » dans le podcast ‘Post Mortem’

Fin avril, nous apprenions qu’à l’occasion du 25e anniversaire du téléfilm « Le Fléau », le réalisateur Mick Garris allait recevoir Stephen King dans un de ses podcast ‘Post-Mortem ».
L’occasion de revenir sur la genèse et les processus créatif du fléau, mais également de plusieurs de leurs collaborations, notamment le téléfilm « Shining, les couloirs de la peur ».

 

Postmortem Mick Garris Stephenking

 

 

Le podcast étant disponible depuis la semaine dernière, via ce lien, il nous semblait intéressant de proposer une traduction pour les non anglophones.

La durée du podcast est assez conséquente, environ 1h02, moins les publicités, ne soyez donc pas surpris de la longueur de ce texte… mais cette interview / podcast est intéressante pour découvrir des anecdotes et secrets sur les tournages des téléfilms « Le Fléau », « Shining, les couloirs de la peur ».

 

Je suis Mick Garris, et voici « Post Mortem ». 

Prenez 100 jours de tournage, sur 95 lieux différents, 460 pages de scénario, à travers 6 états, 125 acteurs et un an loin de chez soi.
Il y a 25 ans, tout cela s’est transformé en une adaptation télévisée du roman épique de Stephen King : « Le Fléau. »

Il est difficile de croire qu’il s’agisse du 25e anniversaire de la première diffusion du téléfilm « Fléau » sur la chaine ABC. Avant de faire « Le Fléau », mon travail avait été sur une échelle plutôt modeste, avec des budgets qui étaient moins que luxueux. Mais celui-ci était un énorme canevas à remplir. Huit heures, réparties sur quatre soirées durant une semaine. Ce n’était pas mon premier projet avec Stephen King, il suivait « La nuit déchirée » qui était d’un genre très différent. Et une grande partie de ma carrière a été dévouée à transporter les histoires de Stephen King à l’écran, du grand écran au plus petit. « Le fléau » demeure à ce jour le roman le plus populaire de Stephen King. L’opportunité de réaliser le téléfilm à partir d’un scénario écrit par l’auteur en personne était intimidante. Ce serait extrêmement facile de le foirer. Mais qui ne tente rien, n’a rien. Nous avons passé une partie de notre vie à pousser le bateau au sommet de la montagne. Et la mini-série a rencontré un fort succès d’audience.

Stephen King a une voix qui est entièrement la sienne, mais c’est une voix qui résonne à travers les générations, genres et goûts. Il utilise son imagination morbide, mais elle est ancrée dans une profonde émotion humaine. Ses personnages sont des gens que nous connaissons. Ce sont nous. Je dis souvent que les histoires de King ne sont pas au sujet de monstres dans le placard, mais portent autour des gens qui vivent dans la maison où se trouve le monstre dans le placard. C’est de l’horreur ancrée dans la vraie vie, ce qui, pour moi, est le meilleur type d’horreur.

J’ai été chanceux d’avoir travaillé avec Stephen King sur plusieurs projets, et j’espère en faire plusieurs autres. Avoir Stephen King sur votre tournage est une expérience joyeuse, il est notre cheerleader et nous donne un soutien complet.

« Le fléau » était de loin le plus gros projet sur lequel j’ai jamais travaillé et de loin mon plus grand succès. Et je ne pourrais pas être plus heureux de célébrer son anniversaire d’un quart de siècle avec l’auteur en personne.

 

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(Publicité pour le magazine Fangoria, qui est le partenaire du podcast « Post-Mortem avec Mick Garris« )

(Publicité pour Shudder, la plateforme de streaming vidéo de films de genre qui prépare actuellement une série « Creepshow », qui sponsorise cet épisode du podcast « Post-Mortem avec Mick Garris »… « Shudder peut-être appelé le Netflix de l’horreur », déclare Mick Garris, qui donne un code promo pour une période d’essai de 30 jours à la plateforme Shudder.com : POSTMORTEM… mais la plateforme n’est pas disponible en France)

(Publicité pour le film « Nightmare cinéma », qui arrive le 21 juin dans les cinémas américains et plateformes VOD. Il s’agit un film d’horreur à sketch réalisé par Alejandro Brugués, Ryûhei Kitamura, David Slade, Joe Dante et Mick Garris. Un autre code promo est donné pour Shudder, NIGHTMARE2019. Le film n’a pas de date de sortie prévue en France.)

 

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Mick Garris : L’époque de l’écriture du roman « Le fléau », fut un temps d’opposition politique. Et « Le fléau » semble refléter cela, dis m’en plus sur le climat social et politique de l’époque à laquelle tu as écrit le livre.

Stephen King : J’essaie de me rappeler sur la période à laquelle j’ai travaillé dessus, ce devait être 1975 ou 1976, donc Nixon à l’époque. Nous vivions avec beaucoup de mensonges, il y avait beaucoup de choses qui se déroulaient. (Stephen King interprête un dialogue entre Nixon et un journaliste : « Est-ce que j’étais un escroc? Non, je n’étais pas un escroc. Et lorsque nous bombardions le Laos et le Cambodge? Non, nous ne faisions pas cela… ») et tout s’est avéré être des bobards? Je dis que Nixon racontait que des conneries. Mais en meme temps, lorsque je jouais avec cette idée pour le livre, il y avait une fuite de produits chimiques dans l’Utah, plusieurs bidons sont tombés d’un camion, se sont vidés, et on tué quelques moutons. Plus tard, des scientifiques ont déclaré que si le vent avait été de l’autre sens… Salt Lake City était dans cette direction… et vers cette époque, j’étais dans le Colorado et il y avait une radio qui diffusait la bible. Un jour un type à préché un sermon qui disait « chaque génération la peste tombera sur eux ». J’ai en quelques sorte connecté cela avec la fuite de produits chimiques en Utah et à un formidable roman des années 50s de George Steward, et je me suis dit que (le tout, ndt) ferai un super livre. Et une des choses en second plan de ce livre, Mick, se trouvait l’idée que les militaires et le gouvernement continueraient à mentir même lorsque les choses seraient hors de contrôle parce que cela me semblait être leur position. Et étant donné ce qui se passe aux USA en ce moment, je dirai que c’est toujours le cas.

Mick Garris : Donc c’était en quelque sorte nouveau pour toi. Les livres précédents étaient plutôt intimes, sur une échelle bien plus modeste, et ce livre était intime mais sur une grande échelle, de la vergure d’un livre de Tolkien si tu veux. Cherchais-tu à créer un roman épique plutôt qu’un livre d’une envergure plus petite telle que ceux que tu avais fait jusqu’alors?

Stephen King : Non, mais je le pouvais, parce que j’avais de l’argent.

Mick Garris : Rires

Stephen King : Je n’étais plus bloqué dans une situation dans laquelle j’étais… Lorsque j’étais sur ma machine à écrire, parce que c’était ce que nous utilisions, à l’époque, mais quand j’étais sur la machine, j’avais un oeil sur ce que j’écrivais, et le second sur le compte bancaire, les factures médicales pour les enfants, et tout le reste… et j’ai grandi dans une situation où je n’avais pas grand chose. Donc je m’inquiétais au sujet de l’argent. Et je pense que je m’en suis préoccupé bien plus longtemps que je ne le devais. Mais peut-être que c’était une bonne chose. Mais je vais te dire ce qu’il s’est vraiment passé. Et c’est en quelque sorte lié avec « Dome« , un autre très long livre. Ce qui m’a excité, c’est que je pensais à l’idée d’un roman sur la peste et je me suis dit que ce serait bien, mais comment raconter un roman de ce genre? Alors j’ai joué avec parce que la structure est importante pour moi. Je ne crois pas aux intrigues, pour moi c’est quelque chose des auteurs qui n’arrivent pas se lâcher pour que l’histoire se raconte toute seule, mais la structure est importante pour moi. (voir notre article sur les conseils d’écriture de Stephen King , ndt).
Un jour je me suis assis avec un carnet et un stylo, et je me suis dit (écrivant sur son carnet), voici Stuart Redman. Voici avec qui je veux commencer. Ce gars du Texas. Puis je veux aller vers quelqu’un d’autre. Fran Goldsmith, du Maine. Et ensuite retourner à Stu Redman. J’ai commencé à créer une pyramide et je me suis dit : voici ce que je vais faire. Je vais ajouter un personnage à chaque chapitre. De manière à voir une vue de plus en plus large, comme pour un réalisateur qui part d’un gros plan puis recule, recule, recule, jusqu’à voir tout le monde sur scène. C’est à peu près ce que j’ai fait. Jusqu’à ce que j’ai eu 15 ou 16 personnages, puis je me suis dit que ça devenait trop gros, c’est en voie libre et j’ai presque abandonné le livre. Parce que je ne savais pas quoi faire avec tous ces gens. Je l’avais trop développé.

 

« J’ai presque abandonné le livre. Parce que je ne savais pas quoi faire avec tous ces gens. Je l’avais trop développé. »

 

Et après je me suis rappelé ce que Raymond Chandler a dit, dans « The simple art of murder » : « Si tu ne sais pas quoi faire ensuite, amène le type avec le flingue. »

Et je me suis dit, je peux m’en rappeler très clairement, je marchais sur une route de terre du Maine, et je me suis dit « Il va y avoir une bombe. Et je vais tous les faire sauter. » Ca simplifiera tout cela.

Mick Garris : Dans ton processus créatif, est-ce que tu écris les contours de l’histoire, est-ce que tu fais un schéma? De ce que j’ai vu de quand tu travaille, lorsque nous faisions le téléfilm « Shining » (« Shining, les couloirs de la peur », 1997, un téléfilm de Mick Garris sur un scénario de Stephen King, ndt), tu écrivais « La Ligne Verte« . Tu semblais juste t’asseoir et te plonger dedans. Contrairement à écrire dans les grandes lignes au préalable. Pour quelque chose aussi grand que « Le Fléau« , est-ce que tu as d’abord écrit les grandes lignes?

Stephen King : Je n’ai jamais écris les grandes lignes. J’allais juste où l’histoire me portait. Attends un petit peu et je vais te donner une idée de ce que j’entends par des grandes lignes. J’ai un livre qui sort à l’automne, « The Institute », et c’est un roman complexe avec de nombreux éléments mouvants, avec de nombreux personnages et il y a différentes chronologies. Et différents endroits dans le pays, et je devais tous les faire se raccorder. Mais le principal était que « L’institut » où ces enfants sont faits prisonniers, ah… je pourrais te le dire, mais ensuite je devrai te tuer…

Mick Garris : Non, je veux vivre.

Stephen King : Donc l’institut est cet endroit, il y a la moitié de devant, et la moitié du fond. Celle du fond ressemble un peu à un mauvais motel, tu vois, ils entrent, mais ils n’en sortent pas. Donc je devais en quelque sorte dessiner une carte de l’institut et ça m’a en quelque sorte servi en tant que lieu réel… Mais non, je ne prépare pas vraiment d’intrigue.

Mick Garris : Donc tu fais confiance à ton intuition en tant qu’auteur.

Stephen King : Oui, et parfois tu tombe d’une falaise. Mais la plupart du temps tu trouves des choses qui te surprennent et te régalent… « La Ligne Verte » était… Lorsque j’ai eu l’idée de ce livre, tu sais, beaucoup d’idées me viennent quand je suis allongé dans le lit, la nuit, et je me raconte une histoire puisque je n’ai plus papa ou maman pour me raconter des histoires, donc je dois me les raconter moi meme. Et quand j’allais dormir, j’ai eu cette image d’un immense bonhomme, un africain-américain dans une prison qui remplissait un caddie de trucs à grignoter… et il allait se faire exécuter. Puis il a trouvé une souris et il l’a entrainé. C’est ainsi que tout à début. J’ai commencé à écrire l’histoire et ça avançait bien, puis un de mes agents m’a demandé si j’avais déjà envisagé à publier un roman en parties comme Dickens, et je me suis dit que soit j’arrive à conclure le livre, soit je me fous en l’air et doit aller vivre sur une île déserte quelque part, parce que les gens seront en colère. Donc je l’ai écris, et il n’était pas fini lorsque les deux premières parties ont été publiées et ça c’est juste enchainé. Je me rappelle très bien écrire les 20 dernières pages de ce livre pendant que mes enfants et ma femme étaient dans la chambre d’à côté dans un hotel de New York, en train de regarder « Hollywood Square », ou « Jeopardy » (saviez-vous que Stephen King a participé à plusieurs reprises à l’émission télévisée « Celebrity Jeopardy » dans laquelle les invités doivent répondre à des questions de culture générale?, ndt), ou « La roue de la fortune »… j’étais dans la pièce d’à côté, et je me suis dit : « l’histoire est là, il faut juste s’éloigner de tout ce qui n’est pas l’histoire, et tu es bon! »

Mick Garris : C’est juste comme Michel-Ange, qui prend une pierre et qui en sort David.

Stephen King : C’est ça. Je dois dire quelque chose au sujet de Mick Garris. Tu as des cheveux très blancs, et j’en suis en partie responsable.

Mick Garris : Rires. Tu es la raison pour laquelle j’ai toujours des cheveux.

Stephen King : Oh, arrête. Combien de fois a t’on travaillé ensemble?

Mick Garris : Ca fait un moment, et c’est difficile de compter parce qu’il y avait « La nuit déchirée« , puis « Le Fléau« , « Shining, les couloirs de la peur« , « Bag of Bones » (Sac d’os, mais le téléfilm est connu sous le titre français de « La maison sur le lac » ndt), « Quicksilver Highway » (un film à sketch comportant une adaptation de Stephen King et une de Clive Barker, ndt)… mais on a vraiment travaillé ensemble sur « La nuit déchirée« , « Le Fléau » et « Shining« . « Riding the bullet » (un tour sur le bolid, ndt).

 

 

Mickgarris Tobe Hooper Stephen King Clive Barker

Mick Garris, Tobe Hooper, Stephen King et Clive Barker sur le tournage de « La nuit déchirée »

 

 

Stephen King : Désolation.

Mick Garris : « Désolation« , oui, on en a fait beaucoup.

Stephen King : Je t’ai presque épuisé.

Mick Garris : Rien ne m’a autant épuisé que « Le Fléau« . Cinq mois de tournage, sur la route et c’était vraiment incroyable.

Stephen King : Et les lieux où nous étions aussi. Nous avons débuté aux Chutes du Niagara, en plein hiver, à Utah, à Las Vegas… c’était New York le pire du tournage. Où d’autre avons-nous tourné?

Mick Garris : Pittsburgh pour deux semaines. Nous avons tourné à New York, Los Angeles ou plutôt en Californie, une base militaire avec tous les avions morts. Nous avons tourné dans 6 Etats, 126 acteurs avec des lignes à dire, 99 lieux prédéfinis, c’était de la folie. Mais oui c’était le deuxième projet sur lequel nous travaillions ensembles, et tu avais écris le scénario comme tu l’avais fait sur « La nuit déchirée« . Je suis curieux sur le processus créatif d’adaptation de cet énorme livre, toujours ton livre le plus populaire, et l’adapter toi-même, ce que tu as fais assez rapidement, avant même que j’arrive sur le projet. Comment était ce processus créatif pour toi?

Stephen King : Difficile de m’en rappeler pour être honnête. Mais pour moi, le fait de transformer pour l’écran à toujours été plus facile que d’écrire un roman, parce que je me retrouve pas bloqué dans les pensées et les motivations (des personnages, ndt), tout doit se trouver dans un aspect visuel qu’une caméra doit montrer. Et tu étais la personne parfaite pour le faire, parce que tu es tellement branché sur l’aspect visuel, tu es formidable avec les acteurs, mais la raison principale était qu’un film ou un téléfilm de Mick Garris a son propre style. Je reconnaitrais ton travail parmi tous. J’ai écris cette chose dans laquelle je parle de « Don’t Fear the Reaper » (chanson dont le titre se traduit par « N’aie pas peur de la faucheuse », ndt) et il y avait l’installation du Project Blue, et toi, par contre, avec ta caméra et avec tous ces gens morts sur le sol, tu utilise ta caméra portée à la main et tu regardes à travers. C’est en quelque sorte devenu un standard maintenant, mais bien des années plus tard, lorsqu’on a maintenant « The Shield » et des trucs de ce genre. Mais à l’époque cela donnait un sentiment d’instantanéité. Et dans ce téléfilm « Le Fléau », ça marche, n’est-ce pas?

Mick Garris : Ça a vraiment marché. Ce fut un véritable succès, tant par les critiques que par les chiffres d’audience. Et les fans du livre l’ont aimé. Parce que je suis l’un d’entres eux, et c’était important pour moi de te rendre fier et de transposer à l’écran, respectueusement et avec amour, le livre qui m’a passionné. 

Stephen King : Nous avons eu quelques difficultés avec la chaine. Le fait est que, lorsque les chaines cablées sont arrivées, ça a changé les choses. En terme de téléfilms et en terme de ce que nous pouvions montrer et ce que l’on pouvait voir, parce que tout le monde a la TNT. La TNT est un invité dans votre maison et tous les invités doivent se comportement correctement. On peut dire que c’est aux parents de superviser les habitudes télévisées des enfants, mais c’est ici la même chose qu’avec l’internet et tous les sites X. Mais quand les gens ont eu les chaines cablées et la série « The shield » (série policière de 2002 à 2008, ndt), qui est une série importante, de mon point de vue, parce qu’elle racontait une histoire continue et parce qu’elle a cassé les codes, je me rappelle vividement comment j’étais à la fin du premier épisode, lorsque Vic Mackey le supposé héro a tiré sur la taupe.
C’était formidable et depuis, tu sais, mon fils Joe a une série qui arrive cet été, intitulée « NOSFERA2 » (inspirée du livre homonyme de Joe Hill, prévue début juin sur Amazon Prime Video en France ! ndt), j’ai vu des images et je peux te dire qu’ils ne lésinent pas, c’est vraiment effrayant. Nous ne pouvions pas faire tout cela avec « Le Fléau« , mais tu sais quoi Mick, ils nous ont laisser faire beaucoup.

« J’ai vu des images et je peux te dire qu’ils ne lésinent pas, c’est vraiment effrayant. »
(Au sujet de la série NOSFERA2)

 

Mick Garris : Nous nous en sommes sortis avec littéralement un meurtre sur celle-ci. Une des notes sur les standards de diffusion de la chaine, je m’en rappelle, précisait qu’il n’était pas possible de montrer des cadavres avec les yeux ouverts. Durant la scène d’ouverture, par contre, on montre quelques temps certains personnages et l’un d’eux, c’est peut-être sous ton nom, la caméra se focalise sur les yeux ouverts du cadavre d’une femme, et c’était notre doigt d’honneur à la chaine ABC.

Stephen King : Oui c’était bon, c’était bon. Et rappelle toi que nous avions une église remplie de morts.

Mick Garris : Rires. Avec toi et moi, vivants, dans cette scène, ayant tous deux des caméos. (voir notre article sur les caméos de Stephen King, ndt)

Stephen King : Vraiment? Je ne m’en rappelle pas. Ah mais si !!!
Et ensuite, quand nous avons travaillé sur le téléfilm « Shining », qui était un projet très important pour moi (Stephen King ne rate jamais une opportunité pour critiquer le film « Shining » de Stanley Kubrick, ayant dénaturé l’essence de son livre), c’était un téléfilm pour lequel tout le monde me disait « Mais tu ne peux pas faire ça, parce que le film est un classique ». Et je me dis « J’emmerde Kubrick! On va faire mon livre! »  

 

« J’emmerde Kubrick! On va faire mon livre! »

 

C’est exactement ce que nous avons fait, avec Steven Weber, qui a joué l’évolution du type normal au gars complètement fou ; nous avons pris le véritable hotel Overlook (à savoir que le téléfilm a été tourné au Stanley Hotel, dans le parc Estes, au Colorado… qui était l’hotel dans lequel Stephen King avait séjourné et qui lui avait inspiré le roman « Shining », tandis que les plans extérieurs du film de Stanley Kubrick furent tournés à l’hotel Timberline Lodge, dans l’Oregon), j’ai pu jouer le chef d’orchestre fantome.

 

Shining Gage Creed Stephenking Shining

 

Mick Garris : Rires. C’est vrai ! Bien que nous ayons coupé la scène où tu fondais!  Après 6h passées à appliquer le maquillage (rires)

Stephen King : (inaudible). C’est le caméo préféré de ma femme.

Mick Garris : Si on revient un peu au sujet du « Fléau« . Qu’est-ce qui s’est rapproché le plus de ce que tu avais à l’esprit en écrivant le livre? Y a t’il des scènes qui étaient exactement comme tu les avait imaginées? Ou au contraire, des scènes ou tu t’es dit « Ouh, ça ne marche vraiment pas. »

Stephen King : Non, j’ai beaucoup de bons souvenirs en travaillant dessus, et nous en sommes majoritairement rapproché, je pense. Je le pensais parce que j’étais impliqué. J’ai écrit le scènario et avec ta perspective, mais pourtant. La scène d’ouverture était exactement ce que j’avais imaginé. C’était parfait, je l’adorais. Je pense que la chose la plus intelligente que nous ayons fait, et je ne saurais pas te dire si c’est quelque chose que j’ai poussé ou non, je pense que oui, c’était d’obtenir Gary Sinise.

Mick Garris : Oui, ça c’est fait grâce à mon agent de chez CAA qui m’a envoyé deux billets de 5 dollars pour aller voir le film « Des souris et des hommes » (film de 1992 adaptant le roman éponyme de John Steinbeck, ndt), avec un de ses clients. Il se trouve que j’ai remarqué Gary Sinise dans le film, qui était également un de ses clients, et je me suis dit qu’il serait un très bon Stu Redman. J’ai demandé si on pouvait l’avoir. Et quand on en a parlé tous les deux, on l’a demandé à l’agence qui nous représentait tous les deux à l’époque, et Gary Sinise a sauté sur l’occasion.

Stephen King : La chose qui me revient à l’esprit à ce sujet, c’est que j’ai écris une ligne, quand Stu se fait prendre par l’armée, ils essaient de lui raconter des conneries. Il répond « Country don’t mean dumb » (Patriote ne veut pas dire idiot, ndt). J’ai écrit cette phrase, et de tous les acteurs que je connaisse qui auraient pu foirer cette phrase, il l’a dit parfaitement. Avec une combinaison de justesse et d’attitude. Voici autre chose au sujet du film, je sais que tu t’en rappelle, c’est que Kathy Bates est venue pour faire un caméo. Et c’est une de ses meilleures performances. Ceux qui n’ont pas vu le téléfilm « Le Fléau » doivent vraiment le faire. Elle joue quelqu’un du nom de Rae Flowers dans le livre, un gars qui continue à diffuser à la radio après même qu’on lui ai demandé d’arrêter. Et elle joue une femme presque cynique, qui sait ce qui se passe pour elle, mais elle continue de diffuser. Elle (Kathy Bates, ndt) arrive à jouer cette méfiance, ce cynisme et en même temps cette résilience. « Je vais continuer à le faire, parce que je suis américaine et c’est ce que nous sommes supposés faire ». C’était un summum pour moi que Kathy vienne et le fasse, et elle l’a fait sans être créditée.

 

Kathy Bates Lefleau

 

Mick Garris : Oui, non créditée et elle l’a tourné pendant 4 heures. Nous n’avions meme pas une demi-journée avec elle. Elle venait tout juste de gagner un oscar pour « Misery », qui était sans doute une des raisons pour laquelle elle se sentait de redevable de l’oeuvre de Stephen King.

Stephen King : Je suis sûr qu’elle a remboursé cette dette, et avec des intérêts. (Au passage, elle a aussi joué le rôle titre dans le film « Dolores Claiborne », ndt)

Mick Garris : Oui (rires).

Stephen King : L’autre performance non créditée était Ed Harris. Il joue le méchant général, et j’avais travaillé avec lui plus tot dans sa carrière sur le film « Creepshow » .

Mick Garris : « Knightriders »

Stephen King : Et sur « Knightriders » aussi, oui. (Il s’agit d’un film de George Romero, dans lequel il fait un cameo avec sa femme, ndt) 

Mick Garris : Quand tu écrivais le scénario, est-ce que tu l’as perçu comme une opportunité de changer des choses que tu aurais voulu modifier par rapport à son écriture initiale?

Stephen King : Non je ne pense pas. Il faut garder à l’esprit que j’étais bien plus jeune à l’époque. Je veux dire que j’étais bien plus arrogant et que j’avais une bien meilleure opinion de mon travail que maintenant. J’ai écris un scénario pour « Histoire de Lisey« , un projet en développement. J’ai pris le livre, et me suis dit que je vois tout ce qui ne va pas avec ce livre, tout ce qui pourrait être simplifié, et je m’y suis attaqué à la manière d’un scénariste.
De ce que je me rappelle du « Fléau« , c’est de me dire : « Nous avons 8 heures pour jouer avec (le livre, ndt) et c’était juste après avoir écrit « La nuit déchirée » et deux autres films. Je me suis donc dit que c’était un véritable luxe d’avoir le temps de raconter l’histoire. C’est toujours ce que j’ai pensé au sujet de la télévision, ce qu’ils ont à vendre, c’est le temps. Et l’autre chose, c’est qu’il faut prévoir le scénario, il faut être très discipliné, prévoir les publicités, il faut donc construire, ralentir, construire un peu plus. On sait le nombre d’actes qu’il y aura, je pense qu’à cette époque il y en avait 7, de nos jours ils ont encore plus de publicités. il y a donc encore moins de temps pour les séries. Il y a non seulement cela, mais à la fin du premier épisode il faut retourner et dire qu’on va préparer le second épisode, qu’il va falloir commencer encore plus lentement. En d’autres termes, c’est un très beau plan qu’il faut prévoir. J’adore.

Mick Garris : Tu y fais toujours référence comme étant un roman pour la télévision, et ce format était très bon. Ton premier scénario que j’ai lu était celui de « Simetierre » lorsque j’avais rencontré Paramount avant même d’avoir réalisé quoi que ce soit. Je n’étais alors qu’un scénariste. Et je les avais rencontré à ce sujet, et le scénario m’avait épaté. Je réalisais alors que tu n’étais pas seulement un maitre romancier et auteur, mais que tu comprenais tellement bien le format d’écriture scénarisée. L’écriture d’un scénario est principalement un plan tandis qu’un roman…
Un jour, Richard Matheson a dit « les films sont externes, les livres sont internes. » Et je trouvais cela profond. Et ces scénarios (du « Fléau« ) m’ont démontré que tu savais ce que c’était.

Stephen King : Il y a tellement à dire là, que je sais à peine où commencer. Je pense que le lieu où commencer, est, que je fais partie d’une génération qui a eu des histoires à travers la télévision avant de savoir lire. La première chose que j’ai vécu était « Bambi », au cinéma. Ensuite, j’aime les films, j’aime les programmes télévisés, j’aime ce média télévisuel, j’aime toutes sortes d’histoires. Qu’elles proviennent de magazines, livres, télévision et films, j’aime les histoires. Point. (Richard) Matheson a raison, « les films sont externes, les livres sont internes », mais je me réfère toujours à « les livres sont comme nager, tandis que les films sont comme skier ».

 

« les livres sont comme nager, tandis que les films sont comme skier ».

 

C’est pour cela qu’ils nous rendent heureux, parce qu’ils ont cette sensation de vitesse et de flottement, et on le voit particulièrement dans des expériences immersives telles qu’IMAX. Que j’apprécie, mais ils me donnent mal à la tête. J’ai grandi sur ce genre de choses, ce genre de medias, mais aussi, en tant qu’étudiant de lettres, j’ai vraiment pris à coeur… l’image qui est une chose importante, les faits sont importants… ce que l’on voit est ce qui compte. Il y a une scène dans le livre où Larry Underwood du « Fléau » se dispute avec sa copine, qui lui dit « tu n’es pas vraiment un mec gentil », elle lui jete quelque chose avant de pleurer. Et une des larmes tombe sur sa poitrine et roule jusqu’à son téton. Et dans cette larme, il peut voir un cheveu qui pousse sur son téton. Lorsque j’avais fait lire ça à un professeur, il m’a dit « Ce n’est pas possible! » Et moi « Si, parce que je l’ai vu! »

Mick Garris : Rires

Stephen King : C’est tout, mais sur le sujet du savoir-faire, j’ai lu quelques livres qui m’ont montré le format. C’est vraiment tout ce qu’il faut. Il faut savoir à quoi ressemble le format, et maintenant, n’importe qui en mesure d’utiliser un clavier peut écrire un scénario. Parce que j’avais écrit le dernier manuscrit sur une bande de mon ordinateur. Il n’est même pas nécessaire d’utiliser une machine à écrire pour faire les marges et toutes ces choses dont tu rappelle probablement.

Mick Garris : Oh, je m’en rappelle.

Stephen King : Je suis sûr que oui. On s’en rappelle tous les deux. Une fois que tu apprend le format, c’est bien. Et ensuite, il faut apprendre à compresser. J’ai écris des scénarios de mes propres romans. Ils sont tous dans un tiroir, jusqu’à ce que je pense être en mesure de pouvoir en faire quelque chose de correct. Dont le scénario du film « Shining« , parce que j’avais contractuellement le droit de faire le premier jet. Je ne sais pas si quelqu’un l’a jamais lu… c’était encore une autre charmante expérience.

 

George Romero Stephen King

 

Mick Garris : Je sais que « Le Fléau » était en projet de développement pendant 15 ans avec George Romero comme réalisateur du film. Peux-tu m’en dire plus sur le processus créatif? Rospo Pallenberg avait écrit le scénario, avais-tu été impliqué?

Stephen King : Non. Mon idée a toujours été d’être soi fortement impliqué, soit de ne pas en faire partie. Dans ce cas, ce n’est pas juste d’être dans les pattes de quelqu’un d’autre. Manger de la glace de leur cone, si tu préfère. Je n’étais pas du tout dedans. Le problème avec « Le Fléau » en tant que film, était que je ne pensais pas que Richard Rubenstein (le producteur) pourrait le vendre avec George à la tête. Car George était perçu comme le réalisateur de « La nuit des morts vivants » et pas quelqu’un en mesure de mettre en scène un film épique. Donc ça n’a pas vu le jour. Il aurait peut-être pu le faire, avec Dino (De Laurentiis, le producteur du film « Maximum Overdrive« , ndt), qui était très intéressé, mais il est parti car il sentait que Dino le sortirai. Je parle de Richard Rubenstein. Donc ça n’a jamais vu le jour, et je ne m’en suis jamais préoccupé. Quand avons-nous travaillé sur « Le Fléau« ?

Mick Garris : « Le Fléau » a été tourné en 1993, de janvier à décembre, et nous l’avons livré à la fin décembre. C’est le 25e anniversaire de la diffusion en mai. Quand tu écris, est-ce que tu vois des acteurs dans les rôles, que tu écris des livres ou des scénarios? Est-ce que tu visualises des acteurs pour les rôles, ou est-ce qu’ils sont tous toi, sous différentes formes?

Stephen King : Aucun des deux. Je n’imagine aucun acteur dans les rôles, mais ils ne sont pas moi pour autant. Je suppose que comme je les écris, ils ont tous des éléments de moi, en eux, quelque part, mais si il y a une part de moi dans Harold Lauder, j’espère qu’elle restera cachée. Tu sais, je crois que chacun a un bon côté, même Harold, de bonnes qualités, même si je ne me rappelle plus lesquelles elles étaient. Molly Ringwald et Fran Goldsmith ont de bonnes qualités. Je ne dirai pas qu’elles sont moi, mais je ne vois pas non plus d’acteurs dans ces rôles. Quand j’ai fini et que l’on parle du casting, même à ce moment, ce n’est pas une partie intéressante du processus.

Mick Garris : Tu étais impliqué dans la création du casting durant le tournage du « Fléau« . Et je me rappelle du tout premier acteur qui a lu, il s’agissait de Matt Frewer, pour le rôle de la Poubelle. Est-ce que tu te rappelle de cette session?

Mick Garris : Il apportait quelque chose au personnage.

Stephen King : Oui, il était bon.

 

Stephenking Buste Randallflagg Lefleau

Stephen King portant un buste de Randall Flagg, lors de la soirée de lancement du téléfilm

 

 

Mick Garris : Il avait le briquet, Randall Flagg tient le briquet et lui montre la flamme. Et la performance de Matt était si riche, que tout d’un coup il y avait des larmes de dévotion dans ses yeux. Et je ne m’y attendais pas. Tu l’as écrit. Je ne sais pas si tu t’y attendais ou pas, mais ça nous a tous les deux éblouis.

Stephen King : Je savais qu’il pouvait le faire, et c’était ce qui comptait. Je savais que Gary Sinise était juste pour le rôle, je n’avais aucun doute à ce sujet. Nous avons casté Glen Bateman, incarné par Ray Waltson, il était parfait pour le rôle. Miguel Ferrer était fantastique en Lloyd. (Il tiendra d’ailleurs le rôle principal du film « The Night Flier / Les ailes de la nuit », d’après Stephen King, en 1997, ndt ).
Avec le film « Docteur Sleep », qui est fini, je ne l’ai pas encore vu, c’est la suite de « Shining »,  ils m’ont dit qu’ils voulaient Ewan McGregor pour le rôle de Danny Torrance adulte, et j’étais « ouais ok, d’accord », parce que je vois pas ces gens, je ne les décris pas beaucoup et je n’ai pas d’image photographique dans ma tête.

 

Docteur Sleep Photo Tournage Ewanmcgregor 01
Photo d’Ewan McGregor dans le rôle de Danny

 

Mick Garris : Quelle est ta partie préférée du processus d’adaptation d’une de tes histoires?

Stephen King : Le regarder, quand c’est fini. Les gens disent qu’ils veulent aller à Hollywood, « je veux faire partie du showbusiness, ça va être génial, des stars à côté de la piscine… on va faire des films, mec, ça va être génial ».
Mais ce que c’est vraiment, et tu le sais, c’est un parc d’attraction, tout le monde va s’amuser. Mais quelqu’un doit monter les manèges. Donc quand on va sur le tournage, on ne voit pas beaucoup de glamour. On voit beaucoup de gens qui travaillent dur, tout le monde porte une boite à outils, du scotch, parce qu’il n’est pas possible de faire des films sans ruban adhésif… Même aujourd’hui avec toute la technologie il faut avoir du scotch… Mais Mick, le plus excitant c’est quand la magie prend vie. Je me rappelle que lorsque l’on a fait « Creepshow« , j’étais tout le temps sur le tournage. Le dernier segment du film, « ça grouille de partout », avec EG Marshall qui ne supporte pas les insectes. Et la dernière scène de mon scénario le montrait mort sur le sol, présumément d’une attaque cardiaque car il n’y a plus d’insectes dans son appartement, et tout d’un coup, les insectes grouillent de sa bouche. Ils ne pouvaient tourner cette scène qu’une seule fois. Ils avaient le masque de vie d’EG Marshall que Tom Savini avait fait. Tu veux entendre l’histoire du masque de vie?

Mick Garris : Oh que oui.

Stephen King : J’étais claustrophobique à ce sujet, et j’avais du en faire un pour Jordy Verrill. Ils m’avaient recouvert de plâtre et de plastique. Tu dois attendre que cela sèche, et tu as une paille avec laquelle respirer en attendant. Parce que ça prend du temps. Et quand EG Marshall est arrivé, je le connaissais de la série « Les accusés » (1961-1965, ndt), un acteur distingué, je me disais qu’il ne le ferai pas. Il s’est assis et il a dit « Au moment où je lève mon doigt, comme ça, versez-moi un peu de Bourbon à travers la paille. » Et c’est ce qu’ils ont fait. Et il allait bien, il s’est juste assis et l’a fait. Donc on a fait des masques de vie, le mannequin était là, et le masque était ficelé à un tuyau d’arrosage. Un gros tuyau d’arrosage. Il y avait un ventilateur, et une énorme boite de cafards, ils étaient gigantesques. Et nous avions une prise. L’idée était que George allait dit « Action », Tom Savini allait soulever la boite avec les cafards et en théorie, que nous n’avions jamais essayé, les cafards seraient propulsé dans le tuyau pour les faire sortir de la bouche d’EG Marshall. Nous étions tous assis…  et LES CAFARDS SONT PARTOUT !
Ça a marché à merveille. Mieux que quiconque pouvait l’espérer. La bouche remplie de cafards les propulsait. George a dit « Coupez » et tout le monde a applaudit. C’est pour ça qu’on fait le boulot, tu sais. Parce que de temps à autre, quelque chose de ce genre arrive.

 

 

Creepshow Scene Cafards

 

 

Mick Garris : Tu as parlé de la difficulté et de la joie de faire un film. Je n’ai jamais vu quelqu’un aimer être sur un tournage autant que toi. Peut-être que c’était parce qu’il s’agissait du « Fléau » et du « Shining« , des livres très personnels et importants pour toi ainsi que les lecteurs… leur donner vie. Mais je me rappelle d’une scène en particulier durant laquelle on est en plein milieu de l’autoroute, dans l’Utah, au milieu de nul part, avec Adam Storke qui joue Larry Underwood, et nous avons tous des guitares et on chante tous « Eve of Destruction ». C’était un moment incroyable. Mais tu semble être comme un gamin avec un nouveau jeu lorsque tu es sur le tournage d’un film tiré de ton oeuvre.

Stephen King : Qu’est-ce que je peux dire Mick? J’apporte le fun! Le truc c’est qu’il faut essayer de l’apprécier et tout le monde a des souvenirs de… Il y a deux choses : il y a le show, qui est ce que les gens vont payer pour le voir, et puis il y a ceux qui travaillent sur le programme, et ils ont leur propres souvenirs du processus. Je n’oublierai jamais, à deux heures du matin, durant le tournage du film « Maximum Overdrive » dans le Dixie Boy Diner. Qui était un vrai restaurant que nous avons construit. Il était rempli d’explosifs. Le vent souffle fort. Je dis « Action » et l’endroit explose, les fenêtres ont été soufflées à 6 kilomètres à la ronde, et ça c’est un grand moment. Tu ne fais pas ça dans la vraie vie.

Mick Garris : Est-ce que tu as l’envie de réaliser à nouveau? Tu as fait « Maximum Overdrive » et j’aimerai te voir refaire cette expérience, parce que tu semble avoir une bonne compréhension des films.

 


Au début de son film, Stephen King se fait insulter par un distributeur

 

Stephen King : J’ai fais un mauvais boulot avec « Maximum Overdrive » parce que je n’avais pas été capable d’étudier la réalisation de film de la même manière que j’avais pu étudier l’écriture de scénarios. Donc j’avais des idées de ce qu’il fallait faire, mais je n’avais pas l’avantage d’avoir été à une école du cinéma ou d’avoir travaillé sur des films de manière à voir le processus créatif. Tu vois des acteurs qui sont dans beaucoup d’épisodes d’une série et qui sont ensuite crédité comme réalisateur, parce qu’à ce moment ils savent assez bien quoi faire. Ils peuvent réaliser eux-même, donc c’est normal qu’à un moment donné ils le fassent.
Avec « Maximum Overdrive« … tout d’abord, c’était difficile parce que l’équipe du film ne parlait pas anglais. Ils étaient tous italiens. Il y en avait un qui devait traduire, mais il n’était pas très bon non plus. Donc celui qui m’a appris le plus, Dieu le bénisse, c’était Pat Hingle. C’est lui qui m’a expliqué « Tu vas porter la caméra à l’épaule et avoir la perspective. Puis tu vas te tourner pour l’autre. Et ensuite tu va faire le master. » Et il m’a dit « Au fait, tu obtiendras plus de la part des acteurs si tu es prêt d’eux. » Il est aussi celui qui m’a appris. Il avait une scène dans son bureau, il jouait le propriétaire du diner. Il y a une scène qu’on tourne sur un rail, et il parlait à ce gars, Charlie. La caméra avance sur le rail et Pat critiquait beaucoup le placement de la caméra… Il faisait du bon boulot, mais à un moment il a bougé. J’étais prêt à recommencer au début de la scène, puis il a dit qu’on pouvait juste faire un « pickup », c’est à dire couper et recommmencer un peu plus loin, là où on aurait dû être. Et j’étais « Ooooh mon dieu, on peut faire ça ??? » C’était quelques-unes des raisons.

Mick Garris : Pat Hingle était aussi dans « Shining« , notre téléfilm, et il était incroyable dedans. Au début, il était de mauvaise humeur. Il est venu deux fois pour le tournage, et ensuite je crois qu’il est retourné chez lui, a vu « Le Fléau » et a son retour il était très gentil. Il avait du adoré « Le Fléau » au point que cela lui a ouvert les yeux sur ce que nous essayions de faire.

Stephen King : J’ai trouvé qu’il était un bon type. Pour revenir à ta question : « Est-ce que je le ferai à nouveau? » Oui je le ferai. Avec ce que je sais aujourd’hui, je pense que je pourrais faire un boulot correct. Mais d’un autre côté, je suis vraiment occupé et je vieillis. Donc probablement pas.

Mick Garris : Il fut un temps où nous étions sur le point de faire « Jessie« , toi à la réalisation et moi à la production. Qui aurait été formidable.

Stephen King : Mike Flanagan a fait du très bon boulot. On n’aurait pas pu faire mieux.

Mick Garris : En effet. En parlant de nouveaux projets. « Le Fléau » va à nouveau voir le jour, sous la forme d’une série de 10 heures. Josh Boone est attaché à ce projet, initialement sous la forme de 2 films, et je sais que tu as lu beaucoup de ce qu’il a fait pour cette adaptation. Que penses-tu d’interprétations multiples? Comme il est possible de faire 1000 interprétations différentes de Shakespeare sur scène. Est-ce que tu le perçois de la même manière?

 

Stephen King prête sa voix pour le film « L’amour malgré tout », de Josh Boone

 

Stephen King : C’est exactement la manière dont je le vois. Tu peux faire Shakespeare sur scène de 1000 différentes manières, et tu peux faire « Le Fléau » de 1000 différentes façons. J’aime le travail de Josh Boone, j’ai d’ailleurs travaillé avec lui sur son premier film. Je ne pouvais pas « jouer » dedans, raison pour laquelle ça devait être un caméo audio (Stephen King a prêté sa voix pour le film « L’amour malgré tout » – Stuck in love, en VO, sorti en 2012.  Un des personnages est un grand fan de Stephen King qui reçoit un appel de l’auteur! ndt), puis ensuite il a fait « Nos étoiles contraires » d’après le livre de John Green. Je l’aime beaucoup, et j’aime son ambition pour ce projet. Mais, vraiment, ce qui m’excite le plus à ce sujet, c’est tout d’abord le fait que nous avons deux heures de plus pour raconter l’histoire, et deuxièmement, nous sommes libres de toutes contraintes qui nous retenaient avec le téléfilm « Le Fléau ». C’est à dire que, non seulement le budget est plus conséquent, même en prenant en compte l’inflation ; et nous sommes libres en termes de violence et de langage, ce que nous n’étions pas avec le téléfilm de l’époque. CBS All Access voudrait vraiment que ça marche, et ils ont mis beaucoup de muscles derrière ce projet… je suis confiant, mais ce n’est encore les prémisces, donc…
Le casting n’est pas finalisé. Mon autre fils, Owen, travaille sur les scénarios et ils sont géniaux, donc… c’est bon.

Mick Garris : La musique tient une place importante dans tes livres, les films, les séries, les scénarios… tu as intégré la chanson « Don’t fear the reaper » dans la scène d’ouverture du scénario du « Fléau« , on a utilisé une chanson de Crowded House…

Stephen King : C’était une belle chose, c’était ton idée!

Mick Garris : Oui, tu avais intégré la chanson « Fun fun fun » des Beach Boys, et on a fait « Dont dream it’s over ». Une sorte d’éloge funèbre.

Stephen King : Oui, ma manière de faire cherchait en quelque sorte à dire que nous avons perdu tout amusement… Mais avec Crowded House, c’était très beau. Très beau.

Mick Garris : La musique étant si importante pour toi, dis m’en un peu plus sur Snuffy Walden car originellement j’envisageais une sorte de bande originale d’orchestre, puis nous avons discuté et tu as apporté l’idée de Snuffy avec de la basse et un son plutôt blues-roots.

Stephen King : Ca devait être de la musique « blue-jeans ». Je me rappelle te l’avoir dis à plusieurs reprises. Il faut que ce soit une bande annonce calme. Et je connaissais le travail de Snuffy, il savait immédiatement de quoi il s’agissait et il a pu rapidement créer la bande originale. Et toi, tu es venu et tu as dit que ça représentait Boulder, il te fallait de la musique qui se rapproche de la musique traditionnelle d’un film.

Mick Garris : Pour moi c’était aussi une opportunité. « Le fléau » était pour moi une opportunité d’être vraiment patriotique. Pas uniquement des drapeaux qui flottent… Mais d’être vraiment patriotique et de retourner à ce que représentent vraiment les fondations de l’Amérique, parce que nous recommencions. Et essayer d’en faire une démocratie. Est-ce que c’était quelque chose de volontaire lors de l’écriture du livre?

Stephen King : Oui. Je pense que je le voyais comme un véritable conflit entre ceux qui voulaient rétablir une démocratie et ceux qui acceptaient de vivre sous le joug d’un dictateur. Et la scène qui l’a toujours montré le plus clairement pour moi était celle où les gars non armés de Boulder rencontrent les forces armées à Las Vegas. L’un d’entres eux dit des choses qui ne sont pas vraiment « Joyeux anniversaire ». Ils le frappent dans le bide, il tombe à genoux et dit « C’est comme ça que va être la société maintenant » et il a un peu honte. C’était un bon moment. Donc oui, les deux forces sont en conflit total. Et en créant Randall Flagg, une des choses que je voulais dire, c’est qu’à cette époque, je trouvais qu’il y avait beaucoup de fascime dans le gouvernement. Parmi les gens qui nous gouvernaient. Ce qui en fait une bonne chose et une bonne époque pour que « Le fléau » revienne, parce que cela me semble toujours être un régime fasciste.

Mick Garris : Est-ce que tu écris intentiellement des métaphores? Je sais que l’horreur est probablement un des meilleurs médiums dans lequel on peut utiliser des métaphores, sociales, politiques… est-ce quelque chose que tu fais intentionellement ou est-ce quelque chose que tu ne peux pas éviter parce que tu es un artiste?

Stephen King : L’histoire te dit ce qu’est le thème. C’est ce que j’ai toujours pensé. Et à un moment donné, durant l’écriture de quelque chose, tu commence à te rendre compte ce sur quoi tu écris. J’ai écris un livre, publié il y a environ deux ans je pense, intitulé « L’outsider » et j’étais impatient d’écrire cette histoire et de découvrir ce qu’il s’y déroulait. Parce que je la lis en même temps que je l’écris. Je savais ce que l’histoire était, et elle s’écrit toute seule de la même manière que mes histoires le font, un peu comme suivre des miettes de pain s’enfonçant dans la pénombre de la forêt. Et à un moment donné dans cette histoire je me suis dit « ce sur quoi j’écris vraiment ici, c’est la nature des croyances, et comment certaines personnes refusent de croire certaines choses si cela va à l’encontre de leur perception du monde. »
Donc j’ai fini le manuscrit, puis je l’ai mis de côté et trois ou quatre semaines plus tard j’ai commencé à retravailler dessus, en mettant en avant ces idées. Mais pas en essayant de te frapper la tête avec et en l’écrivant sur les murs. Parce que je veux écrire des histoires, pas des brochures politiques. Dans « Le Fléau » il y a beaucoup de choses. Cela reflète la température de l’époque. Les mensonges et la méfiance vis à vis du gouvernement.

Mick Garris : Qui étaient tes plus grandes influences littéraires, lorsque tu lisais avant d’écrire?

Stephen King : Matheson était la plus grande influence (Stephen King a écrit une introduction à un recueil de ses nouvelles, et avait regretté la perte d’un grand de la littérature après son décès, ndt). Richard Matheson. J’ai lu Lovecraft, j’ai galéré à travers certaines de ses histoires. Poe ne m’a jamais vraiment accroché. j’ai adoré toutes les BDs « Tales from the Crypt », les magazines d’horreurs, les comics…

Mick Garris : Les EC Comics... Une des choses que Matheson a fait qui semble être une marque de fabrique de tes travaux aussi, est qu’il a rapporté l’horreur chez lui. Ce n’était pas dans des montagnes éloignées. Ce n’était pas dans des chateaux. Ce n’était pas 200 années de légendes. Cela se déroulait dans le voisinage, dans le présent.

 

Richard Matheson

 

Stephen King : Cela se déroulait en banlieue de Los Angeles. Dans de petites maisons. Ce roman « Je suis une légende » pourrait presque être dans n’importe quel voisinage de banlieue. Ça se voit immédiatement. Ou si tu prends « L’homme qui rétrécit », quand Scott Carey se fait jeter dans le sous-sol, on comprend qu’il se bat avec une épingle. La familiarité des objets et des alentours sont comme des stéroides pour notre imagination.

 

« La familiarité des objets et des alentours sont comme des stéroides pour notre imagination. »

 

Mick Garris : Que penses-tu que tu ferais si tu n’avais pas été en mesure de faire une carrière comme romancier?

Stephen King : J’enseignerai certainement jusqu’à mourrir saoul. (C’est de notoriété publique que Stephen King avait un gros problème d’alcoolisme, et plus tard d’addictions aux drogues, ndt)

Mick Garris : Rires. Quelle meilleure fin que ça? Stephen, merci beaucoup d’avoir participé, j’étais très impatient de te parler dans ce podcast, et j’apprécie beaucoup.

Stephen King : Absolument. Et dis-moi quand c’est en ligne, et je le partagerai.

 

 

Darkchest King

 

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